La chaudronnière du 65 allée des Demoiselles Au cœur de Toulouse, au bord du canal du Midi, se niche un lieu tout particulier : la chaudronnerie de Voies navigables de France (VNF). Au sein de cet atelier, 5 chaudronniers ont pour mission d’entretenir et réparer les éléments métalliques du canal des deux Mers. Claire Demars, seule chaudronnière de l’équipe, nous raconte son métier et son parcours.
Voies navigables de France (VNF) gère le canal des Deux-Mers, nom donné à la voie navigable formée par le canal du Midi et le canal latéral à la Garonne, et son système alimentaire, soit plus de 500 km de canaux et sections de fleuves navigables.
Au centre de Toulouse, les cales de radoub, site unique datant du milieu du XIXe siècle, accueillent l’atelier de chaudronnerie de VNF. Elles abritent également plusieurs bassins dans lesquels les bateaux du canal sont entretenus, réparés ou aménagés.
Ce site est classé aux Monuments historiques et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Les cales de radoub comptent trois bassins, dont un bassin couvert de 30 mètres, permettant de travailler en toutes saisons sur les bateaux.
Les charpentes des espaces couverts sont d’origine. Fabriquées par des charpentiers de marine, elles ont été conçues comme la structure d’un bateau, puis recouvertes à l’époque par du zinc et aujourd’hui par des tuiles.
Chaque cale possède un système mécanique reposant sur la gravitation de l’eau (bateaux-portes et vannes) qui permet de mettre en eau ou à sec le bassin, lors de la réparation d’un bateau. Il faut environ 30 minutes pour que le bassin se remplisse ou se vide.
À la chaudronnerie, 5 chaudronniers travaillent à temps plein. Ils ont pour mission la maintenance de tous les éléments métalliques qui jalonnent le réseau. Cela représente pas moins de 154 portes rien que pour le canal du Midi et ses 63 écluses et 107 portes pour le canal latéral à la Garonne. Sans oublier toutes les interventions sur les divers équipements...
Claire Demars, chaudronnière soudeuse, a intégré l’équipe en octobre 2019. D’une licence d’histoire de l’art à un CAP fleuriste puis une formation en chaudronnerie, la jeune femme de 35 ans a un parcours atypique.
À la fin de sa première année de master, Claire décide de ne pas rendre son mémoire. « Le discours des profs ne m’a pas poussée à continuer : trop peu de débouchés, trop peu d’argent dans la culture… », évoque-t-elle. À la recherche d’un métier créatif et manuel, elle s’oriente vers la fleuristerie. Après un CAP et quelques années à travailler chez un fleuriste franchisé à Toulouse, la jeune femme s’aperçoit finalement que les opportunités professionnelles manquent et que la vente ne l’attire pas. Après quelques recherches, Claire décide finalement de s’orienter vers les métiers de la métallerie en se formant à la chaudronnerie aéronautique, puis en se spécialisant dans la soudure. C’est comme cela qu’elle intègre la chaudronnerie de VNF en 2019.
« De nature bricoleuse, j’aime travailler avec mes mains depuis que je suis gamine. »
Odeur du métal qui brûle, lumière des étincelles, bruit des machines… Le contraste avec la tranquillité des bassins de radoub est saisissant à l’entrée dans l’atelier.
Divers outils et machines permettent à cette équipe de chaudronniers de réaliser tous travaux de métallerie. Soudage, pliage, découpage, perçage… Cet atelier se modernise avec l’arrivée de nouvelles machines, rapidement prises en main par Claire Demars qui maîtrise les nombreuses techniques du travail du métal.
Les chaudronniers ont également pour mission de concevoir et fabriquer les installations et équipements qui serviront au bon fonctionnement hydraulique du canal des Deux-Mers ainsi qu’à la navigation.
Au sein de la chaudronnerie, Claire Demars est la seule femme. Pour elle, ce n’est pas un problème : « Lors de mon arrivée, les collègues ont plutôt été surpris, mais je n’ai pas eu de mauvaises réactions. » La jeune chaudronnière avoue s’amuser de cette situation et joue avec les clichés avec une grande autodérision.
« Claire travaille vraiment très bien ! Elle nous apporte également beaucoup de gaieté. Par contre, elle est très bavarde… Encore plus que moi ! » nous confie Patrick, chaudronnier à la chaudronnerie depuis 30 ans.
Lorsqu’elle s’est orientée vers les métiers de la métallerie, Claire Demars ne s’est jamais posée la question d’être une femme dans un milieu masculin : « J’ai simplement choisi un métier qui me plaisait et m’attirait, sans avoir en tête la question du genre. »
Il n’y a pour elle, aucune raison pour que les femmes ne s’orientent pas vers les métiers du métal.
« Quand les hommes étaient au front pendant la 2e Guerre mondiale, les femmes ont remplacé les hommes à leurs postes ! Pourquoi ne pourrait-on plus le faire ? »
D’après la jeune chaudronnière, c’est avant tout un problème de dévalorisation des métiers manuels : « À l’époque, j’ai entendu que tout ce qui était manuel, c’était pour les abrutis ! On nous vendait ces métiers comme durs, sales, avec du bruit, des horaires difficiles… »
En plus de l’activité en atelier, les chaudronniers de VNF voient leur métier rythmé par les périodes dites de chômage. Certaines parties des canaux sont alors mises à sec pour laisser les agents entreprendre des travaux d’entretien comme l'étanchéité sur les portes d’écluses.
Le canal du Midi est ainsi fermé à la navigation de novembre à décembre et le canal latéral à la Garonne de janvier à février. La période de chômage est intense pour les équipes de la chaudronnerie, entrainant des déplacements importants et les obligeant parfois à dormir plusieurs jours sur place.
« Je préfère le travail en atelier que je trouve moins physique que le travail en extérieur », confie Claire.
Très minutieuse, elle préfère également travailler sur des projets plus délicats, comme dernièrement, sur les pupitres de commandes d’écluses.
Nous quittons l’atelier pour nous rendre à l’écluse de Castanet-Tolosan sur le canal du Midi, à une dizaine de kilomètres des cales de radoub. Inscrite aux Monuments historiques, cette écluse a été construite vers 1670.
L'écluse de Castanet-Tolosan est la première écluse à bassin elliptique que l'on rencontre au départ de Toulouse, en direction de Sète. La forme ovoïde permet de répartir les forces sur l’ensemble de la structure.
Laissons le dernier mot à Claire qui nous aura fait découvrir, le temps d’une journée, sa passion et sa grande maîtrise de la chaudronnerie : « Ce qui me rend fière, ce n’est pas tant d’être une femme dans un monde masculin, mais c’est de fabriquer des choses de mes mains, des choses qui resteront dans le temps. »