Il fait froid, je suis où ?
Le soleil m’éblouit, je vois à peine ce qu’il y a autour de moi, des ronds de bois et d’acier. Qui est ce monsieur qui me regarde ? Il me regarde beaucoup, je vois mon reflet dans ces lunettes, je suis moi aussi un rond de bois. Il me porte et me parle. Pendant qu’il me déplace, je vois un papier sur lequel il y a un dessin de celui qui me porte, il y est écrit “Roger, le faiseur de boules”. C’est donc ça son prénom ? C’est quoi un faiseur de boules ? C’est une sorte de magicien ? Roger, il continue à me parler. De ce que je comprends avec les ronds, il fabrique des boules de fort. Mais Roger il joue pas à la boule de fort, il me l'a dit et il a pas de photo de lui en train de jouer. Pourtant je suis sûr qu’il doit être fort. Apparemment, Il fait ça parce qu’il aime ce travail et nous voir jouer, il nous considère comme ses enfants.
Il commence à m’expliquer le jeu de la boule de fort mais je l’écoute plus trop, je préfère écouter le bruit autour. J'entends un monsieur, je crois qu’il s’appelle Pascal Praud. Il parle beaucoup, mais je ne comprends pas grand-chose. J’ai une sœur, Roger l’a dit, il a ajouté que nous nous déplacions toujours à deux et qu’elle arriverait bientôt, ça fait de la compagnie et je me sentirai moins seul.
Il m’emmène sur une grande machine bleue et me pose dessus. Un nouveau bruit vient s’ajouter, ce n’est pas du tout comme avant. Il s’excuse et part. En attendant, je regarde un peu partout, il y a moins de lumière où je suis mais j’arrive quand même à lire « tourneuse fraiseuse » sur la machine bleue. Il revient me voir et s’excuse. Il me dit que c'est mon futur propriétaire qui l'appelait. Pourtant je n'ai entendu personne d'autre parlé... Roger a dit qu'il avait hâte de me rencontrer moi et ma sœur, moi aussi, j'ai hâte.
Il me met dans la machine et regarde l’écran au-dessus de moi, il était noir tout à l’heure et maintenant il y a plein de choses d’écrite dessus. C’est bizarre, toute à l’heure j’entendais Monsieur Praud sortir d’un rectangle comme ça, mais c’était pas le même, toute à l’heure il était à côté de la table où j’étais, et maintenant il est sur la machine et je vois plein de chiffres et des dessins bizarres dessus. Le plus bizarre, c’est que je commence à tourner, de plus en plus vite, je me sens pas bien et puis ça me gratte un peu partout. Ça commence à ralentir, j’ai mal au cœur et je vais vomir.
C’est bon c’est passé par contre je crois que j’ai rapetissé, avant j’étais plus large et plus grand. Ça s’est arrêté, mais je suis toujours sur la machine. C'est quoi ce truc qui se rapproche de moi ? Je me tourne et regarde Roger, il me rassure et me dit que c’est juste un foret.
Mais c’est quoi un foret ?
Aïe, je sais pas ce que c’est mais je sais que ça fait mal. Je crois que j’ai été piégé !
Je crois qu’il a subi la même chose que moi, il a des trous partout sur lui. Ça veut dire que moi aussi ? Roger nous dit que c’est parce qu’on était trop lourd et que c’est pour ça qu’il nous a fait des trous. Il nous explique que maintenant il va nous assembler tous les trois. Je regarde les autres mais ils n’ont pas l’air de comprendre, je leur demande s'ils savent quelque chose, mais ils ne me répondent pas. Je crois qu'ils ne me comprennent pas. Il nous pose tous les trois sur une sorte de tour. Ils nous empilent mais je comprends pas trop, je suis au dessus du cercle en bois et celui en acier nous entoure.
Le toit de la tour se rapproche dangereusement de nous, je crois qu’il ne va pas s’arrêter. Il s'appuie de plus en plus sur nous, ça fait mal et c’est très lourd. Le toit remonte, je crois que c’est fini mais c’est bizarre, je suis bloqué avec les deux autres ronds.
Il nous reprend et nous emmène sur la même machine que toute à l’heure. J’aime pas cette machine mais je crois qu’on a pas le choix. Apparemment on est censé rouler, mais vu la forme qu’on a ça risque d’être difficile. On recommence à tourner et je vois Roger s’éloigner et je sens quelque chose de désagréable, ça fait encore plus mal que tout à l’heure. J’ai mal et la machine s’arrête. Roger me prend, m’observe et me pose sur une table bizarre.
Je roule !
Je roule pas droit par contre, je penche vers la droite. J’entends Roger dire que le fort est à droite. Il me reprend et me plonge cette fois dans une boîte noir. Je ne vois rien mais j’entends Roger s’éloigner.
J’ai l’impression d'attendre longtemps. J’entends un bruit, il est différent des bruits de l’atelier, mais il ne m'est pas inconnu, je crois que c’est la porte de l’atelier qui le fait, je me demande ce qu’il se passe. J’entends la voix de Roger et d’un autre Homme. Je me rends compte qu’il parle de moi, c’est donc mon nouveau papa ? Je n’arrive pas à bien entendre ce qu’ils disent, mais j’entends une phrase qui me rend joyeux. Roger dit au monsieur :
“Cormier est dans cette boîte et voilà Marlène, sa sœur".
Je vais donc enfin rencontrer ma sœur ! Et je m’appelle donc Cormier. Je sais pas pourquoi mais j’ai l’impression que ce nom me représente bien. Il explique que le cormier est le bois avec lequel je suis fait, apparemment je suis sarthoise mais je sais pas ce que ça veut dire. Je sens qu’on me prend, je vois toujours rien. Je sais simplement que je quitte l’atelier. On me repose, j’entends un bruit et me sens bougée. Je crois comprendre, je suis en train de déménager chez mon nouveau propriétaire. Je suis content, je vais pouvoir voir mon nouveau papa. Je suis un peu triste aussi, je n’ai pas pu dire au revoir à Roger, j’espère que je le reverrai quand je serai plus grande.
Quand il m'emmène dans la société il prend pas la voiture, on arrive vite. Il ouvre la porte et va me poser à côté du jeu. Je vois toujours rien, mais je sais que c’est bientôt mon tour. J’entends la porte qui s’ouvre encore et des voix. Ils ne sont pas à côté de moi, ils ont l’air d’être dans une autre pièce. J’entends Jean-Luc qui revient, il ouvre ma pochette.
Je découvre enfin la société ! C’est super grand !
Je suis excitée, j’ai hâte de commencer et en même temps, je stresse. Il me met dans une machine… Encore, j’ai un peu peur, ça me rappelle les machines de Roger. La machine se met à tourner, j'espère ne pas encore avoir mal. Mais cette fois il prend une sorte de chiffon, il appelle ça une toile émeri, et la passe sur moi, c’est désagréable, ça gratte mais j’ai connu pire. Je crois qu’il me fait beau pour la partie. La machine s’arrête et il me remplace par Marlène, ma sœur, je suis posée face au jeu et je l’admire.
Il est incurvé, je pense que ça peut donner de la vitesse. Il y a des traits blancs dessus mais je ne sais pas à quoi ça sert. Il y a un grillage autour, c’est pour éviter les émeutes ? J'en ai entendu parler chez Roger. Quoique, non je pense pas, ça doit être pour éviter que les spectateurs marchent sur le terrain. D’ailleurs, ils sont en train d’arriver.
Apparemment, il y a des gens qui n'ont jamais joué, ils posent plein de questions. Il y a ma sœur à côté de moi, elle est restée sur la table. Je vois Jean-Luc qui me prend dans ses mains et qui leur parle. Il leur dit d’aller lire les règles à l’entrée et puis commence à leur expliquer, j’écoute attentivement, ça va peut-être me servir.
Il m’a enfin lancé, je crois que j'ai réussie mon premier coup, je suis tout près du maître ! Mais ça comptait pour du beurre. Après cette belle démonstration, les gens se dirigent vers la pièce d’à côté, il ne reste plus que Jean-Luc et quelques amis à lui. Ils vont jouer, et moi aussi ! Les 3 copains de Jean-Luc s'appellent Guy, Gérard et Kiki, mais pour le dernier je suis pas sûre que ce soit son vrai prénom. La partie commence, les équipes sont Jean-Luc et Kiki contre Gérard et Guy, j’ai jamais été aussi contente, c’est ma sœur qui commence en premier ! Elle part bien et fonce vers le maître, par contre elle a oubliée de s'arrêter ! Mais comme c’était la première, elle a quand même le point. Donc Guy s’élance et place sa boule pas très loin du petit, c’est comme ça qu’ils appellent le maître de temps en temps, et c’est vrai qu’il est petit. C’est à mon tour de jouer. Il me lance, il vise la pente, je me retrouve à zigzaguer sur le terrain mais grâce à ça, je contourne la boule de Guy et m’arrête un peu devant le maître. Les autres jouent mais personne n’arrive à être aussi près que moi. À un moment, une boule m’a frôlée et ça m'a décoiffée et elle s'est arrêtée un peu plus loin. Jean-Luc dit que nous avons gagné le point !
C’est mon tout premier, je suis trop contente. C’est donc à nous de jouer, Jean-Luc me lance mais je m’arrête un peu trop tôt, c’est pas grave, il nous reste 3 boules pour gagner le point. C’est à Guy, il place très bien, mais il reste de la place. Kiki va y arriver c’est certain. Il tire une boule, elle m’a l’air parfaite, elle part bien et à la bonne vitesse...
Et elle était parfaite, presque collée au petit. Kiki est trop fort mais bizarrement il n’a pas l’air très confiant. Je ne comprends pas pourquoi mais il dit qu'elle ne va pas y rester longtemps. C’est au tour de Gérard ! C'est bizarre, il ne se place pas comme d'habitude.
il s’écarte et jette fort sa boule, elle vient cogner en plein dans la boule de Kiki ! Sacrée choc, elle est envoyée contre le mur du fond ! Finalement on perd le point. La partie continue et on n'est pas en très bonne posture mais je pense qu’on peut gagner. Par contre c’est bizarre, à chaque coup je les entends parler de moi. Comment ça je fatigue ? Moi fatiguée, on ne me l'a jamais faites celle-là. Est-ce que quelqu'un de fatiguée se placerait aussi bien ? Juste à côté du maître.
Par contre ça me fait peur, j’ai remarqué ça mais à chaque fois qu’on est bien placé, ils tirent. J'ai pas envie qu’on me tire, ça doit faire mal. Ah, Gérard se met sur le côté de la piste, en général c’est mauvais signe, je l'ai jamais vu raté. Il lance sa boule et elle arrive très vite vers moi, je ne suis pas très confiante, ça fait peur, je suis obligée de fermer les yeux.
Je sens un petit courant d’air passer à côté. Je peux ouvrir les yeux ? Elle est derrière moi, je crois que j’ai eu de la chance. Non ce n’est pas de la chance, je suis trop forte et personne ne peut m’atteindre. La preuve j’ai gagné le point.
J’ai raison, je suis trop forte, on a gagné 10-6. Mais le plus fort c’est pas Marlène ou moi, c’est Jean-Luc, c’est lui le meilleur. Par contre c’est bizarre, Gérard et Guy n’ont pas l’air d’être tristes. Jean Luc nous porte et nous ramène à la machine qui tourne. J’aime vraiment pas cette machine. À chaque fois j’ai envie de vomir et je ne me sens pas bien. Un spectateur qui est revenu lui demande a quoi ça sert .
Il nous remet dans la pochette et nous pose sur le comptoir, il ne la ferme pas alors j’entends et vois ce qui se passe. Ils chantent, rient, parlent de tout et de rien. Et puis ils viennent de temps en temps à côté de moi, mais je crois que ce n'est pas pour moi qu’ils viennent. Je pense que c’est plus la bouteille en verre qui les intéresse. Je crois qu’ils appellent ça du rouge, ça a l’air bon, j’aimerais bien goûter mais je pense pas avoir le droit.
Finalement, on repart comme on est arrivé, Jean Luc est à pied et heureux. Arrivé à la maison, il nous range dans le sellier. Vivement la prochaine partie, je me suis bien amusée et je crois que j’étais pas la seule.
Roche Louis, Piotet Axel
Merci à Roger Fasilleau, Jean-Luc Pivert, Guy Delanoue, Christian Livet, Gérard Renou ainsi qu'aux membres de la société de l'épinière, à Corzé