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En Charente-Maritime, le Club Petites villes de demain explore la transition démographique et le bien vieillir Atelier in situ - 13-14 juin 2023

L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) a organisé le deuxième Atelier in situ, les 13 et 14 juin derniers, en Charente-Maritime (17), en partenariat avec l’association des Petites Villes de France (APVF) et POPSU-Territoires. Le programme Petites villes de demain a convié une soixantaine d’élus, chefs de projet et techniciens, venus de six régions métropolitaines. En question, les enjeux de transition démographique et de qualité de vie des seniors dans les petites villes et les territoires alentours. Les cas de deux communes – Jonzac et Montendre, situées dans la communauté de communes de la Haute Saintonge – ont illustré ces thématiques. En ligne de mire : des solutions de terrain qui favorisent le bien vieillir. Reportage.

L’Atelier in situ, une rencontre nationale pour dialoguer entre pairs

13 et 14 juin 2023, en Charente-Maritime. La commune de Jonzac se démarque au loin, bâtie sur deux collines sur les bords de la Seugne, avec son château qui surplombe la ville. Cette commune d’environ 3500 habitants accueille un Atelier in situ dans le cadre du Club des Petites villes de demain (PVD), le programme de l’ANCT qui accompagne les dynamiques de petites villes.

Venus des Pays de la Loire, des Hauts-de-France, d’Occitanie, de Bretagne, d’Île-de-France et de Nouvelle-Aquitaine, les élus – certains accompagnés de leurs chefs de projet ou de responsables de service – se pressent dans la mairie de Jonzac.

Tous partagent un même questionnement pour les habitants de leurs petites villes : comment favoriser le bien vieillir en matière de niveau des services, d’espace public, de loisirs, d’activités sportives et culturelles sur leurs territoires de vie ? Quelles solutions déployer pour que les petites centralités, qui structurent le territoire national, soient adaptées à la transition démographique ? Comment ces petites villes, les premières concernées par cet enjeu, peuvent-elles s’adapter pour que les seniors puissent s’épanouir et que le bien vieillir devienne une priorité ? Telles sont les problématiques qu’entend explorer ce deuxième Atelier in situ que l’ANCT organise avec l’appui de POPSU-Territoires et de l’association des Petites Villes de France, les 13 et 14 juin 2023.

Après un mot d’accueil par Christophe Cabri, maire de Jonzac, ce premier Atelier in situ a été introduit par Estelle Leprêtre, sous-préfète de Jonzac, Jérôme Gutton, directeur général délégué Territoires et Ruralités à l’ANCT et Emmanuelle Le Bris, directrice adjointe du programme Petites villes de demain à l’ANCT.

Petites villes de demain en chiffres

  • Plus de 1 600 communes au sein du programme Petites villes de demain
  • Environ 900 postes de chefs de projet PVD subventionnés par l’État
  • Près de 50% des communes ont signé leur convention-cadre
  • 97 Micro-Folies ouvertes dans une commune PVD
  • En Charente-Maritime : 20 communes Petites villes de demain
  • 198 Petites villes de demain, au total, en Nouvelle-Aquitaine

Explorer, expérimenter et enrichir les projets de territoire

Pendant un jour et demi, les participants vont échanger leurs idées et expériences, s’imprégner des réalisations des deux communes d’accueil, Jonzac et Montendre, et partager leurs réflexions avec des chercheurs venus à leur rencontre.

Agir pour les seniors c‘est agir pour tous les habitants, favoriser leur épanouissement et leur intégration dans la vie locale, c’est favoriser le développement de la commune au service du territoire. »

Mathieu Alapetite, directeur général de France Silver Eco

La Fabrique prospective « Dans un monde en transition être senior demain dans une petite ville » : de quoi parle-t-on ?

De janvier 2022 à janvier 2023, l’ANCT a accompagné huit Petites villes de demain afin d’anticiper les besoins des personnes âgées à l’horizon 2040, et d’identifier des modalités d’adaptation au vieillissement. La Fabrique prospective invitait les élus et partenaires nationaux à se projeter en 2040 en considérant les transitions (changement climatique, transition numérique, transition économique et évolution des modes de vie). Cette Fabrique prospective faisait l’hypothèse que les petites villes disposent d’atouts pour être des territoires du bien-vieillir, du fait de leur taille (proximité, lien social, etc.) et de leurs ressources (espaces de nature, etc.).

Cette Fabrique Prospective visait à co-construire entre les représentants des PVD et des partenaires nationaux des pistes nationales en matière de bien vieillir et d’adaptation au vieillissement de la population.

Élodie Bourgeois, chargée de prospective et d’innovation à l’ANCT et Emmanuelle Le Bris, directrice adjointe du programme Petites villes de demain sont intervenues en début d’atelier afin de présenter les pistes nationales issues de la Fabrique Prospective. Pour la pilote de la Fabrique Prospective, « l’atelier In Situ s’inscrit dans la suite de la Fabrique Prospective, car Jonzac était une des PVD accompagnées. Cet événement a permis de valoriser et de partager les enseignements de la Fabrique prospective notamment les pistes nationales et les actions qu’ont coconstruit les élus et acteurs locaux de Jonzac. »

La Fabrique Prospective était organisée autour de 4 séminaires locaux dans chaque PVD accompagnée. Dans le cadre de ces séminaires locaux, les élus ont mobilisé un groupe d’acteurs locaux en vue d’identifier des actions.

L’accompagnement des élus et chefs de projet de ces huit communes à travers la Fabrique prospective, c’est venir aider à la réflexion autour de l’adaptation des besoins des seniors actuels et des futures personnes âgées.»

Élodie Bourgeois, chargée de prospective et d’innovation à l’ANCT

Un diagnostic participatif pour imaginer la ville du bien vieillir

Les participants ont été invités à imaginer une ville adaptée aux besoins des personnes âgées et facilitatrice du bien vieillir lors d’un « diagnostic participatif ». Animé par le Réseau francophone villes amies des aînés (RFVAA), ce jeu sérieux a permis de les amener à échanger sur les atouts et les difficultés de leurs communes dans la mise en œuvre de dispositifs favorables au bien vieillir. L’atelier s’est déroulé autour de cinq propositions clés pour « construire » cette ville adaptée aux personnes âgées.

Le cas de Jonzac

La ville est assez éloignée de la préfecture départementale, La Rochelle, à 105 km au nord-ouest, alors qu’Angoulême, préfecture du département voisin de la Charente, n’est distante que de 55 km à l’est. L’influence urbaine de cette dernière y est davantage ressentie. Jonzac est un centre d’activités tertiaires actif. Second pôle d’emplois du pays de Haute-Saintonge, son économie repose sur les services administratifs, le thermalisme, le tourisme, les services à la personne et aux entreprises ainsi que le commerce.

Cette Petite ville de demain a un projet de territoire : devenir une ville du bien vieillir. Et, pour ça, elle ne manque pas d’ambition ! Bénéficiaire de la Fabrique prospective, lauréate dans le cadre de l’appel à manifestation d’intérêt favorisant le développement d’habitat inclusif dans les Petites villes de demain, Jonzac se donne les moyens de ses ambitions.

Dans le cadre de Petites villes de demain et de la démarche Bien vieillir, un AMI expérimental a été lancé en octobre 2021 pour stimuler le déploiement de l’habitat inclusif dans les communes du programme. Jonzac est l’une des 116 communes lauréates. L’ANCT propose un accompagnement en ingénierie aux lauréats avec la Banque des territoires ou la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), selon les besoins du projet.

D’autres projets ont déjà vu le jour dans la commune pour adapter l’espace public aux personnes âgées, comme ce toit végétalisé qui permet de faire de l’ombre et donc d’être un véritable îlot de fraicheur. Ces aménagements urbains sont des espaces refuges pour les personnes les plus vulnérables à la chaleur et aux effets des canicules à venir, plus fréquentes et plus longues.

Christophe Cabri, maire de Jonzac, expose l’intérêt de l’accompagnement de l’ANCT pour ses projets.

À savoir

D’après l’INSEE, 41,3% de la population de Jonzac à plus de 60 ans en 2019, soit 8 points de pourcentage de plus qu’en 2008, où 33,4% de la population de Jonzac avait plus de 60 ans. De plus, 42,6% de la population active (15 ans et plus) de la commune est retraitée en 2022.

Pour que les participants de l’atelier se rendent compte de la configuration de la commune, de ses projets et de ses réalisations, une promenade a été organisée dans la ville avec des simulateurs de vieillissement prêtés par le Gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine. Le but : se rendre compte de la manière dont les personnes âgées perçoivent la ville et ses aménagements (ou non aménagements) et la façon dont elles sont affectées dans leurs déplacements, au quotidien, dans l’espace public.

Passage et halte dans le parc Juliette-Drouet pour découvrir les activités sportives adaptées.
Visite de la Micro-Folie de Jonzac pour voir les différentes offres culturelles proposées par ce dispositif.
Dans l’esprit des marches exploratoires, les élus venus à l’Atelier in situ ont découvert les différentes offres de services de la commune.

Pour accompagner cette déambulation, les élus et chefs de projet ont endossé le rôle d’un persona particulier (un profil d’usagers). L’arpentage a alors fait appel à leurs connaissances, suscité un rapport d’étonnement et des échanges liés aux traits des personae, à l’issue de la première journée.

Le cas de Montendre

Organisée autour des vestiges de son château médiéval, cette petite agglomération du sud de la Haute-Saintonge, est un pôle commercial, administratif et touristique. Son centre historique concentre, au gré de rues tortueuses, des immeubles anciens, une église néo-romane et de curieuses halles polygonales datant du XIXe siècle.

Montendre joue un rôle important de centralité pour les habitants des territoires alentours. On y trouve services publics et commerces, des aménagements touristiques… Et, surtout, des infrastructures clés dans l’objectif du bien vieillir.

À savoir

D’après l’INSEE, 43,4% de la population de Montendre à plus de 60 ans en 2019, alors que cette tranche d’âge ne représente que 26% de la population française en 2019.

La visite de la commune de Montendre a été l’occasion pour Patrick Girandeau, maire de Montendre de présenter la place qui accueillera le futur habitat inclusif situé en plein centre-ville qui accueillera entre 12 et 16 logements.

Les participants de l’Atelier in situ ont découvert l’habitat senior « L’Orangerie », qui est une unité spécialisée d’hébergement de 22 places pour des adultes en situation de handicap, vieillissants. Elle propose des prestations et un accompagnement adapté.

Trois associations ont également présenté à nos participants les activités qu’elles proposent aux seniors de Montendre et des environs.

Forme, Détente et Retraite sportive déploie une grande variété d’activités à destination des plus de 60 ans (gym, danse à deux, twin-golf, atelier mémoire, marche nordique, randonnée pédestre…)

Un atelier hebdomadaire (gratuit) d’une heure trente est également mis en place par le centre social et socio-culturel « La Maison Pop’ ». Par ailleurs, la Maison Pop, avec son espace France services, et la commune, avec le conseiller numérique, apportent une aide à l’accès à Internet et aux services en ligne, tout particulièrement à destination des seniors.

Au-delà de la source de bien-être psychique largement partagé par les usagers. Certains décrivent des moments où ils ont pu vivre une chute ou un déséquilibre. Le gain de confiance et les techniques apportées pendant les séances ont eu des rôles importants dans les réactions émotionnelles et les actes face à la situation »

Véronique Boisbleau, directrice de la Maison POP

La commune accueille aussi une importante antenne de l’aide à domicile en milieu rural (ADMR) qui contribue à la qualité du maintien à domicile des personnes âgées.

Témoignages d’élus : partage des expériences et des enjeux

L’Atelier in situ a été ponctué de temps d’échanges. Ils ont permis aux élus de croiser leurs projets et problématiques locales avec celles de leurs pairs, mais aussi des équipes de l’ANCT, de Popsu-Territoires et des chercheurs invités. Trois élus témoignent de leur intérêt pour cette initiative et de leurs actions.

Débats : transition démographique et parcours résidentiels des personnes âgées

Pour clore ce deuxième Atelier in situ, l’ANCT et POPSU-Territoires ont organisé deux tables rondes de réflexion sur la transition démographique et les parcours résidentiels des personnes âgées.

Les Petites villes de demain sont confrontées à des défis spécifiques en matière de bien vieillir, notamment en raison de leurs caractéristiques géographiques, de la disponibilité souvent limitée des services publics et de l’accès restreint aux équipements de santé.

Prendre le parti du bien vieillir, c’est donc engager une réflexion approfondie sur les politiques publiques locales et nationales pour agir et mettre en place des réponses adaptées aux besoins des personnes âgées. C’est potentiellement découvrir aussi que le vieillissement de la population peut constituer une ressource pour les territoires, à la fois pour le développement économique (emplois dans les métiers de la silver economie), la vie associative ou pour l’animation locale.

Dès lors, comment accompagner la transition démographique des territoires ? Comment faire projet autour de cette question de société et, finalement, comment s’en servir comme levier pour offrir une qualité de vie pour tous les habitants des petites centralités, quel que soit leur âge ?

Lors de la première table ronde sont intervenus Mathieu Alapetite, directeur général de France Silver Eco, Muriel Bouin, directrice du gérontopôle de Nouvelle-Aquitaine, et Félix Mulle, architecte, fondateur de l’Atelier de l’Ourcq.

On a tous en tête des parcours résidentiels dits « classiques », du logement individuel en location, puis en propriété, dans une maison de famille qui est aussi et parfois le dernier logement avant un départ en EHPAD. Or, le vieillissement est d’abord et avant tout une question de diversité : en fonction des parcours de vie, du degré d’autonomie et des situations économiques des personnes âgées, mais aussi de relations personnelles au logement et d’attachement. Des facteurs qui dépassent souvent le cadre des politiques publiques.

Cette évolution démographique, particulièrement centrale dans les ruralités, est également une opportunité pour repenser les formes d’habitat intergénérationnel favorisant la cohabitation et l’échange entre les générations, tout en préservant le lien social et en créant des dynamiques positives au sein des communautés rurales.

Au croisement d’enjeux multiples, quel parcours résidentiel déployer dans les ruralités, avec qui et pour qui ?

Lors de la seconde table ronde sont intervenus Frédéric Balard, sociologue, Angélique Giacomini, déléguée générale adjointe du RFVAA, Typhaine Mahé, cheffe de projet Habitat inclusif et Partenariats, CNSA et Nassim Moussi, Architecte, fondateur Université d’été « Villes, Territoires et Vieillissement ».

Le Club des Petites villes de demain s’inscrit dans l’offre de services destinée aux collectivités bénéficiaires du programme Petites villes de demain que l’ANCT pilote, au niveau national. Il s’adresse aux élus et chefs de projet. Son but : mettre en réseau, permettre le partage d’expériences et la montée en compétences des bénéficiaires du programme. Le Club permet aux équipes locales de nourrir leur réflexion et leur projet de territoire.

Prochain Atelier in situ cet automne !

Created By
Silvia Colato
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Credits:

Crédits photos : Wilfrid Duval, Julie Ragot, Emmanuelle Le Bris, Ville de Montendre - Vidéos : Wilfrid Duval - Rédaction : Mélanie Gentit et Julie Ragot (Direction de Programme Petites villes de demain) - Montage : Silvia Colato/ANCT - Service communication - Agence nationale de la cohésion des territoires - Juin 2023