Installation sonore vidéographique sur peinture murale, dimensions variables, 10 minutes, 2018.
Vue de l'installation au Musée Muséum départemental de Gap lors de l'exposition collective "Imminentes Evasions" (octobre 2019 - juin 2020)
Dans cette installation sonore et vidéo-projetée sur un mur peint réalisée suite à une première amorce vidéo mono-bande créée à partir d’une immersion en chantiers initiée en Corse avec une entreprise de construction BTP, le spect-acteur est invité à plonger dans un ensemble éclaté, feuilleté, composé de bribes sonores et visuelles. Une architecture suggérée d’un immeuble en construction peinte à l’acrylique au mur apparaît comme le cadre d’une multitude d’événements vidéographiques surgissant à la manière de touches picturales.
Ces jets, ces éclats vidéographiques constituent des blocs d’intensité spatio-temporelles qui, au travers de leurs superpositions et feuilletages successifs, suggèrent la perception d’un espace stratigraphique impliquant une attention particulière, un état de mise aux aguets qui invite le spectateur à expérimenter une disponibilité de corps dansant.
En immergeant le visiteur de l’installation dans une "écoute panique", ouverte, c'est-à-dire non pas une écoute directrice qui focalise l’attention et la conscience sur quelque signifié, il s'agit de mettre en œuvre une esthétique de la distraction qui sonde la dispersion même.
Présentées successivement en vis-à-vis ou face-à-face, l’installation directement peinte sur le mur et la version mono-bande nous font passer d’une perception écranique, c’est-à-dire encadrée dans un rectangle, à une perception multifocale, qui éclate le cadre et dissout ses bords orthogonaux en une pluralité de fragments, de touches mêlant des images du réel saisies sur le vif et des images graphiques, des dessins animés de ces images de chantiers remédiées.
Si les contours de l’écran de la vidéo mono-bande tracent une discontinuité entre celui-ci et le monde, comme l’implique la métaphore albertienne de la fenêtre en tant qu’espace transparent que le regard transperce, dispositif donnant sur un monde autre , dans l’installation peinte au mur la perception oscille entre l’immersion dans une surface hétérotopique constellée de fragments vidéos et la matérialité du dispositif lui-même, l’opacité du mur se révélant entre les projections vidéographiques.
Vue d'atelier, Amorces vers d'autres possibles pendant la réalisation de l'installation, 2018.
La couleur lumineuse apportée par la projection vidéo instaure une distance, et crée du volume dans son rapport d’empiètement sur la structure peinte. Ainsi, emporté comme un derviche tourneur dans un glissement du regard et de l’ouïe reconduit de façon incessante, le spect-acteur dérive au travers d’espaces labyrinthiques, dans une continuité spasmodique menant à une sorte d’ivresse hypnotique.
Invitant à l’immersion dans une multitude de durées imbriquées à travers des glissements de milieux, des espaces mouvants, l’installation provoque une sorte de vertige, la sensation d’être entre des dimensions, entre des vitesses différentielles.
En intégrant le spectateur dans une complexité organique, il s’agit de créer un dispositif de mise en état de danse à travers la sensation d’un « devenir-tambour », en donnant la perception simultanée de plusieurs dimensions temporelles, la coexistence du flux en basse continue et de l’événementiel, de l’instant et de la durée, et de faire ressentir de façon kinesthésique un présent particulièrement intense, multiple dans son surgissement.