En Martinique, l'eau domestique représente les trois quarts de la consommation d’eau. L’irrigation représente entre 10% et 25 % des prélèvements en fonction des années sèches. L'essentiel des prélèvements en eau en Martinique sert à fournir de l'eau domestique. L’ODE a réalisé des projections à horizon 2030-2050 pour savoir comment les ressources et les besoins vont évoluer au regard de la diminution de la population.
Globalement, la Martinique dispose de ressources en eau suffisantes (plus de 100 millions de m3/an de volumes prélevables) pour couvrir les besoins (60 millions de m3).
La difficulté réside dans le fait d’une répartition spatiale (la ressource est surtout dans le nord tandis que les usages sont surtout dans le centre et le sud de la Martinique) et la disparité temporelle (disponibilité abondante en saison cyclonique).
En période de crise, la question de l’acheminement de l’eau est posée. Dans le cas où l’eau ne peut pas être acheminée par les réseaux traditionnels, les systèmes de récupération d’eaux de pluie sont intéressants pour les usages non sanitaires. Disposer des cuves de récupération d’eaux de pluie peut s’avérer utiles mais en période de sécheresse les cuves ne sont pas remplies. La sécurisation de l’approvisionnement en eau potable doit davantage être recherchée dans l’augmentation du rendement des réseaux d’eau potable (diminuer les fuites qui représentent près de la moitié de l’eau prélevée) et dans l’optimisation de la gestion des réseaux (interconnexions).
La question de la diversification de l'accès à la ressource pour se prémunir d'une très longue pénurie d'eau potable après une catastrophe liée à un risque majeur ou une sécheresse devient cruciale.
Le dessalement d’eau de mer
Le dessalement d’eau de mer est une technique utilisée dans des endroits où il n'y a pas d'eau douce (ce qui n’est pas le cas de la Martinique) comme à Saint-Martin ou en Arabie Saoudite. Les investissements financiers sont conséquents pour cette technique, l’eau produite par dessalement est chère. En terme de coût, à Saint-Martin le prix du mètre cube est à plus de 5€ uniquement sur l’eau potable alors qu'il est de 2,60€ en Martinique. Il serait difficile pour certaines familles en Martinique de payer des factures d’eau d'un montant similaire à Saint-Martin. C’est une technologie très sensible avec un impact écologique non négligeable (cf. rejets de saumure impact les milieux aquatiques).
Concernant le projet de dessalement de la SARA, il y a eu des études relatives à la courantologie et de dilution pour limiter l’impact de relargages trop massifs de la saumure. Le projet prévoit un système de recyclage d'eau qui diminue drastiquement les rejets les concentrations de rejets dans la baie
L’ODE a réalisé une étude avec le BRGM et la DEAL pour connaître les volumes réels prélevables dans les milieux en Martinique. Le constat est qu’il y a plus de 1 000 millions de mètres cubes prélevables dans les rivières et 77 millions de mètres cubes prélevables dans les eaux souterraines alors que les besoins tout confondu, en cumulant les fuites, s’élèvent à environ 60 millions de mètres cubes. Par ailleurs, en Martinique, il pleut près de 2, 705 milliards de mètres cubes d’eau.
Avec la technique de dessalement de l'eau de mer, quel que soit le niveau des infrastructures, le prix de l’eau n’est pas compatible avec le niveau de vie de la population. Le dessalement représente un système de secours très ponctuel avec un fort investissement.
Au regard de ces constats, l’ODE considère qu’il existe d’autres alternatives à creuser avant d'opter pour le dessalement d'eau de mer. Il y a un intérêt à diversifier les sources d’alimentation, développer des interconnexions et améliorer les rendements pour accroître la résilience globale du système avant d'aller chercher des nouveaux points de captage, etc.
Exploitation des eaux souterraines
Une exploitation plus importante des eaux souterraines est envisagée pour diversifier les ressources. La qualité des eaux souterraines est bonne, sauf pour la chlordécone là où il y a eu des terres de bananes (Nord Atlantique, Centre). Toutefois, à part la chlordécone et quelques pesticides, les eaux souterraines sont plutôt de bonne qualité et en quantité suffisante puisqu'elles sont relativement peu exploitées.
Depuis la sécheresse de 2020, des projets de captage d'eaux ont été remis à l'ordre du jour comme celui de Cœur Bouliki. Le BRGM a fait des propositions aux EPCI de mieux exploiter les eaux souterraines avec des forages. Toutefois, il faut faire attention : si la réalisation d’un forage est techniquement envisageable l’investissement financier nécessaire pour tirer les tuyaux jusqu'à l'usine d'eau potable est conséquent. De plus, un forage ne peut être exploité de manière ponctuelle (en cas de sécheresse ou catastrophe). Un service continu est obligatoire pour que la tête de forage ne se colmate pas. Enfin, la Martinique n'arrivera jamais à atteindre, par exemple, le pourcentage qu'il y a dans l'hexagone où plus de la moitié des eaux potables provient de l’eau souterraine. Ce n’est pas la même configuration.
Amélioration des rendements et des interconnexions
Le rendement des réseaux est de 52% : cela veut dire que lorsqu’on met 100 litres en tête de bassin, on en consomme que 52 au robinet. Concernant le rendement de réseaux, il existe des plans d'urgence : le plan Eau DOM, plan d'urgence lors de la sécheresse, Plan de Relance…En Martinique, la difficulté réside dans le volume très important de travaux à réaliser. Les EPCI et les entreprises, ne sont pas capables pour l’instant de mettre en œuvre une telle planification. L’amélioration du rendement et la rénovation des réseaux nécessitent des travaux d'envergure doivent être réalisées par tranche.
La question d’un investissement important au regard des faibles épisodes de sécheresse, ne se pose plus en ces termes. Les fonds financiers sont disponibles (Europe, Etat, ODE…), la difficulté réside dans la mise en œuvre d’un chantier d’une très grande envergure.
Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse tels que celui de 2020 seront de plus en plus fréquents. Il est impératif de travailler sur les rendements de réseau et sur les interconnexions pour pouvoir transférer de l'eau.
Des interconnexions existent mais il faut qu'elles soient un peu plus développées pour transférer l'eau du nord vers le sud par exemple. Il est impératif de trouver un juste milieu entre les volumes d’investissement et la maîtrise du prix de l'eau.
La résilience technique implique que les installations soient en bon état pour obtenir le meilleur rendement et une interconnexion optimale : le Plan Eau DOM traite de la remise à niveau des infrastructures (eau potable et eaux usées). La résilience du service concerne la manière dont on alimentera toute la population en permanence avec une eau à un prix soutenable par tout le monde et pour la ressource disponible.
Remerciements
Madame Gaëlle HIELARD, en charge des politiques de bassin et de la coopération décentralisée à l’ODE
Monsieur Emmanuel COLLIN, Responsable Pôle Information, Données et Sensibilisation / Appui stratégique à la Direction Générale de l’ODE
Pour plus d’information : www.eaumartinique.www.eaumartinique.com
Credits:
Inclut des images créées par teerawat - "Scientists team collect water samples for analysis and research on water quality, environment with saving earth." • PackShot - "Martinique, picturesque city of Morne Rouge; in West Indies" • dpVUE .images - "Le Diamant Beach. Beautiful Beach Scene in Martinique, French Overseas Department" • FABIEN LOUVET - "Rivière et torrent en Martinique dans les caraïbes" • PackShot - " Martinique, picturesque city of Le Lorrain in West Indies" • chromoprisme - "Martinique, FWI - Alma river in Saint-Joseph"