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Deux mezzos sinon rien Revue de presse

Karine Deshayes et Delphine Haidan ont formé le duo « Deux mezzos sinon rien » il y a une quinzaine d'années, au cours d'un concert en public pour une émission de radio. Le succès a été immédiat, Deux tessitures communes, mezzo-soprano et pourtant deux couleurs différentes qui se marient au gré des duos.

Leur répertoire se concentre essentiellement sur le XIXe. Il allie l'opéra, la mélodie et le lied. Pour ce disque elles ont volontairement privilégié ces deux dernières formes, dans leur écriture originale : duos à voix égales féminines et piano. Reflet des concerts qu'elles donnent à travers la France, ainsi qu'à l'étranger, elles ont choisi de porter au disque un programme qui leur est cher : Mendelssohn et Brahms pour le romantisme allemand, Berlioz, Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Fauré et Chausson pour le répertoire français de ce même XIXe siècle. Des œuvres qui requièrent musicalité, diction, sens du texte et écoute mutuelle.

Pour ce disque Karine Deshayes et Delphine Haidan sont accompagnées de Johan Farjot qui est leur pianiste privilégié.

Karine Deshayes et Delphine Haidan, deux “sœurs” d’âmes et d’art à l’Opéra de Vichy

21.02.21 | Pierre Géraudie

Dans le cadre d’un nouveau récital diffusé sur ses pages internet, l’Opéra de Vichy accueille deux mezzos sopranos au sommet de leur art vocal et de leur complicité scénique. Même à distance, le public peut apprécier ici un programme aussi charmant que varié.

Elle devait initialement être présente en tant que présidente de jury du Concours international de chant organisé par le Clermont Auvergne Opéra, dont les éliminatoires devaient se tenir à Vichy en ce mois de février. Ledit concours ayant été reporté au mois de juillet, c’est finalement en tant qu’interprète que Karine Deshayes se présente dans la ville thermale, accompagnée pour l’occasion par son amie de toujours, Delphine Haidan, avec qui elle forme depuis vingt ans un duo de mezzos ayant peu d’équivalent sur la scène lyrique. Un duo formidablement rôdé (en atteste notamment ce concert donné en septembre dernier à la Grange aux Pianos de Cyril Huvé) qui, à l’invitation du Directeur de l’Opéra de Vichy Martin Kubich, vient ici magnifier un programme fait de Lieder allemands, de mélodies françaises et de grands airs d’opéra. De quoi exposer toute la variété des palettes artistiques de ces deux “sœurs” de voix et de cœur, pour un concert faisant aussi écho au récital baptisé “Frères”, donné en novembre dernier sur cette même scène par Julien Dran et Jérôme Boutillier.

C’est en allemand (langue largement mise à l’honneur dans leur dernier album, “Deux mezzos sinon rien”) que débute ce récital, avec d’abord le court “Abendlied” de Luise Adolpha Le Beau, compositrice germanique méconnue, active au tournant des XIX et XXème siècles. Là, comme dans les duos qui s’ensuivent, signés du bien plus célèbre Johannes Brahms, Karine Deshayes et Delphine Haidan se montrent formidablement fidèles à la belle réputation de leur duo. Leurs voix enchanteresses composent une parfaite union sonore portée par une même sensibilité, et par le sens commun d’une musicalité toujours savamment raffinée. Pas une voix ne s’impose ni ne s’efface face à l’autre, et si les tessitures se détachent, c’est car l’une (celle de Delphine Haidan) est naturellement portée vers le grave, quand l’autre tire davantage vers un registre plus aigu. Grâcieuses, donc, comme dans ce duo au nom de circonstance, “Die Schwestern” (les “sœurs”, en allemand), ou dans “Die Meere” qui sonne comme une invitation à fermer les yeux et à se plonger dans un doux et merveilleux songe. Mais l’auditeur reste bien éveillé pour savourer ensuite un Lied de Richard Strauss (“Zueignung”) où Delphine Haidan, seule en scène dans sa robe rouge vermeil, fait briller toute l’ardeur de son timbre et la qualité de son soyeux legato.

Noblesse de chant

Vient ensuite le répertoire français, et Gounod d’abord, avec sa mise en musique de vers de Jean Racine, “D’un cœur qui t’aime” (extraits d’Athalie). Sur un ton presque narratif, mais néanmoins toujours aussi musical, les deux artistes se démarquent ici davantage, leurs voix se répondant plus qu’elles ne se juxtaposent. La noblesse de chant est plus que jamais là, infaillible et d’un naturel désarmant, procédant d’une euphonie qui se retrouve aussi dans ce duo de Léo Delibes, “Les Trois oiseaux”, interprété avec une poésie tant textuelle que musicale. Seule à son tour, Karine Deshayes s’illustre ensuite dans un air aux sonorités hispanisantes que ne renierait pas Carmen, “Les Filles de Cadix”, du même Delibes. Vibrato subtil, aigus radieux, élasticité dans les variations de nuances mènent l'artiste à retrouver sa complice pour une courte incursion dans la langue espagnole avec “El desdichado”, air écrit par Camille Saint-Saëns, dont la rythmique de boléro, portée par une interprétation pleine d’allant, donne comme l’irrépressible envie de battre la mesure par de chaleureux claquements de mains.

Place ensuite à l’inévitable Rossini, compositeur dont les deux artistes ont pu, et avec brio, servir tant de rôles et chanter tant de mélodies dans leurs parcours respectifs. Et c’est précisément une exquise mélodie, “La Pesca” (issue des Soirées musicales), qui permet d’abord au duo de briller à nouveau, avant un passage au répertoire d’opéra avec Semiramide qui avait vu Karine Deshayes effectuer une prise de rôle-titre remarquée, à Saint-Étienne, il y a trois ans (nous y étions). Un rôle repris ici avec gourmandise, avec Delphine Haidan en Arsace, dans un duo (“Giorno d’orror”) incarné dans une expressivité soutenue, et avec une sensibilité s’étirant jusqu’au dernier souffle du “Pietà” conclusif. Incontournable à l’évocation de cet opéra, le grand air “Bel raggio...” vient évidemment à son tour, Karine Deshayes s’y montrant flamboyante et généreuse à souhait dans l’art d’un chant alternant entre douce retenue et élan fougueux, nanti d’un médium charnu et d’aigus plus que jamais vibrants et étincelants.

Pour conclure le programme de ce récital éclectique, c’est enfin la langue russe qui est mise à l’honneur, avec l’un de ses plus illustres ambassadeurs sur la scène musicale et lyrique : Tchaïkovski. Un compositeur dont les sonorités riches au “spleen” et au romantisme slaves ressortent pleinement dans l’air “Niet tolko tot kto znal”, ici servi avec l’ardeur et l’amplitude vocales de Delphine Haidan trouvant de jolies aises dans ce répertoire. Un répertoire qui n’est pas forcément de prédilection pour sa “sœur” de scène, qui met néanmoins toute la délicatesse et la beauté de son chant au service du duo réunissant Tatiana et Olga dans Eugène Onéguine, interprété en l’espèce avec une noblesse et un raffinement également partagées par les deux artistes.

Les trois font la paire

Christophe Rizoud | 11 janvier 2021

Voici un disque que l’on rougit d’avoir oublié plusieurs semaines sous une pile de courrier trop vite ouvert, l’esprit sans doute accaparé par d’autres tâches estimées à tort ou à raison plus impératives. Cessons. Il n’y pas d’excuses comme il n’y a pas de hasard. Dès la première plage, « Die Schwestern » – le plus insouciant des quatre duos de Brahms (op. 61) –, c’est une bouffée de joie qui pénètre l’oreille et suggère des images d’Epinal influencées par le calendrier et des températures enfin de saison : la magie de l’hiver d’avant le réchauffement climatique, des paysages blancs, l’intimité rustique d’une chaumière, une cheminée où le feu crépite, une invitation à se recroqueviller dans les harmonies enveloppantes de deux voix amies.

Sélection albums ...

Marie-Aude Roux | 9 octobre 2020

La blonde et la brune, la lumineuse et la ténébreuse, les deux mezzos Française Karine Deshayes et Delphine Haidan, ont décidé de mêler les ors de leurs voix, brillant et lumineux pour l'une, mate et sombre pour l'autre, dans un choix savoureux de duos à voix égales en version originale. Le résultat est un cocktail d'énergie et de bonheur. Les deux artistes, qui ont eu la même professeure de chant, se connaissent depuis une bonne vingtaine d'années, partagent le même engagement passionné pour la musique. Comme en témoigne d'emblée l'envolée jubilatoire avec laquelle elles abordent, un peu comme deux gamines en goguette, le premier des quatre duos Op.81, de Brahms (Die Schwestern). Naïveté, espièglerie, poésie, lyrisme, sensualité, l'alternance entre répertoires allemand et français, s'égrène dans une ronde jouissive, que les deux complices cisèlent à l'instar d'une succession de scènes miniatures. De l'irrésistible Boléro de Saint-Saëns (El Desdichado), prétextes à de savoureuses espagnolades, au magnifique recueillement de La Nuit, d'Ernest Chausson, en passant par les croisements de tessiture du Fauré de Pleurs d'or, ou l'appel vers l'ailleurs du Brahms de Die Meere. À consommer sans modération.

Deliziöses Duettprogramm

15 septembre 2020

‘Two mezzos, nothing else’, is an absolutely delicious CD on which the two mezzo-sopranos Karine Deshayes and Delphine Haidan sing a rather rare programme of duets from the comic, but also the more melancholic repertoire.

The two singers show a great feeling for text and music as well as gripping communicativeness by making full use of the dramaturgy of the songs. The finely guided, open and free sounding as well as contrastingly colourful voices explore the German as well as the French songs with a lot of refinement, expressiveness and always a suitable characterization.

James Elvire | 13 octobre 2020

CD événement, critique. Karine Deshayes, Delphine Haidan. Deux mezzos sinon rien (1 cd Klarthe records) – Il revient ainsi à Klarthe de fixer l’entente et la douce complicité de deux mezzos françaises particulièrement bien associées. Le programme est à la hauteur de la promesse : habilement équilibré, lieder de Brahms et de Mendelssohn auxquels répondent plusieurs mélodies également en duo, de Gounod, Saint-Saëns, Fauré, Massenet… parmi les moins connues et les plus évocatrices. Le jeu du compositeur et chef Johan Farjot apporte un tapis pianistique des plus articulés, opérant dans le registre que les deux voix déploient sans peine : l’écoute complice, la complémentarité poétique.

En ouverture, les Quatre mélodies de Brahms sont abordées avec légèreté, un allant sans affectation dès la première (« Die Schwestern » / les sœurs, titre bien choisi) une attention partagée dans l’écoute à l’autre ; les deux voix de mezzos, proches et pourtant caractérisées, interchangeables et distinctes, semblent exprimer la double face d’une même intention : insouciance, introspection plus secrète et intime pour le second lied – achevé comme une interrogation (Klosterfräulein) ; souple et presque sensuelle, « Phenomen » s’énonce comme une douce prière, celle adressée à un cœur chenu qui peut encore aimer…

Les amateurs de mélodies françaises seront ravis à l’écoute des perles et joyaux qui suivent. Karine Deshayes déploie sa soie flexible d’abord dans la première séquence « D’un cœur qui t’aime », timbre clair, aigus naturels et rayonnants auquel répond le chant plus sombre de sa consœur Delphine Haidan. Les deux fils vocaux tissant ensuite une tresse souple et équilibrée où les deux timbres se répondent et dialoguent sur le texte de Racine.

Les 3 oiseaux de Delibes se distingue par sa coupe précise et sobre, son intensité tragique progressive, jusqu’à la dernière strophe qui fixe une situation … perdue.

Révélateur d’un génie opératique et d’un raffinement supérieur, le cycle des deux mélodies de Saint-Saëns captivent tout autant : sur un rythme mi habanera / boléro pour la première (El Desdichado, – texte du librettiste Jules Barbier) et sur le sujet d’un cœur pris dans les rêts de l’amour cruel ; plus insouciante et presque fleurie, La Pastorale d’après le texte de Destouches est d’un délicieux parfum néo baroque.

La première des 3 mélodies de Massenet « Rêvons c’est l’heure » (d’après Paul Verlaine) charme comme un nocturne enivré et suspendu; la tendresse rayonne dans « Marine » cultivant un climat éthéré, murmuré; enfin « Joie » s’électrise grâce aux deux voix admirablement accordées.

L’une des plus longues mélodies : « Bienheureux le cœur sincère » de Gounod, est une prière ardente qui célèbre à la façon d’un cantique la justice divine et la bonheur des Justes… Chausson diffuse son romantisme subtil et sombre d’une enivrante intériorité (sublime « La nuit ») ; quand Fauré (« Puisqu’ici bas… ») sait exploiter toutes les nuances suaves des deux lignes vocales comme enlacées / torsadées. Le poids des mots, la nuance et l’équilibre des timbres, la caresse du piano font toute la valeur de ce programme dédoublé mais unitaire, original et cohérent. Un album qui est aussi déclaration musicale car le duo « Deux mezzos sinon rien » entend à présent conquérir à deux voix, scènes et théâtres. On s’en réjouit. Prochain concert le 28 octobre au Bal Blomet (Paris)…

Suzanne Canessa | Septembre 2020

Le très beau disque des deux mezzos s’ouvre sur quatre duos injustement méconnus de Brahms, aux textes éloquents : « Nous les deux sœurs, nous les belles, si pareilles de visage, pareilles comme deux œufs, pareilles comme deux étoiles » / « Wir Schwestern zwei, wir schönen, So gleich von Angesicht, So gleicht kein Ei dem andern, kein Stern dem andern nicht. ». Pétri de symétries, construit sur une homorythmie parfaite et sur une réjouissante ambiguïté tonale, le Lied donne déjà à entendre la complémentarité de deux timbres jumeaux. Celui de Karine Deshayes, clair et acéré, tutoyant les tonalités sombrées et dramatiques de Delphine Haidan : complices sur scène depuis une quinzaine d’années, les deux chanteuses ont appris à tirer le meilleur de leurs forces respectives. La sélection dix-neuviémiste à souhait réserve de belles envolées : les Lieder de Mendelssohn et surtout de Brahms (qui conclue magistralement l’opus) brillent par leur perfection formelle, quand les Mélodies de Gounod, Delibes, Massenet, Fauré et Chausson déploient un sens aigu de la couleur, que le piano de Johan Farjot souligne à merveille. Les morceaux choisis de Saint-Saëns se situent à mi-chemin, dans l’orientalisme assumé d’« El Desdichado » comme dans les échos dansants de la « Pastorale ». Délicieux !

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France Musique est à vous | 20.02.2021

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