Biographie
Réalisateur (et scénariste) américain d'origine indienne, né en 1970, M. Night Shyamalan compose une œuvre importante, bien qu'inégale, du cinéma contemporain, s'illustrant particulièrement dans le genre du thriller. Comme toute "œuvre", on y retrouve de film en film certaines lignes de force, obsessions et thèmes récurrents. La tension entre solitude et relation aux autres en est une, indubitablement, qui fait de la filmographie de Shyamalan l'occasion de parcourir notre thème "seuls avec tous" de manière pertinente et originale.
Filmographie
Débuts
- Praying with Anger (1992)
- Éveil à la vie (Wide Awake) (1995)
Les deux premiers films réalisés par Shyamalan le sont lorsqu'il est encore étudiant ou grand débutant dans le milieu du cinéma. Ces deux films, difficilement produits et confidentiels en termes de diffusion, permettent néanmoins au jeune cinéaste de se faire connaître. Salué par une certaine critique, Shyamalan va alors pouvoir connaître le succès dans de plus grosses productions.
Consécration
- Sixième Sens (The Sixth Sense) (1999)
- Incassable (Unbreakable) (2000)
- Signes (Signs) (2002)
- Le Village (The Village) (2004)
Les quatre films suivants installent Shyamalan comme l'un des cinéastes majeurs de sa génération. S'emparant de genres différents - le fantastique, le super-héroïque, la science-fiction et le récit de monstre - tous fonctionnent selon un principe qui fera la renommée et l'identité narrative de ce cinéma: un "twist" final qui appelle à revisiter l'ensemble du film, faisant du spectateur la dupe d'un savant montage. Ce sont essentiellement ces films qui nous intéressent pour notre thème.
Difficultés
- La Jeune Fille de l'eau (Lady in The Water) (2006)
- Phénomènes (The Happening) (2008)
- Le Dernier Maître de l'Air (The Last Airbender) (2010)
- After Earth (2013)
Avec La Jeune Fille de l'eau, des difficultés de production couplées à des échecs commerciaux torpillent la trajectoire jusque-là parfaite de la carrière de Shyamalan. Ce projet s'avère compliqué à développer et vient après d'autres impossibilités rencontrées par le cinéaste (script d'Indiana Jones 4 refusé par Georges Lucas, participation à la saga Harry Potter qui ne se fait pas). Shyamalan doit rogner sur son indépendance pour ses projets suivants et cela s'en ressent: il perd à la fois ses fans et le succès grand public.
Renouveau
- Wayward Pines (série télé: réalisateur du pilote et producteur) (2015)
- The Visit (2015)
- Split (2017)
- Glass (2019)
Shyamalan rompt alors avec cette logique et se lance dans de nouveaux projets. Il produit la série fantastique Wayward Pines et en réalise le pilote. Et monte parallèlement un film à très petit budget, indépendant, qui renoue avec le genre du thriller horrifique qui fit son succès: The Visit. Renouant avec un certain succès critique, il poursuit dans la même voie avec Split, puis Glass, construisant ainsi une trilogie faisant suite à Incassable.
Sixième Sens
"I see Dead People"
N. B. : Pour des raisons de droits, les vidéos suivantes ne sont pas visibles sur téléphone mobile. Elles le sont en revanche sur ordinateur, en France.
Extrait n°1 : prologue
Le docteur Malcom Crowe, psychologue renommé, vient d'être félicité pour la qualité de son travail et de son investissement. Il fête cela avec son épouse, Anna quand un événement fait basculer sa vie.
Dans cette scène, Malcom subit chez lui l'attaque d'un ancien patient en pleine crise, Vincent Grey, qui se suicide après lui avoir tiré dessus.
- Quels reproches adresse Anna à son mari durant la scène? Comment pouvez-vous relier cela à notre thème "seuls avec tous"?
- Comment Vincent se définit-il? Quels liens avec notre thème pouvons-nous dresser? Quel reproche Vincent adresse-t-il à Malcom?
Extrait n°2 : Malcom et Cole
Quelques temps plus tard, Crowe fait la connaissance d'un petit garçon, Cole, qui lui rappelle beaucoup Vincent au même âge et manifeste d'inexplicables terreurs qui épuisent sa mère. Il semble en outre environné par des phénomènes expliqués. Bien décidé à réussir avec Cole ce qu'il avait manqué avec Vincent, Crowe tente de gagner sa confiance. Cette scène se situe après que les deux se sont déjà rencontrés
- Décrivez la manière dont la mère de Cole tente de communiquer avec lui et de le faire parler.
- Décrivez la méthode employée par Malcom pour se lier avec Cole. Par quelles étapes passent la scène et pourquoi selon vous?
- Essayez de relier cette scène, et notamment la situation de Cole, à notre thème "seuls avec tous".
Extrait n°3 : un couple en crise
Cet investissement de Malcom dans la thérapie de Cole n'est pas sans conséquence sur son couple. Oublis, retards et difficultés de communication se multiplient comme en témoigne cette scène.
- Comment est construit le dialogue entre les deux personnages?
- Quels formes de contact s'établissent entre eux?
- Comment pouvez-vous relier cette scène à notre thème "seuls avec tous"?
Extrait n°4 : les problèmes de Cole à l'école
Les troubles de Malcom le situe en marge de ses pairs, notamment à l'école. Une situation qu'illustre cette scène.
- Définissez la position de Cole au sein de la classe. Comment ses camarades semblent-ils le considérer?
- Comment l'enseignant désigne-t-il Cole? Que cela vous rappelle-t-il?
- Que comprenez-vous de cette scène et des "connaissances" que Cole y démontre?
Extrait n°5 : Révélations
Devant de nouveaux problèmes de harcèlement (lors d'un anniversaire) et la manifestation de mystérieuses traces de griffures et de coups sur le corps de Cole, les services sociaux interviennent et placent Cole sous surveillance. Malcom tente de lui venir en aide et le garçon lui fait alors une étonnante révélation.
- Dans cette séquence, dans quel sens la communication s'établit-elle? Qui explique des choses à l'autre? Comment l'interprétez-vous?
- Quel mot utilise, en anglais, Cole, pour désigner ce qui manque au récit de Malcom?
- Reformulez la situation de Malcom telle qu'il la romance pour Cole. Quels liens pouvez-vous établir avec notre thème?
- Quel est le secret de Cole? Placez-vous du point de Cole: quel lien avec le thème pouvez-vous établir?
Extrait n°6 : Découverte au sujet de Vincent
Cole explique bientôt à Crowe que ce sont les visions de fantômes, partout autour de lui, qui provoquent ses terreurs. Pensant d'abord qu'il s'agit de troubles psychiatriques, Crowe hésite à passer la main sur ce cas. Mais il fait une surprenant découverte en réécoutant les enregistrements de la thérapie de Vincent.
- Comment pouvez-vous qualifier la qualité de la communication entre Malcom et Vincent?
- Quelle découverte Malcom fait-il sur l'enregistrement? Qu'est-ce que cela implique par rapport à Cole?
Extrait n°7 : le fin mot de l'histoire
Malcom découvre donc finalement que le petit garçon dit vrai, comme Vincent en son temps. La thérapie peut alors reprendre et Crowe suggère à Cole d'essayer d'écouter les apparitions et de leur faire prendre conscience de leur statut, ce qu'elles dénient pour la plupart, ou de répondre à leurs demandes afin de les libérer. Les apparitions cessent de harceler et brutaliser Cole, qui prend alors confiance en lui et accepte son don. À la suite du spectacle de l'école dont Cole est devenu la vedette, ce qui entérine son changement de statut social, et devant le succès de la thérapie, les deux personnages se disent adieu. Pour le remercier, Cole suggère à Malcom une idée pour parvenir à parler à son épouse dont Malcom semble plus éloigné que jamais, l'ayant surprise à flirter avec un autre homme.
Cette séquence introduit le "twist" qui constitue la signature de Shyamalan: une révélation qui invite à revoir le film sous un autre angle. Crowe est lui-même un fantôme, mort au début du film lors de l'attaque de Vincent. Il hante depuis sa maison, empêche sa femme de débuter une nouvelle vie et fait partie des morts avec lesquels Cole peut interagir.
- À l'aune de cette révélation, comment pouvez-vous réinterpréter la relation entre Malcom et son épouse durant tout le film?
- À l'aune de cette révélation, comment la relation entre Malcom et Cole peut-elle être interprétée en lien avec le thème "seuls avec tous"?
Lien au thème "Seuls avec tous": trois pistes à explorer au-delà des extraits
Les deux héros incarnent deux formes de solitude qui se rejoignent de manière presque exceptionnelle.
Cole est rejeté par ses pairs - les enfants de son âge - à cause de sa différence dont il ne peut parler. Il est aussi plongé dans un monde à part, celui des fantômes dans lequel il évolue en étant le seul vivant à les percevoir. Il vit littéralement seul avec les morts.
Le docteur Crowe apparaît, au fil du film, de plus en plus solitaire. Cela se traduit par les difficultés rencontrées dans son couple, le manque de communication qui s'installe entre lui et sa femme. Le twist final qui le concerne directement renverse la perspective de l'ensemble du film et nous invite à le revoir directement en lien avec notre thème. Crowe est bien seul avec tous du début à la fin, tout en en ayant aucunement conscience.
"Les Autres", un autre film écrit sur un principe similaire
Les Autres est un film fantastique de 2001 réalisé par Alejandro Amenábar. Il raconte l'emménagement inquiétant d'une famille dans une maison sur l'île de Jersey à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En voici la bande-annonce, en VOSTFR, sur site allociné.
La mère et ses enfants sont confrontés à des présences inquiétantes qui hantent la maison et malgré tous les efforts fournis par l'héroïne pour protéger ses enfants de cette influence, celle-ci s'affirme de plus en plus, jusqu'au dénouement qui renverse, une fois de plus, la perspective du film.
On comprend, avec ces deux films, comment le film de fantôme, habilement revisité, offre des perspectives fructueuses pour aborder notre thème "seuls avec tous".
Signes
swing away merrill. Merrill... swing away.
Bande annonce du film en VOSTFR (source allociné)
Synopsis
Pour développer son intrigue, le film adopte le point de vue de la famille Hess. Celle-ci est composée: de Graham, ancien pasteur ayant perdu la foi après la mort de sa femme dans un accident de voiture quelques années auparavant; de Merrill, son jeune frère, ancien espoir du Baseball malheureusement incapable de faire carrière; et de ses deux enfants, Morgan, un garçon atteint d'asthme, et Bo, une petite fille manifestant diverses peurs et certains TOC, notamment le besoin d'avoir des verres d'eau en permanence. La famille possède une ferme et de grands champs de maïs.
L'intrigue est celle d'apparition de "crop circles", ou agroglyphes, à la fois dans les champs de Graham et partout dans le monde. Ces signes mystérieux sont rapidement identifiés comme d'origine extraterrestre. Une invasion serait sur le point de débuter menaçant l'espèce humaine.
Éléments d'analyse
Ce film déploie plusieurs aspects de notre thème "Seuls avec tous". Le premier serait celui de l'isolement de la famille. La famille Hess vit presque recluse. Cela se manifeste de diverses manières. D'abord du fait de leur situation géographique: la ferme est située au milieu des champs, à l'écart de la ville. Ensuite du fait de leur mode de vie: de social et bienveillant, Graham est devenu misanthrope suite au drame de la mort de sa femme. Il évite le plus possible le contact avec les autres et rejette tout ce qui lui rappelle son passé, notamment relationnel. Enfin, Merrill et les enfants apparaissent comme des marginaux, chacun à sa manière, du fait de leur "pathologies".
Un deuxième aspect serait celui de la solidarité humaine lors de l'invasion extraterrestre. La structure même du film semble une illustration de l'expression "seuls avec tous". Si les Graham sont isolés dans leur ferme, le monde entier, dont ils ont écho par les informations télévisées, se situe dans la même situation qu'eux. La grande originalité de Signes est de donner à voir une invasion extraterrestre sans quitte un espace très petit et périphérique, celui de la ferme et de ses champs. Mais ce lieu devient un échantillon, particulier mais également exemplaire, du sort de l'humanité entière.
Pour autant, dans cette représentation atomisée de la société humaine, la solidarité semble bien difficile à restaurer. On l'a dit, Graham se refuse à officier et donc à aider comme il le faisait auparavant. Il refuse également d'être aidé à plusieurs reprises durant le film. Toutefois, c'est le conseil d'un individu, précisément celui responsable de la mort de son épouse, qui va se révéler déterminant pour le dénouement. En fuite devant la menace, les gens se regroupent autour de points d'eau comme les lacs. Si Graham refuse de quitter sa ferme et de se joindre aux autres, il entend cette information et s'en servira lors du dénouement. En outre, l'invasion extraterrestre constitue un moyen de souder l'ensemble de la population humaine.
Le troisième aspect que l'on peut extraire du film est celui de cette altérité radicale incarnée par les extraterrestre. Pourtant, ces derniers demeurent presque totalement invisibles durant l'ensemble du film. Longtemps, ils sont juste devinés comme des inconnus s'enfuyant dans les champs, à travers des bruits étranges sur le babyphone de Bo ou encore comme des lueurs (celles de leurs vaisseaux) dans la nuit. Et lorsqu'ils s'incarnent enfin, jusqu'à la scène finale, ils ne seront (a)perçus par les héros qu'indirectement, toujours à travers le medium d'un écran ou d'un reflet.
Ainsi, c'est d'abord une silhouette fugitive aux informations, puis une image que l'on cherche dans le reflet d'une lame passée sous une porte et enfin la menace finale qui se révèle d'abord dans le reflet d'un poste de télévision éteint puis à travers la transparence d'un verre rempli d'eau.
Ce choix de mise en scène, net, interroge. Si l'extraterrestre ne peut être représenté que comme un reflet ou une surface sans profondeur ou à la profondeur indéterminée (ce que le motif de l'eau vient renforcer), on peut se demander de quoi il est précisément le reflet. Notre propre reflet déformé? La projection de nos peurs et de nos angoisses? Notamment notre peur de l'Autre? Remarquons qu'un autre reflet se donne à voir dans cette scène: celui de Bo dans la peau translucide du dos de l'extraterrestre.
Parenthèse
Shyamalan entretient, à travers ses films des liens étroits avec d'autres maîtres du cinéma de genre, à la fois populaire et iconique. Il s'agit d'abord d'Alfred Hitchcock (Psychose, Fenêtre sur cour, Les Oiseaux, Vertigo, La Mort aux trousses...), qui a la réputation d'apparaître fugitivement dans ses films. En hommage à ce cinéaste, Shyamalan se donne souvent de petits rôles dans ses propres films. L'autre cinéaste dans la filiation duquel Shyamalan s'inscrit est Steven Spielberg. Un réalisateur qui joue régulièrement avec les reflets dans sa mise en scène. En témoigne par exemple cette scène de La Guerre des Mondes de Spielberg, sorti en 2005, qui entretient nécessairement des liens étroits avec Signs, par son sujet et par sa proximité temporelle, et où le Maître semble jouer avec les codes déployés par son disciple quelques années plus tôt dans la mise en scène des extraterrestres. On le voit dans cette scène où la première machine extraterrestre se manifeste et passe à l'action.
Quelques mots en plus
Signes est, comme on le comprend explicitement dans les dernières séquences, avant tout un film sur la foi et sur les croyances. Si le titre renvoie explicitement aux signes que sont les crop circles, il possède un sens secondaire, celui des signes divins, qui irrigue le film de manière cachée jusqu'à se révéler dans le dénouement. La situation de Graham, qui se sent abandonné par Dieu, peut également être ramenée à notre thème. En effet, elle nous rappelle un épisode biblique, celui du Mont des Oliviers, dans lequel Jésus, après la Cène, et juste avant son arrestation du fait de la trahison de Judas, se rend dans une grotte à Gethsémani pour prier. Rappelons d'ailleurs que cet épisode se situe dans La Passion du Christ qui fit l'objet en 2004 d'une adaptation cinématographique polémique par Mel Gibson, l'acteur qui joue Graham.
S'il y est avant tout question de résister à la tentation, Jésus y témoigne aussi d'une angoisse profonde ("mon âme est triste à mourir" dans l'Évangile selon St Marc). Le passage est l'objet de nombreuses interprétations mais il a surtout connu des adaptations picturales et littéraires, notamment par les Romantiques, qui y voient un moment de doute existentiel proche de la perte de la foi. C'est ce que l'on voit dans des poèmes d'Alfred de Vigny ou de Gérard de Nerval. Dans ces deux poèmes s'exprime le reproche que Dieu, devenu silencieux, a abandonné sa créature. C'est cela que l'on retrouve dans la posture de Graham et que le dénouement du film vient bousculer en montrant que la parole de Dieu n'est pas nécessairement directe et que les signes sont aussi un langage muet qui prend des formes diverses.
Voici d'abord Le Mont des Oliviers d'Alfred de Vigny. On sera surtout attentif à la fin du poème (partie III et "Silence") où se manifestent le plus clairement doute, défiance et angoisse (version pdf ici).
Voici à présent le poème de Gérard de Nerval sur le même sujet: Le Christ aux Oliviers (1856) dont on notera en particulier l'exergue (version pdf ici).
Enfin, pour terminer il est intéressant de remarquer que Signes est un film qui appellent les interprétations parfois capillotractées, mais néanmoins troublantes, à partir de détails qui sont dénoncés comme n'étant pas des coïncidences (pour faire écho à un discours de Graham à Merrill sur la foi: se situe-t-on du côté de ceux qui croient aux signes ou bien du côté de ceux qui pensent que tout n'est que hasard). Ainsi, la plaque commémorative du record de Merrill, que l'on voit distinctement au moment où Graham se remet à croire et "voit" les signes, a fait l'objet d'interprétations à base de numérologie.
Ainsi le nombre "507" est interprété comme une référence au Deutoronome, le cinquième libre de l'Ancien Testament, chapitre 07, qui porte précisément sur la guerre avec d'autres nations. La date du 23 juillet, elle, renverrait à Sainte Brigitte (ou Brigitte de Suède), une sainte directement associée à la Passion du Christ. Cette sainte est réputée pour avoir communiqué avec Jésus et Marie de nombreuses fois lors de ses prières. Ses oraisons seraient le fruit de la révélation par Jésus du nombre de coups qu'il aurait reçu au cours de la Passion. Selon la sainte, il en aurait reçu 5480.
Ce nombre peut être également lu comme une statistique de Baseball, le sport de Merrill. Pour les frappeur, on compte d'abord les homerun, un coup gagnant qui permet de faire le tour sans encombre, puis les strikeout, qui sont les éliminations par le lanceur. Dans Signes, Merrill est désigné comme ayant signé des record dans ces deux catégories, l'une positive, l'autre négative. Le plus grand champion de l'histoire de Baseball, Babe Ruth, comme nombre de grands frappeurs, se distingua également par des statistiques élevées dans ces deux catégories. Et l'année de sa révélation sur le circuit, en 1920, lorsqu'il arrive aux Yankees de New-York, il réalise précisément un record de homerun tout en se faisant très souvent éliminer. Ses statistiques cette année-là sont de 54 80. De quoi ravir les fans de coïncidences. Jeu délibéré du cinéaste ou bien démon du chiffre dans l'interprétation?
Le Village
"those we don't speak of"
Synopsis
À la fin du XIXe siècle, une petite communauté américaine vit en autarcie au milieu de bois que l'on dit peuplés de créatures effrayantes. Suite au décès d'un enfant, le jeune Lucius demande au conseil des Anciens l'autorisation de traverses les bois pour aller chercher de l'aide médicale auprès de villages voisins. Le Conseil refuse, craignant de rompre le précaire équilibre instauré avec les créatures des bois.
Au village, parmi les jeunes adultes, se déploie un triangle amoureux atypique entre Lucius, Ivy, une jeune femme aveugle très enthousiaste, et Noah, jeune homme retardé mental amoureux d'Ivy. Mais alors que Lucius renouvelle sa demande de traverser les bois pour rejoindre la ville, les Créatures se manifestent.
Cet événement réaffirme le statu quo entre le Village et les Bois. Le mariage de la grande sœur d'Ivy, un temps amoureuse de Lucius, autorise la relation entre Ivy et Lucius, ce dernier se déclarant enfin à la première. Mais Noah, de dépit, poignarde Lucius. À l'article de la mort, Lucius ne pourra être sauvé avec la médecine locale. Ivy demande alors l'autorisation de traverser les bois pour sauver son amant. Contre l'avis des autres Anciens, qui tous ont juré de ne jamais retourner à la ville où chacun a vu un de ses proches se faire tuer, son père, Edward, l'y autorise. Deux garçons de son âge l'accompagneront dans les Bois pour accomplir cette périlleuse mission.
En fait, juste avant le départ, le père d'Ivy révèle à cette dernière le secret du Village en la menant à la remise abandonnée. Les créatures constituent en fait une fable, une invention des Anciens pour instaurer et préserver un mode de vie reclus, à jamais distant de la Ville qui les a tant fait souffrir. Mais en révélant cela à sa fille et en l'envoyant dans les Bois, Edward menace la survie de la communauté qui tient à rester cachée de l'extérieur.
Mais d'autres surprises attendent Ivy et le spectateur concernant la traversée des Bois. D'abord, la fiction rattrape la réalité et Ivy se confronte à une Créature dans les Bois. Et après en avoir triomphé, elle atteint en fin la limite de la forêt. Sa rencontre avec un représentant des Villes explique aussi pourquoi c'est Ivy que l'on a laissée atteindre cet extérieur.
Si Ivy a été autorisé à traverser les bois, c'est du fait même de sa cécité. Elle ne verra pas ce que le spectateur du film découvre de l'autre côté des bois: notre monde contemporain, de l'autre côté d'une enceinte. Il s'agit là d'un isolement volontaire créé par les Anciens et qu'ignorent tous les jeunes du village.
À partir des extraits présentés et de l'intrigue telle que vous avez pu la découvrir, rédigez trois paragraphes dans lesquels vous expliquerez en quoi ce film illustre trois aspects différents de notre thème "seuls avec tous".
Lien au thème "Seuls avec tous"
Le Village offre un matériau très riche par rapport à notre thème et permet de l'aborder de diverses manières.
Il présente d'abord une communauté dans ce qu'elle peut avoir de plus typique des communautés américaines traditionnelles et autarciques que l'on associe à l'imagerie des États-Unis à la fin du XIXe siècle. Sans aller jusqu'à la peinture de la communauté Amish, il y a quelque chose dans la communauté du Village qui évoque lointainement cela: vêtements traditionnels, importance de la coutume, place de la religion (ici également des croyances et superstitions), auto-suffisance et refus de la modernité.
Car l'un des twists du film nous apprend que le Village ne se situe pas dans le passé mais nous est bien contemporain. Ses habitants ont fait le choix de se retirer du monde moderne dans une fiction close et hermétique totalement passéiste. Ils se sont positionné à l'écart du reste du monde pour vivre leur idéal, de manière étanche, sans plus le moindre contact avec notre monde.
C'est pour cela que le mythe des créatures des bois a été monté de toutes pièces. Il s'agissait de souder la communauté autour d'une menace potentielle et de la faire obéir pour respecter les règles secrètes de l'embargo vis-à-vis du monde extérieur. Rien de mieux pour cela qu'un monstre imaginaire en guise d'altérité absolue.
Voilà qui nous amène aux protagonistes de ce film, et en particulier aux trois héros: Ivy, Lucius et Noah. Tous trois représentent une forme de marginalité. Ivy de par sa cécité, Noah comme "fou du village" (il souffre de retard mental) et Lucius car éprouvant des difficultés sociales et de communication tout en montrant un courage suffisant pour franchir les bois et affronter le monde extérieur.
"Wayward Pines", une déclinaison en série d'une même obsession ?
L'agent spécial Ethan Burke enquête sur la disparition de deux collègues. Sur la route, il subit un sévère accident juste et se réveille à Wayward Pines, petite bourgade de l'Idaho. La ville se révèle rapidement emplie de mystère, le premier d'entre eux étant l'impossibilité pour Burke de contacter l'extérieur, le suivant celle de ne pouvoir tout bonnement quitter la ville.
On retrouve dans Wayward Pines plusieurs éléments clés du Village : une communauté coupée du monde extérieur, isolée face à une menace mortelle qui se situerait de l'autre côté de son enceinte, des faux-semblants et des secrets, l'idée d'un monde construit comme un décor avec des relations factices entre ses habitants. On y retrouve également un jeu sur la temporalité.
En effet, le secret de Wayward Pines est le suivant: le monde a été anéanti par une évolution ayant transformé la race humaine en créatures sauvages, les "Abbies". L'intrigue se situe 2000 ans après notre époque. Mais lors de celle-ci, un scientifique a su anticiper cette évolution. Il a alors créé de toutes pièces une ville "typique", Wayward Pines, et cryogénisé des centaines d'individus dans l'idée de réveiller cette population 2000 ans plus tard afin de faire perdurer l'humanité telle que nous la connaissons. Notre héros, Burke vient d'être "réveillé", sans rien savoir de tout cela, alors que la population de la ville, en grande partie tout aussi ignorante, a elle été réveillée plusieurs années auparavant, pensant vivre comme à l'orée du XXIe siècle.
Split
To whom am I speaking with now?
Split est un thriller psychologique, versant dans le fantastique, à la fois par le sujet qu'il aborde et par le dénouement qu'il offre. Deux fils très divers se croisent afin de constituer l'intrigue : d'une part un "classique" enlèvement suivi de séquestration de 3 jeunes filles par ce qui semble être un psychopathe; d'autre part le portrait d'un individu souffrant de trouble dissociatif de l'identité, plus communément considéré comme un trouble de personnalité multiple. C'est ce deuxième aspect qui nous intéresse pour notre thème, mais le premier est nécessaire pour comprendre l'histoire du film.
Éléments d'intrigue
La séquence d'ouverture montre l'enlèvement de trois jeunes filles à la suite d'un anniversaire. On comprend rapidement que 2 d'entre elles, Marcia et Claire, avaient été ciblées (parce que jugée trop "protégées" par la société) quand la troisième, Casey, clairement marginale parmi ses camarades, se retrouve malencontreusement associée à cette situation.
Séquestrée, les trois jeunes filles pensent pouvoir s'en sortir car elles entendent différentes voix de l'autre côté de la porte de leur "cellule". Mais elles se rendent qu'il s'agit d'une seule et même personne endossant successivement, et presque simultanément, plusieurs personnalités. Le ravisseur se nomme Kevin Crumb. Il est suivi par le Docteur Fletcher pour un trouble dissociatif de l'identité. Spécialiste de la question, on la voit, durant le film donner une conférence universitaire par skype sur le sujet.
Les personnalités émergent chez des individus victimes de lourds traumatismes pour leur permettre d'endurer les maux dont ils souffrent. Le docteur Fletcher a ainsi identifié 23 personnalités différentes au sein de Kevin. Parmi celles-ci Barry assure normalement leur roulement à l'état d'éveil, ce qui est appelé dans le film "prendre la lumière". Récemment, Barry a envoyé des courriels de détresse au docteur Fletcher, qui le reçoit en urgence, se doutant du fait qu'il y a un problème.
Parmi les personnalités de Kevin, deux parias, Dennis et Patricia, accompagnés de la personnalité enfantine Hedwig (9 ans), ont pris le contrôle du corps, reléguant les 20 autres personnalités dans l'ombre. On peut voir cette 3e personnalité qui échange avec Casey plusieurs fois durant la détention de la jeune fille.
Patricia et Dennis préparent en fait l'émergence d'une 24e personnalité baptisée la Bête à laquelle ils comptent sacrifier les jeunes filles enlevées. Pour autant, pour le Docteur Fletcher, il s'agit d'une fiction dans la mesure où cette Bête est censée posséder des caractéristiques physiques démesurées par rapport au corps originel de Kevin.
La fin du film apporte un démenti à cela et verse alors ouvertement dans le fantastique, tirant le TDI vers les super-pouvoirs.
Au-delà du film
Cette bascule du film l'inscrit dans le reste de la filmographie de Shyamalan puisque le dénouement introduit le personnage de David Dunn, héros de Incassable. Depuis, un troisième film complète Incassable et Split, Glass. Ces films proposent une lecture des figures de super-héros qui peut s'inscrire dans notre thème. Les super-héros, et super-vilains, nécessairement exceptionnels, y sont avant tout des êtres marginaux, in fine chassés parce que considérés comme anormaux.
Le cas de David Dunn en devient exemplaire: individu socialement des plus banals, qui a même le sentiment d'être un raté, il possède en fait un pouvoir qu'il a tout bonnement ignoré pendant plusieurs décennies, celui d'être "incassable", c'est-à-dire de résister à tout, de ne pouvoir être blessé. De l'autre côté, Elijah Price souffre lui de la maladie des os de verre: il casse littéralement au moindre choc. Son handicap le conduit à s'isoler du monde, à refuser toute relation aux autres, menaces directes sa santé. Il développe une puissante misanthropie, couplée à une passion pour les comics. Sa grande intelligence le conduit à devenir un génie du mal. Par leur condition, Kevin, David et Elijah demeurent résolument à l'écart de la masse et du commun.
Autour du TDI
Plusieurs articles évoquent la dimension "réelle" de Split, c'est-à-dire le trouble dont il est question et le cas particulier qui servit de point de départ à l'intrigue. Ainsi, Split se trouve inspiré d'une histoire vraie, celle de Billy Milligan, auteur de viols dans les années 1970 mais jugé non responsable du fait de son trouble de la personnalité multiple. Sa vie a été racontée par Daniel Keyes (Des fleurs pour Algernon) dans l'ouvrage Les Mille et Une Vies de Billy Milligan (The Minds of Billy Milligan). On peut aussi lire cet article de vulgarisation pour approfondir autour du TDI. Enfin, il faut savoir que le film a suscité des polémiques: il fut accusé de stigmatiser cette maladie mentale. On en trouve un écho dans cet article par exemple.
Liens avec le thème "Seuls avec tous"
À partir du film tel que présenté dans les extraits et les éléments qui les contextualisent, vous répondrez, sous la forme de paragraphes rédigés, aux questions suivantes:
- En quoi l'état psychique de Kevin illustre-t-il directement notre thème "seuls avec tous"? Vous ferez en particulier attention à la représentation qui est faite de la structure qui abrite les 23 identités.
- Comment les mots-clés "sujet", "identité" et "libre-arbitre" se trouvent-ils investis dans ce film?
- Que nous dit ce film du collectif, c'est-à-dire de la cohésion et de la collaboration?
- Comment les différents personnages présentés (et pas seulement Kevin) illustrent-ils marginalité, conformisme et exclusion?
Le mot de la fin
Le mot de la fin sera laissé à Elijah, alias "Glass", au moment où, dans le film éponyme, il met en oeuvre son plan d'évasion de l'hôpital psychiatrique où lui, David et Kevin son détenus.