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Sécheresse Que faire quand la pluie refuse de tomber ?

L’été 2022 en France illustre les conséquences du changement climatique : une période de sécheresse intense et prolongée sur tout le territoire, cumulée avec plusieurs vagues de chaleur et aggravée par une surconsommation d’eau. Corollaires de cette situation inédite, des incendies, qui ont touché des régions jusque-là épargnées et des orages exceptionnels.

Le ruisseau la Platte à Sainte Catherine est partiellement asséché à cause de la sécheresse.

Le département du Rhône n’a pas fait exception. Ici aussi, tout a commencé l’hiver 2021, avec un important déficit de pluie qui s’est prolongé jusqu’à la saison estivale et auquel se sont ajoutés plusieurs épisodes de canicule. Le département, en vigilance sécheresse dès le mois d’avril, passe en situation de crise, pour une grande partie de son territoire, le 9 août 2022, par arrêté préfectoral.

Affiche présentant les mesures de restriction à respecter à cause de la sécheresse à Saint Maurice sur Dargoire.

Des mesures de restriction sont mises en place pour limiter les usages domestiques, industriels et agricoles de l’eau. Par exemple, l’arrosage des terrains de sport et le remplissage des piscines privées sont interdits. L’approvisionnement des activités industrielles à partir d’eau superficielle est stoppé, sauf pour les usages prioritaires. L’irrigation agricole est limitée à certains horaires pour le maraîchage et à certaines cultures spécifiques.

Terre séchée dans les marais de Simandres. Habituellement il y a 1m d'eau dans cette zone.

La sécheresse impacte les activités humaines mais aussi les milieux naturels, comme en témoigne le sol craquelé de la zone humide de Simandres. La végétation s’assèche, les animaux peinent à s’abreuver et parfois même à s’alimenter, à l’instar du héron cendré qui affectionne poissons, grenouilles et insectes aquatiques.

Héron en bordure de l'Yzeron à Sainte-Foy-Lès-Lyon.

Les castors présents sur le site souffrent aussi du manque d’eau et leur regain d’activité (abattage d’arbres, construction de barrages), inhabituel en plein été, en est sans doute le signe. L’Inverse, le ruisseau qui parcourt le marais, se réduit désormais à quelques poches d’eau où chevesnes et grenouilles vertes trouvent un refuge précaire. Les autres espèces ont disparu.

Arbre rongé par des castors à proximité des marais de Simandres.
« Ce qui est vraiment nouveau, c’est le duo sécheresse-chaleur. Nous avons eu zéro goutte de pluie en juillet, alors que la température montait à 40 °C. »

Romain Chazal, chef du service départemental du Rhône, Office français de la biodiversité (OFB)

Sur le terrain, des solutions sont déjà appliquées pour économiser l’eau, en particulier dans le secteur agricole. La micro-aspersion sous frondaison est l’une d’elles. Certains producteurs de fruits à Chabannières ont équipé leurs vergers avec ce système d’irrigation automatisé qui permet un arrosage plus précis et moins sensible au vent. Et ils ne le regrettent pas : grâce à la micro-aspersion, ils réalisent une économie d’eau de l’ordre de 30 % par rapport à une irrigation classique, sans parler du gain de temps.

Systèmes de pompes et de goutte à goutte qui permettent à des arboriculteurs de Chabannières de faire des économies d'eau conséquentes.

À Quincié-en-Beaujolais, les viticulteurs aussi sont bien obligés de s’adapter aux conséquences du changement climatique : gelées tardives, épisodes de grêle à répétition, canicules, sécheresse… En 2022, c’est jusqu’à 50 % de la récolte qui est perdue. Alors, les producteurs de Beaujolais s’organisent : des vendanges de plus en plus précoces (2 semaines d’avance cette année), une cueillette organisée tôt le matin, un refroidissement des jus en cuve…

Grappes de raisins lors des vendanges précoces réalisées à Quincié-en-Beaujolais.
« En 40 ans, on a récupéré le climat du Vaucluse ! »

Jean-Pierre Rivière, viticulteur et vice-président de l’organisme de défense et de gestion Beaujolais

D’autres solutions sont envisagées, comme le choix de nouveaux porte-greffes (partie basse de la vigne plantée dans le sol) plus résistants à la sécheresse, ou la remontée des sols en matière organique afin d’augmenter leur capacité de stockage de l’eau. Et pourquoi pas irriguer ? Une expérimentation est d’ores et déjà en cours sur quelques parcelles de vigne.

En ville aussi des actions sont menées pour mieux gérer la ressource. L’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse soutient ainsi des projets de désimperméabilisation afin de faciliter l’infiltration des eaux pluviales, lutter contre les îlots de chaleur et favoriser le retour de la nature en ville. Comme sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, où un grand chantier de renaturation et d’élargissement de la rivière Yzeron s’est achevé en 2020. Dans ce cadre, des noues ont été créées en bordure de l’axe routier. Ces larges espaces végétalisés permettent à l’eau de pluie de rejoindre directement les nappes phréatiques sans ruisseler sur le bitume.

Zone de désimperméabilisation des sols en bordure de l'Yzeron à Sainte-Foy-lès-Lyon et renaturation de l'Yzeron.
« Agroécologie, réutilisation des eaux usées, désimperméabilisation des sols…, il existe tout un panel de solutions, mais il faut travailler avec l’ensemble des acteurs et utilisateurs pour ne pas faire de la maladaptation. »

Éric Sauquet, directeur de recherche, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE)

Dans cette bataille pour économiser et protéger la ressource en eau, chaque geste posé a son importance.

  • Texte : Anne Baron
  • Photos : Damien Carles