C’est dans la deuxième plus petite préfecture de France, à Foix, que Mariette Sibertin-Blanc et Laurence Barthe ont lancé leur projet de recherche autour de la vie culturelle des jeunes en territoire rural et montagnard. Leur ambition ? Comprendre par une approche scientifique qualitative les leviers du bien-vivre territorial, particulièrement celui des jeunes de 15 à 25 ans.
La culture est dans cette recherche, considérée à la fois comme un levier singulier de développement local et comme une dimension essentielle de la vie des jeunes. » Mariette Sibertin-Blanc
Foix, chef-lieu de l’Ariège, est une petite ville d’environ 9 000 habitants. Jouant un rôle structurant sur son bassin de vie rural et ville centre d’une récente communauté d’agglomération, elle connaît depuis deux décennies plusieurs fragilités : population vieillissante, paupérisation du centre-ville, vacance de logements et de commerces.
Pour faire face à ces fragilités et parallèlement à des politiques économiques et urbaines, la ville de Foix s’est engagée dans une dynamique en faveur de la culture, de la jeunesse et de l’offre de formation universitaire.
Le point de départ de Mariette Sibertin-Blanc et Laurence Barthe, respectivement maîtresses de conférence en aménagement et urbanisme et en géographie à l’université de Toulouse Jean-Jaurès, était d’analyser le bien-vivre territorial, par le prisme de la culture et des pratiques vécues, notamment des 15-25 ans.
Nous souhaitions faire un pas de côté et comprendre ce qui pouvait participer à l’émancipation des jeunes. Nous souhaitions comprendre comment, à travers leurs pratiques culturelles, ils s’appropriaient l’espace, les équipements urbains, la nature, qui entoure Foix, ou les offres culturelles. » Laurence Barthe
Pour ce faire, les deux chercheuses ont opté pour une démarche participative et itérative.
- Participative, car les jeunes ont pleinement participé au travail de recherche en tenant un rôle d’enquêtés, mais aussi un rôle de contributeurs actifs à travers leur participation à des diagnostics en marchants et à des ateliers de coconstruction.
Malgré la difficulté liée à la pandémie en 2020, nous avons souhaité entendre les jeunes sur leurs pratiques, mais aussi sur leurs liens au territoire : c’est ce que permettent par exemple les diagnostics en marchant, qui nous font arpenter avec eux leurs lieux de vie, les espaces fréquentés, les endroits appréciés tels que des places, un parc, un équipement ou même leur domicile. » Mariette Sibertin-Blanc
- Itérative, car en revenant régulièrement vers les jeunes, les élus locaux, les associations locales, les responsables d’équipements culturels, les chercheuses ont pu faciliter l’appropriation des questionnements, le partage de connaissances, l’émergence de nouvelles interrogations et l’identification de perspectives d’action.
L’ensemble des connaissances collectées a permis de comprendre les pratiques culturelles et le rapport au territoire des jeunes enquêtés de l’agglomération de Foix.
Elles ont ainsi interpellé les pouvoirs publics sur plusieurs caractéristiques des pratiques culturelles à prendre en compte pour le bien-vivre territorial des jeunes.
- La diversité des réalités culturelles, tant dans les trajectoires individuelles et familiales, que dans les goûts et les pratiques.
- Les rythmes de vie liés à la formation des jeunes, à leurs activités, leurs trajectoires socio-territoriales impactent leurs pratiques et l’usage des lieux, mais ne sont pas toujours en phase avec les rythmes de la vie urbaine actuelle.
- Les jeunes sont porteurs d’un pouvoir d’agir reconnu, mais qui reste à amplifier dans ses formats et ses lieux d’expression.
Plus largement, grâce à ces 2 ans de recherche sur la vie culturelle locale, les pratiques des jeunes et leur rapport au territoire, Mariette Sibertin-Blanc et Laurence Barthe ont pu définir ce qui participe du bien-vivre territorial :
- le rapport à soi, qui renvoie à la possibilité d’une vie individuelle épanouie et enrichie ;
- le rapport aux autres, qui renvoie aux expériences collectives et aux opportunités d’engagement ;
- le rapport au lieu et à la qualité des espaces, qui renvoie à l’importance de l’attention portée à l’aménagement urbain aux espaces publics et de nature.
Cette recherche a été réalisée dans une interaction permanente avec les acteurs locaux. Alors même que les objets et problématiques de recherche se sont définis à partir du terrain, cette étude participe à la trajectoire de cette petite ville de Foix. » Mariette Sibertin-Blanc
Credits:
[ Textes : Eva Philippe ] - [ Photos : DR ]