Le revenge porn, le happy slapping sont des formes de cyber-harcèlement consistant à filmer, le plus souvent, à l'aide d’un téléphone portable, une scène sexuelle ou de violences subies par une personne dans le but de diffuser la vidéo sur internet et les réseaux sociaux.
De plus en plus répandues et banalisées auprès d'une partie de la population, ces pratiques amplifient la cruauté du harcèlement en comptant sur la participation des personnes qui repartagent ces vidéos.
Définition, droits des victimes, sanctions et responsabilités, le CÉSECÉM vous propose d'en savoir plus sur ce phénomène.
Droit à l’image et réseaux sociaux : que dit la loi ?
Le droit à l’image découle du droit au respect de la vie privée. Le législateur exige donc qu’une autorisation expresse et spéciale soit établie pour chaque utilisation de l’image d’une personne. En l’absence de cet accord, il n’est pas possible d’utiliser l’image d’autrui. La difficulté vient du fait qu’en acceptant les conditions générales d’utilisation des principaux réseaux sociaux, les utilisateurs de ces plateformes donnent une autorisation générale à l’hébergeur et aux autres usagers de republier leur contenu sans limite, sans considération du contexte ou autorisation spéciale. Cependant, les utilisateurs disposent d’un droit de retrait de leur image ou de l’autorisation de reproduction si les publications portent préjudice à leur réputation ou à leur vie privée.
En cas d’infraction, le législateur prévoit des sanctions identiques à celles appliquées au non-respect de la vie privée.
Article 226-1 du Code pénal
Punit le fait de
- photographier (ou filmer) sans son consentement, une personne se trouvant dans un lieu privé.
- transmettre cette même image, notamment si la personne ne souhaitait pas être photographiée.
Article 226-2 du Code pénal
Punit le fait d’utiliser, de conserver ou de porter à la connaissance du public, l’image d’une personne prise dans un lieu privé sans le consentement de celle-ci.
Quelles sont les sanctions pour le revenge porn ?
Le revenge porn ou la vengeance pornographique consiste à se venger d’une personne en rendant publics des contenus pornographiques où figure cette dernière, dans le but évident de l’humilier en dévoilant son intimité. Ces contenus peuvent être réalisés avec ou sans l’accord de la personne, mais sont diffusés sans son consentement. Cette pratique inclut aussi bien les photos et les vidéos que les propos à caractère sexuel tenus à titre privé. Ce phénomène résulte souvent d’une séparation amoureuse mal vécue par l’une des deux parties. Il est lié à la pratique de « sexting » (contraction de sex et de texting, pour désigner l’échange de contenus à caractère sexuel par SMS ou messagerie), fréquente auprès des jeunes.
Depuis 2016, le revenge porn est considéré comme un délit par le Code Pénal. L’article 226-2-1 du Code Pénal est venu renforcer les sanctions encourues dans les cas spécifiques de diffusion de contenus à caractère sexuel en stipulant que :
- Lorsque les délits prévus aux articles 226-1 et 226-2 portent sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel prises dans un lieu public ou privé, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60 000 € d’amende.
- En l’absence d’accord de la personne pour la diffusion, le fait de porter à la connaissance du public ou d’un tiers tout enregistrement ou tout document portant sur des paroles ou des images présentant un caractère sexuel, obtenu, avec le consentement exprès ou présumé de la personne ou par elle-même, les peines sont portées à deux ans d’emprisonnement et à 60 000 € d’amende.
Le caractère sexuel des contenus est donc considéré comme une circonstance aggravante, puisque la peine encourue passe dans ce contexte d’un à deux ans de prison, et de 45 000 à 60 000 € d’amende.
Quelles sont les sanctions concernant le happy slapping ?
Le happy slapping est le fait qui consiste à filmer de son téléphone une scène de violence subie par une personne dans le but de diffuser la vidéo-agression sur internet et les réseaux sociaux. Le happy slapping nécessite deux auteurs :
- celui qui commet l’acte de violence à l’encontre d’une personne
- celui qui filme l’acte en train de se commettre
Ces scènes filmées peuvent concerner les violences physiques ou des agressions sexuelles et aggraver les préjudices subis par une atteinte importante à la réputation. Outre le fait d’être victime de ces violences, la personne filmée est alors doublement victime du fait de la diffusion d’images dégradantes sur internet.
La loi n°2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance a créé une infraction spécifique et dédiée au « happy slapping » ou vidéo lynchage. Ainsi, les fautes susceptibles d’être commises et sanctionnées selon l’article 222-33-3 du Code pénal sont :
- le fait d’enregistrer une vidéo agression
- le fait de diffuser l’enregistrement
Afin de sanctionner séparément le fait d’enregistrer la vidéo et le fait de diffuser celle-ci sur internet, la loi opère une distinction entre :
l’enregistrement d’une vidéo-agression
Le happy slapping est sanctionné comme un « acte de complicité des atteintes volontaires à l'intégrité de la personne ». Dès lors, le happy slapping est autant répréhensible que le fait de commettre les violences elles-mêmes. Le Code pénal punit l’auteur de l’enregistrement d’une vidéo-agression comme s’il avait été l’auteur de l'infraction principale :
- 15 ans de réclusion criminelle, si l’agression concerne « le fait de soumettre une personne à des tortures ou à des actes de barbarie » (article 222-1 du Code pénal) ;
- 15 ans de réclusion criminelle, si l’agression est un viol c’est-à-dire un « acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » (article 222-23 du Code pénal) ;
- 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende, si l’agression est qualifiée de harcèlement sexuel (article 222-33 du Code pénal).
la diffusion d’une vidéo-agression
La diffusion d’une vidéo-agression, notamment sur les réseaux sociaux peut gravement porter atteinte à la dignité de la victime. Le Code pénal sanctionne en tant que tel « le fait de diffuser l’enregistrement de telles images » de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende (Article 222-33-3 du Code pénal).
Il est important de relever que la diffusion d’une vidéo-agression ne concerne pas seulement l’auteur de celle-ci mais tout tiers susceptible de la transmettre.
Sensibilisation et prévention : des enjeux à relever
Afin de comprendre ce phénomène, une enquête quantitative a été menée auprès de 360 jeunes de 18-25 ans dans une université de Chypre en 2015. Au-delà de savoir si ces jeunes avaient été eux-mêmes victimes d’humiliation ou s’ils avaient déjà fait preuve de tels comportements, l’étude tente de cerner s’ils avaient conscience de l’existence de tels dangers et de livrer les visions qu’ils en avaient : pour eux, ces agissements correspondaient-ils à une nouvelle forme de déviance pouvant avoir des conséquences psychologiques et sociales, ou à une nouvelle norme/forme de communication selon laquelle l’exhibition et le partage permanent des pans entiers de leur existence ne pouvaient qu’entraîner la mésutilisation des données ?
Lorsque l’on interroge les jeunes adultes afin de savoir, en cas d’humiliation virtuelle, qui est le principal responsable, on constate que pour eux la part de responsabilité est partagée entre :
- La personne qui poste des informations personnelles
- La personne qui accède aux informations personnes diffusées
- La personne qui partage ses données (s’exhiber sur Internet augmenterait les risques d’être humilié)
- L’absence de règles et la faiblesse des sanctions des plateformes numériques
Source : https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2017-2-page-305.htm
Ressources pour aller plus loin
- https://www.education.gouv.fr/media/94235/download
- https://www.gouvernement.fr/guide-victimes/proteger-son-droit-a-l-image
- http://www.jeunesviolencesecoute.fr/espace-professionnels/dossiers-thematiques/nouvelles-formes-de-violences-liees-aux-technologies-actuelles/definition-happy-slapping.html
- http://www.droit-image.com/droit-a-limage-des-personnes.html
- http://www.internetsanscrainte.fr/
- http://www.saferinternet.fr/
- https://www.unaf.fr/IMG/pdf/rapport_final_reception_images_vsh_s_jehel_cemti_24_octobre_2017.pdf
Débat citoyen
Buzz : partager sans limite ?
Adultes et mineurs, nous sommes de plus en plus susceptibles de recevoir des vidéos, des photos, des audios, partagés par nos amis, nos collègues, nos proches, impliquant une ou plusieurs personnes dans des situations choquantes, humiliantes, violentes, intimes… enregistrés et diffusés, en grande majorité, sans leur consentement.
Que ce soit l’enregistrement d’origine, les déclinaisons sous forme de réactions, de mèmes, de parodies, et quel que soit l’objectif du partage : pour informer ; faire rire ; faire peur… ce buzz éveille notre curiosité et la tentation de visionner et de partager est accentuée par le fonctionnement des réseaux sociaux qui facilite et amplifie ce phénomène.
Geste anodin reflétant l’évolution de la société ; agissement complice d’une violation de la vie privée d’une personne avec des conséquences parfois dramatiques… Que pensez-vous de ce phénomène ?