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DOSSIER "Ville durable, ville désirable !" :

Les villes ont aujourd’hui un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre le changement climatique et nombre d’entre elles s’engagent dans ce sens. Villeurbanne, qui connaît un développement continu, est de celles-là. En faisant de la transition écologique un des fils rouge de l’action municipale, elle cultive ses atouts, expérimente et innove au service de la ville de demain.

La ville dite « résiliente » est-elle un modèle d’avenir ? Ils sont de plus en plus nombreux à en être convaincus, et plus seulement parmi les seuls militants de la cause écologiste : en 2009, les Nations unies ont officiellement intégré ce mot, emprunté aux sciences, à leur terminologie. Le concept de résilience peut désormais s’appliquer à l’urbanisme, à l’aménagement du territoire, plus globalement aux stratégies mises en place pour « absorber le choc » du dérèglement climatique et créer de nouvelles formes d’organisation pour y résister. Les villes sont au cœur de ce défi, auquel s’ajoute celui de la « sobriété » qui traduit la nécessité de réduire la pression sur les ressources. Une grande collectivité comme Villeurbanne a-t-elle les moyens de mener la lutte contre le réchauffement climatique ?

À son échelle, oui. Son bilan carbone en témoigne : en trois ans, les émissions de gaz à effet de serre de la ville ont diminué de 2 %. Le résultat d’une approche globale, que souhaite intensifier la nouvelle majorité en faisant de la transition écologique le fil rouge de l’action municipale. À ce titre, la ville se doit d’être exemplaire, en premier lieu en économisant les ressources. Les marges de manœuvre existent, dans la consommation énergétique des bâtiments, de l’éclairage public, dans l’évolution de sa flotte vers des carburants propres. Moins visible mais déterminante, l’extension du chauffage urbain à 3 bâtiments municipaux supplémentaires et, surtout, aux futurs Gratte-Ciel centre-ville, donnera un coup d’accélérateur au recours aux énergies renouvelables grâce aux chaudières biomasse. Alors que, d’ici 4 ans, le secteur représentera 6 % des gaz à effet de serre, la question de la sobriété numérique est clairement posée. Avec l’ambition à la fois d’optimiser le matériel et d’utiliser le numérique pour, par exemple, détecter les îlots de chaleur. En tant qu’aménageur, Villeurbanne s’efforce de conjuguer impératifs écologiques et exigences de qualité de vie. Une ville durable explore les mobilités alternatives, met en œuvre la mixité fonctionnelle, favorise le bien-être physique et psychique à tous les âges de la vie.

Être bien dans sa ville, c’est d’abord être bien chez soi, dans un logement économe en énergie et dont la construction améliore le confort thermique été comme hiver. Dans l’espace public, la lutte contre les îlots de chaleur s’inscrit dans la durée, grâce à une meilleure gestion des eaux pluviales à la végétalisation. C’est aussi faire des parcs existants et futurs des lieux de coproduction et de citoyenneté. Compétence de la Métropole, la gestion des déchets peut également être portée par la ville : orientation vers le zéro déchet, restauration municipale exemplaire, collecte des biodéchets… L’économie circulaire, c’est aussi la raison d’être de Rejoué, qui donne une seconde vie aux jouets (voir page 12). L’association évite le gaspillage des ressources tout en créant de l'emploi local. Un exemple parmi d’autres que le développement durable peut améliorer la vie de tous.

3 questions à

Frédérique Resche-Rigon, ex-directrice de la Frapna Rhône et membre de Graine Auvergne Rhône-Alpes

On sait que les villes ont un réel pouvoir d’agir en matière de transition écologique. Pensez-vous que l’on assiste à une vraie prise de conscience dans ce domaine ?

Frédérique Resche-Rigon : J'avais pu assister à des ateliers du sommet mondial « Climat et Territoires » qui s'était tenu à Lyon en 2015, et il était déjà manifeste qu'il y avait des volontés à expérimenter à l’échelle locale. Il y est plus facile d'imaginer des actions concrètes qu'au niveau d'un état.

De nombreuses initiatives viennent aujourd’hui de villes qui se mettent en mouvement, petites, grandes ou rurales.

Qu’est-ce-que Villeurbanne a comme atouts pour devenir une ville durable ?

On va dire quelques temps d'avance… Jardins partagés, parc naturel urbain de La Feyssine, temps festifs autour de ces thématiques, initiatives des conseils de quartier, partenariats associatifs, mobilité douce… Les réalisations sont déjà nombreuses. Il reste à les multiplier, les rendre encore plus visibles et plus coordonnées pour que l'engagement soit encore mieux compris.

Comment le citoyen peut-il agir, à son échelle ?

Les politiques publiques sont primordiales, mais elles sont portées par ceux et celles qui ont été élus par les citoyens et citoyennes et mis en œuvre par les techniciens et techniciennes. La relation est déjà objectivement là ! Je crois qu'il n'y aura pas de transition sans une éducation à la transition. La société est très complexe et des messages contradictoires la parcourent. Il faut parler sans cesse, à tous les âges et dans tous les contextes, des conséquences de nos choix de société, de l'avenir, de la santé. Le citoyen peut s'engager, être force de proposition, pas seulement bien trier ses déchets et semer des graines, même si ça va dans le bon sens.

Le dispostif Ecoreno’V évolue

Lancée en 2015 par la Métropole de Lyon, la plateforme Ecoreno’V conseille et oriente les propriétaires de logements privés (en copropriétés ou maisons individuelles) vers des travaux de rénovation énergétique, en leur proposant des aides financières. Les conseillers de l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec) et la fédération Soliha accompagnent de manière personnalisée les propriétaires tout au long du projet. À Villeurbanne, 1 500 logements ont été rénovés via le dispositif. La nouvelle municipalité souhaite le faire évoluer en étendant les aides à la désimperméabilisation des sols et à la végétalisation des espaces extérieurs. Cette nouveauté sera opérationnelle mi-2021.

Infos : www.grandlyon.com

Le logement en première ligne

Réduire l’empreinte carbone de l’habitat est un levier de taille pour lutter contre le réchauffement climatique. Aux impératifs écologiques s’ajoutent des exigences de mixité et de qualité de vie.

Gratte-Ciel centre-ville : l’innovation en vrai

C’est un projet à l’image des Gratte-Ciel tels qu’ils ont été conçus en 1934 : modernes et imaginatifs. L’opération Gratte-Ciel centre-ville vise à intensifier le centre de Villeurbanne. Au cœur de cette ambitieuse opération, 63 000 m2 de logements.

Rafraichir grâce à la géothermie

Le projet prévoit la création de 13 500 m2 de surfaces commerciales. Les enseignes auront besoin de froid pour conserver les produits frais et/ou soulager la clientèle lors des épisodes caniculaires. La climatisation étant exclue, la SERL, l’aménageur de la ZAC, étudie des techniques pour rafraîchir de façon durable. La solution pourrait être dans l’utilisation de la géothermie. « Cela fonctionnerait comme un radiateur à l’envers, schématise Benoit Ravier (SERL). Un tuyau pénètre dans la nappe, se rafraichit et revient froid dans le système. » Pas de doute sur la fraicheur : la nappe est à 15°.

Déchets : créer des dynamiques

C’est une compétence de la Métropole mais Ville, promoteurs et aménageur peuvent être incitatifs. « Un espace aéré, spacieux et bien éclairé encourage davantage les habitants à faire l’effort de trier », résume Benoit Ravier. Par ailleurs, des composteurs sont prévus pour chaque immeuble. Enfin, une réflexion est en cours sur les déchets des commerces ) avec l’idée de créer un lieu unique de livraison pour tout le quartier.

L’acoustique gagne en qualité

Le confort acoustique est un élément de la performance environnementale de l’habitat. Un promoteur de la ZAC s’est saisi du sujet et a entamé une collaboration avec un doctorant. Sa feuille de route : tester des solutions innovantes pour l’acoustique entre logements et avec l’extérieur. Un appartement grandeur réelle équipé de capteurs sera aménagé pour les essais sonores. Les solutions approuvées seront appliquées au futur programme.

Aux Buers, une rénovation à énergie positive

La réhabilitation des logements représente un volet important du projet urbain des Buers, engagé en 2014 par EMH avec la rénovation thermique de la résidence La Boube. L’enjeu : améliorer le confort des habitants, mais aussi économiser l’énergie et les ressources. Focus sur la résidence Pranard, un cas d’école.

Électricité : une première française

Dans ce domaine, la grande innovation réside dans la réhabilitation-extension de la barre B de la résidence Pranard. L’objectif est d’atteindre le niveau BEPOS (« Bâtiment à énergie positive ») et c’est une première en France pour ce type d’opération. Concrètement, le bâtiment produira plus d’énergie qu’il n’en consommera, grâce à l’isolation de l’ensemble de la façade et à l’intégration de 178 panneaux photovoltaïques dans la toiture. La production électrique sera revendue au réseau national, ce qui contribuera à faire baisser les charges locatives.

Une ventilation à la carte

Son efficacité est d’autant plus importante que le quartier est proche du périphérique. Trois techniques seront développées pour améliorer la qualité de l’air à l’intérieur des logements de Pranard : une ventilation de type double flux qui permet de filtrer facilement l’air entrant, une ventilation simple flux qui régule les débits d’air en lien avec le degré de pollution extérieure . Enfin, un test est en cours dans 10 logements, qui porte sur la filtration au niveau des bouches d’entrée d’air.

Rien ne se perd…

Le bâtiment durable doit-il passer par la case démolition pour exister ? Pas forcément, et la grande barre de Pranard en est un exemple. « C’est un bâtiment qui a été très bien conçu : les logements sont grands, traversants - la chaleur est régulée car l’air circule - et bien orientés - est-ouest. Les matériaux – bois, carrelage – sont nobles. Démolir aurait été du gâchis et le choix a été fait de plutôt réhabiliter fortement », explique Elise Baleydier, cheffe de projet à Est Métropole Habitat.

Le parc Jacob-Hugentobler est un exemple de support à la biodiversité

Des parcs plus confortables et plus citoyens

La végétalisation est le cœur battant de la ville respirable. Villeurbanne expérimente sur l’existant et travaille à la création de futurs parcs. En matière de sobriété et de lutte contre la surchauffe urbaine, la gestion des espaces naturels se doit d’être exemplaire. Là encore, le traitement des sols est déterminant, afin de favoriser un meilleur rafraichissement et le développement de la biodiversité (parc Jacob-Hugentobler). La sobriété s’applique aussi dans le choix d’essences horticoles locales. Le rafraichissement passe également par la présence de l’eau. Le développement de fontaines est à l’étude ainsi que le déploiement de la brumisation, dont la place place Grandclément devrait être équipée. Par ailleurs, l’arrosage automatique pourrait être rétabli dans des îlots de chaleur identifiés, comme le parc Chanteur. Enfin, plusieurs parcs seront créés. Lieux de création, les parcs se révèlent aussi des modèles de participation citoyenne (jardins partagés à Elie-Wiesel, plantations citoyennes…).

EN PROJET EN 2021 : Des parcs de proximité (rues Léon-Blum, Dedieu) et des grands parcs à Grandclément et à l’Autre Soie

La cour de l'école Edouard-Herriot

Îlots de chaleur : les écoles relèvent le défi

De la végétalisation au cycle de l’eau, les cours villeurbannaises se transforment. La cour d’antan avec son sol bitumé et le sempiternel marronnier a vécu. À Villeurbanne, qui compte 70 cours pour 27 groupes scolaires, une démarche innovante est conduite depuis 2017 et le deuxième Plan climat-énergie territorial. Associée à l’architecture bioclimatique des bâtiments (bonne orientation, isolation des façades, végétalisation de la toiture…), la démarche vise à réduire le phénomène des îlots de chaleur dans les cours. Trois grands axes sont développés : des couleurs de sols plus claires, une végétalisation mieux conçue et un cycle de l’eau entièrement repensé. « L’idée est de conserver les eaux pluviales sur place afin à la fois de rafraichir les sols et d’arroser les végétaux, explique Françoise Chêne, responsable « grands projets » à la direction des bâtiments. Plusieurs solutions sont mises en œuvre : des sols perméables, des noues végétales, des puits d’infiltration ou encore des cuves de stockage. » À cela s’ajoutent des aménagements qui contribuent au confort des écoliers (jardinières pédagogiques, zones calmes avec du mobilier architecturé). Après une expérimentation à Edouard-Herriot en 2018, plusieurs cours ont ainsi été traitées. En 2020, la Ville s’est associée avec des étudiants de l’ENTPE pour établir un diagnostic des cours restantes et définir lesquelles devront être prioritairement rénovées. L’objectif : qu’elles le soient toutes à la fin du mandat.

Une lutte sur tous les fronts contre les gaz à effet de serre

Des actions au niveau territorial sont possibles pour réduire son impact sur le réchauffement.

LA SOLUTION ENR

La Ville monte en puissance sur l’utilisation des énergies renouvelables (EnR) pour ses équipements. Ainsi le solaire thermique, comme au centre nautique Etienne-Gagnaire dont les panneaux photovoltaïques permettent de chauffer l’eau des douches, ou encore le solaire photovoltaïque pour produire de l’électricité (déjà au Rize et dans le futur gymnase de Cusset). L’extension du chauffage urbain (3 sites raccordés récemment, dont l’école Rosa-Parks et la salle des Gratte-Ciel) augmente la part d’EnR de Villeurbanne puisque la chaufferie est à plus de 50 % alimentée par la biomasse.

Un patrimoine anti-gaspi

« Le budget consacré à la rénovation énergétique des bâtiments municipaux sera doublé, soit 18 millions d’euros », souligne Antoine Colliat, adjoint à la Transition énergétique. L’isolation du bâti et l’amélioration des installations sont les deux fondements de la sobriété énergétique. Au groupe scolaire Edouard-Herriot, la simple intervention sur le bâtiment a permis de réduire de 45 % la consommation d’énergie ; à celui de Louis-Pasteur, on atteint les 70 % de baisse grâce au traitement du bâti et au remplacement d’une chaufferie au fuel par une chaufferie au gaz.

Une flotte exemplaire

La flotte de la Ville compte plus de 200 véhicules. Alors que Villeurbanne est dans le périmètre de la ZFE (Zone à faibles émissions) de la Métropole, elle poursuit le remplacement de ses utilitaires par des véhicules roulant au gaz naturel (GNV). Quant aux véhicules légers, le passage du diesel et de l’essence à des carburants plus durables se fera au cours du mandat.

INTERVIEW

Agnès Thouvenot, première adjointe à la Transition écologique, l’urbanisme, l’habitat et la vile durable

Comment une ville peut-elle appréhender cette question de la transition écologique ?

Agnès Thouvenot : Il est admis aujourd’hui que le pouvoir d’agir est en grande partie au niveau territorial, du côté des collectivités et des citoyens. Mais pour qu’elle réussisse, cette transition écologique ne doit pas être déconnectée des enjeux sociaux et de la lutte contre les inégalités. En opposition à la collapsologie, je parlerais de transition écologique qui améliore la vie, comme un moyen de se projeter dans l’avenir avec trois ambitions : le bien-être, la sobriété et la résilience.

Quels leviers la collectivité peut-elle activer ?

Par exemple, contre les inégalités dans l’accès au logement, il faut lutter contre l’envolée des prix pour permettre aux ménages d'acheter ou de louer à Villeurbanne, et notamment dans le parc social.

Il faut aussi résoudre une tension forte entre les habitants “déjà là” et ceux qui sont très contents de venir de s'y installer. L’urbanisme de demain, c’est avoir une approche globale : certes, il y a les grands projets, mais il s’avère que plus de la moitié du développement de Villeurbanne est diffus. Les leviers de la collectivité sont multiples : ils peuvent être prescripteurs, mais aussi venir en soutien aux initiatives citoyennes et à celles des acteurs économiques. La Ville doit aussi être exemplaire dans son action municipale et peut être mieux communiquer sur ses réalisations. Par exemple, le bilan carbone de Villeurbanne est bon : entre 2013 et 2016, nos émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 2% alors que notre patrimoine a augmenté.

La transition écologique va-t-elle devenir un mode d’administration de la ville ?

Ma mission va dans ce sens : introduire la question de la transition écologique dans la gestion systémique de la collectivité. La transition doit toucher tous les secteurs de la vie. Comment ? Par exemple, en rendant durable l’aide alimentaire. Ou encore en réfléchissant à la façon dont on peut rendre nos quartiers agréables à marcher car aménager des pistes cyclables c’est bien, mais ça ne suffit pas. Les grands projets d’urbanisme que sont Grandclément et Saint-Jean vont démarrer par la réalisation de grands parcs. C’est révélateur de notre démarche.