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Les feux de forêt et de végétation

Chaque année, des milliers d’hectares de végétation partent en fumée. Plus un été est sec et chaud, plus le danger est grand : la moindre étincelle peut être à l’origine d’une catastrophe. Avec le changement climatique, le risque s’accentue et gagne du terrain : aujourd’hui, l’ensemble du territoire est concerné par des incendies de plus en plus puissants et dévastateurs.

« Si la sécheresse est récurrente, les végétaux n’arrivent pas à reprendre leurs forces, et d’une année sur l’autre, on s’aperçoit que la souffrance perdure. Donc ils deviennent beaucoup plus sensibles aux feux beaucoup plus rapidement. »

Marc Dumas, pompier dans les Bouches-du-Rhône

Les conséquences des incendies sur la flore

Vue sur une zone du parc national de Port-Cros incendiée en 2017.

Historiquement, la zone méditerranéenne est davantage exposée au risque de feu de végétation, de par le climat sec et chaud de la région. La végétation a su s'adapter à ce climat, mais sur plusieurs milliers d’années.

« Globalement, les espèces méditerranéennes ont développé des stratégies d’adaptation et de réponse aux feux de forêt. »

Laurent Velasco, responsable du pôle gestion des forêts après l'incendie à l'Office national des forêt (ONF), pour les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse.

Le chêne-liège, par exemple, a une écorce très épaisse qui lui permet de résister aux très fortes chaleurs des feux.

Détails d'écorces d'arbres brulés.

Le pin d’Alep, au contraire, brûle très facilement mais est résilient : il a besoin du feu pour germer.

Un pin d'Alep suite au passage d'un feu.

Cette espèce a des moyens de recoloniser le milieu après l'incendie, alors que l'intégralité du peuplement peut avoir été détruit.

Un cône de pin d'Alep tombé au sol.

Lorsqu'il tombe, ce cône libère des graines dans le sol, ce qui permet la régénération de l'espèce.

Deux ans après le passage d'un incendie, une pousse de pin d'Alep grandit parmi les arbres brûlés.

Le feu, par certains aspects, peut favoriser le renouveau de la forêt, mais seulement lorsqu’il est maîtrisé. Or, le changement climatique accroît l’intensité et la récurrence des feux, ce qui menace la régénération de la végétation. En effet, celle-ci n’a pas le temps de se remettre entre chaque incendie, provoquant des dégâts irrémédiables et la disparition d’espèces.

Les conséquences des incendies sur la faune

Zone de réintroduction de tortues d'Hermann dans le Var.

À l’approche d’un feu, les mammifères s’enfuient, les oiseaux s’envolent mais certaines espèces n’en ont pas la possibilité. C’est le cas de la tortue d’Hermann, seule espèce de tortue terrestre de France métropolitaine, aujourd’hui en voie d’extinction.

Une tortue d'Hermann âgée de 7 ans.

Le Var et la Corse sont les dernières régions françaises où vit cette espèce menacée, notamment par les feux de forêt. En 2017, le feu qui a ravagé le parc national de Port-Cros a tué 95% de la population qui y vivait. Le feu de Gonfaron, en 2021, a lui aussi tué et blessé de nombreuses tortues d’Hermann dans la réserve naturelle de la Plaine des Maures.

Le radar permet de localiser les tortues d'Hermann réintroduites dans leur espace naturel.

L’association Soptom (Station d'observation et de protection des tortues et de leurs milieux) intervient après chaque incendie pour localiser et soigner les tortues blessées, puis les réintroduire dans leur milieu naturel.

L'incendie de Gonfaron, plaine des Maures, en 2021

Vue sur le massif et la plaine des Maures, un an après le feu de Gonfaron.

En 2021, plus de 15 000 hectares de forêt sont partis en fumée en France, dont près de la moitié à cause d’un seul et même feu : le feu de Gonfaron, qui a débuté le 16 août 2021 dans le Var. Il est l’un des dix plus gros feux de ces 50 dernières années. L'origine de cet incendie serait liée, selon toute vraisemblance, à un mégot jeté sur une aire d’autoroute. Le feu a causé la mort de deux personnes. 6 800 hectares sont partis en fumée, dont la moitié de la réserve naturelle de la Plaine des Maures, l’un des lieux de vie de la tortue d’Hermann.

Des voitures de pompiers stationnent à proximité de l'aire d'autoroute de Sigues, d'où le feu de Gonfaron a démarré.

Pendant plusieurs jours, près de 1 000 pompiers ont lutté contre ce feu dévastateur, mettant en œuvre l’ensemble des moyens terrestres et aériens à leur disposition. Un an après, le paysage est toujours marqué par l’incendie.

« On voit que le sol est appauvri et on espère que la nature pourra reprendre ses droits. »

Christian Tosi, pompier dans le Var, présent sur le feu de Gonfaron

Des feux qui pourraient être évités

Vue sur le massif des Maures, un an après le feu de Gonfaron.

9 feux de forêt sur 10 sont d’origine humaine et pourraient donc être évités : le jet de mégot par la fenêtre de sa voiture en est un parfait exemple.

Outre les bons réflexes qui peuvent éviter des départs de feu, d’autres actions doivent être mises en œuvre pour se protéger en cas de départ de feu : c’est le cas du débroussaillage.

Habitation dans le massif des Maures un an après le feu de Gonfaron, intacte grâce au débroussaillement réalisé avant le passage du feu
« Il est essentiel que les habitants respectent les obligations légales de débroussaillement. Il en va de leur sécurité, mais aussi de celle des pompiers en intervention. »

Christian Tosi, pompier dans le Var

Une collaboration des acteurs de la prévention

« Nous pouvons tous, par nos activités, être à l’origine d’un départ de feu. »

Laurent Vélasco, ONF

Toute l’année et en particulier l’été, les acteurs de la prévention des feux travaillent ensemble pour surveiller les forêts et faire de la prévention sur le terrain. Le dispositif de prévention est une collaboration entre différents acteurs dont l’ONF, des bénévoles de la sécurité civile et des pompiers. L’objectif est de surveiller les massifs forestiers pour détecter l’éclosion des feux et agir rapidement. En effet, la stratégie nationale est basée sur la priorité aux feux naissants : les patrouilles forestières (véhicules jaunes ou oranges) interviennent dès qu’elles repèrent un départ de feu, avant de faire appel aux pompiers si besoin.

Repenser le territoire

Habitations sur la route des Ventrons à Martigues, touchées par un incendie en 2020

La frontière entre constructions et forêt est de plus en plus ténue : les maisons sont de plus en plus proches des forêts, ce qui accroît le risque pour le bâti mais aussi pour les vies humaines. Pour réduire ce danger, des plans de prévention du risque incendie de forêt (PPRIF) peuvent être mis en place sur certains territoires. Il s'agit de recommandations à mettre en place sur des bâtiments déjà existants, mais aussi d’interdictions ou d’obligations pour de futures constructions.

À la suite des feux, des actions de médiation paysagère sont parfois mises en place. Cet échange entre les habitants et les élus permet de faire l'état des lieux des changements à apporter au territoire, notamment pour éviter de nouveaux feux.

« La médiation paysagère, c'est essayer de faire dialoguer un peu plus différents types d'acteurs du territoire (commune, services de l'État, pompiers, ONF…) avec la population. »

Ondine Le Fur - INRAE

À la suite du feu de 2020, à Martigues, une médiation paysagère a eu lieu, permettant de mettre en place des actions concrètes. Les habitants se sont notamment prononcés sur le choix des espèces replantées dans leur commune, en sélectionnant des espèces natives de la région, mais moins combustibles que le pin d’Alep, comme le chêne vert, l’amandier ou encore l’olivier. Ces spécimens, déjà présents sur le territoire, étaient devenus minoritaires face à la colonisation du pin d’Alep.

  • Texte : Camille Bourrée
  • Photos : Damien Carles