Se réveiller avec la chaleur, entrouvrir la toile de tente et basculer instantanément au cœur du paysage naturel, les pieds en contact avec la terre. Se jeter dans un lac glacé et sécher en prenant un petit déjeuner fait de rien au soleil avant de se remettre en route pour une journée complète de marche. Voilà ce que désirais vivre au cours de mon voyage, de mon dernier mois à sillonner l’Irlande avant de rentrer et de clôturer cette aventure.
Avec Comanche, mon sac à dos Décathlon des années 80 dont je ne peux me séparer, bien que mon dos commence sérieusement à souffrir, nous avions déjà parcouru quelques kilomètres, que ce soit en Norvège, suspendus au bout de l’impressionnant rocher Trolltunga ou bien au Pérou sur la pointe d’une dune ensablée, coincés entre la voie lactée et l’oasis Huacachina.
Les paysages m’ont toujours plus attiré que les villes, bien que je ne doute pas de la capacité de l’homme à façonner des merveilles.
Alors nous sommes partis. Moi qui aime la randonnée, l’Irlande possède des chemins nationaux sur des kilomètres. Bien connus des voyageurs, ces routes sont toutefois majoritairement empruntées l’été. Ici, pas de touristes en tongs, seulement des visiteurs parés pour plusieurs dizaines de kilomètres, la tente sur le dos et les chaussures adaptées.
The Wicklow Way fut notre premier défi : après avoir récupéré Amélie et son équipement à l’aéroport, nous avons entamé ce sentier de 130 km qui part de Marlay Parc à Dublin pour prendre fin à Clonegal, un tout petit village du Sud Est de l’Irlande. Une ligne droite qui fait escalader collines, traverser rivières, forêts et rencontrer toutes sortes d’animaux.
Le délicieux sentiment de liberté avait envahit l’atmosphère à peine avoir quitté l’agitation dublinoise. Gravir les pentes en silence sous le poids de l’effort, se rafraichir en buvant l’eau des montagnes. Le soir venu, allumer un feu en face d’un lac et plonger dans un sommeil profond une fois s’être glissé dans le rassurant sac de couchage. Les journées sont les mêmes mais les paysages se modifient à mesure que nous progressons. Ces routes sont accessibles à tous, il n’y a pas de montagnes ici, seulement de grosses collines verdoyantes. Porter son sac, son eau et ses émotions est la seule condition. La carte est presque inutile, des panneaux d’indication se trouvent sur le chemin presque tous les 300 mètres.
Ce mardi soir alors que le soleil tapait sur ma tête, mes épaules et que mes orteils étaient tranquillement entrain de décéder à petit feu dans mes chaussures, Carole m’a aperçu de son jardin. Alors que je n’espérais pas trouver mieux qu’un simple emplacement de tente pour la nuit, elle m’a offert une chambre, une douche et m’a même préparé un diner et un petit déjeuner. Je n’avais absolument rien à lui offrir mais elle ne voulait rien. Je lui ai simplement promis de lui écrire une fois arrivée à Galway.
Grâce à son geste, j’ai pu reprendre la route sereine, spotify dans les oreilles, pour retrouver les champs et les troupeaux de moutons apeurés.
6 jours après le début de mon périple, j’ai atteint Clonegal avec un beau coup de soleil sur la nuque, et un immense sourire en pensant à la pizza que j’allais dévorer le soir pour fêter la fin de cette route ! 130 kilomètres, des nouilles et des kit kat plus tard, j'achevais ce défi !
Credits:
Amélie Le Dinh