Amet Berthou, un destin riécois
Amet Berthou, Riécois de 19 ans est appelé sous les drapeaux en janvier 1916 avec un an d’avance, comme toute sa classe d’âge, pour renforcer les effectifs suite aux lourdes pertes de 1914 et 1915.
Il rejoint le 19e bataillon de chasseurs en garnison à Domfront dans l’Orne pour y effectuer sa période d’instruction qui se termine le 25 octobre 1916. Il est envoyé sur le front dès le lendemain. Il sera blessé le 6 mai 1917 par des éclats d’obus au Chemin des Dames dans l’Aisne. Après plusieurs mois d’hôpital et de convalescence, il repart le 8 janvier 1918 pour l’Armée d’Orient dans les Balkans. Il est alors affecté au 58e bataillon de Chasseurs Alpins. Il y croise Joseph Guernec de Riec, affecté lui aussi dans le même régiment.
Amet est réformé définitivement le 7 mai 1926 et pensionné à 100% pour une tuberculose suite à la blessure en région lombaire qui entraînera son décès à l’âge de 30 ans.
« Domfront le 5 mars 1916
Chers parents,
Ayant un petit moment à ma disposition je me mets à vous écrire ces quelques mots pour vous annoncer de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes. J’espère bien que vous vous trouverez de même à la réception de ma carte. Je me suis photographié aujourd’hui, pour dimanche je les aurais je vous enverrais ma tête en trouffions. Demain le réveil sera à 6h1/2 et quand on était arrivé il était à 7h1/2 voilà (illisible) déjà si ça continue on va se (réveillé raturé) lever à 3h. J’ai été 2 jours cette semaine à l’infirmerie, la semaine prochaine je pense bien y aller quand y aura des marches trop longues.
Je retournerai bien à la visite si je voudrais y aller tous les jours, je resterais tout le temps à l’infirmerie mais je m’ennuie de trop comme ça je vais faire des petite marches avec mes camarades. Bien le bonjour à toute la famille. Votre fils tout dévoué
Amet
La guerre d’Anna
Comme des milliers de femmes, la Riécoise Anna Guyvarc’h a dû faire face à la mort de son mari pendant la guerre de 14-18, élever sa famille et chérir un souvenir. Banale cruauté d’une déflagration intime dont il ne reste que quelques lettres.
Anna et Jean-Marie se marient à Riec-sur-Bélon en 1909. Anna a 21 ans et se déclare cultivatrice comme son époux, âgé de 25 ans. Ils ne possèdent pas de terres, sont ouvriers agricoles, comme nombre de Riécois et Riécoises sur les terres du marquis de Bremond d’Ars.
Jean-Marie Guyvarc’h est mobilisé le 2 août 1914, il rejoint le 118e RI à Quimper.
Le 25 août, le régiment de Jean-Marie se porte vers le Nord et subit un mois de calvaire fait de marches forcées, de tirs de l’artillerie allemande
Il participe à la bataille de la Marne, qui stabilise le front. Le 27 septembre il est blessé à la main. Il est soigné à l’hôpital temporaire de Lisieux. Après une permission pour convalescence à Riec, Jean-Marie découvre la guerre des tranchées en Champagne au début de 1915, au sein du 87e RI. Il se plaint des longues marches dans la boue et évoque sa hantise de retrouver les tranchées de première ligne ; il témoigne aussi de l’importance pour le moral de côtoyer des pays de Riec, Pont-Aven, Nizon, voire Quimperlé.
Fin février 1915, l’inquiétude d’Anna augmente, Jean-Marie n’a plus écrit depuis le 15. Ce jour-là est lancée la première offensive française en Champagne. Les attaques sont très meurtrières pour quelques mètres de tranchées : 180 tués, 600 blessés et 400 disparus.
Le 28 février Jean-Marie est porté disparu à Mesnil-Les-Hurlus. Anna n’est pas informée aussitôt. Elle donne naissance à Antoine le 22 avril. Anna devenue repasseuse de coiffes, élève seule ses deux enfants, mais elle partage son deuil avec les familles des Riécois « morts pour la France ».
L’adhésion d’Anna à l’Amicale est un moyen de participer à la mémoire collective ; c’est aussi une sorte d’affirmation de son statut de veuve de guerre. Les premières associations d’anciens combattants se sont créées pour défendre les intérêts moraux et matériels de leurs adhérents.
Anna entretient toute sa vie le souvenir de son mari, elle a conservé toutes ses lettres et porte une broche avec son portrait.
Pierre Emmanuel Le Gac : l’odyssée d’un marin riécois
Alors qu’il navigue au long cours dans la marine marchande depuis plus de 15 ans, Pierre-Emmanuel Le Gac, habitant Landejulien à Riec-sur-Bélon, embarque à l’âge de 44 ans au printemps 1916 sur le trois-mâts Nantes.
L’équipage est composé de 25 hommes sous les ordres du capitaine Carméné. Depuis le Pays de Galles, le Nantes appareille le 3 mai 1916 à destination d’Iquique, à l’extrême nord du Chili où il livrera sa cargaison de charbon. Il charge ensuite ses cales vides de 3350 tonnes de nitrate pour les transporter à Londres.
C’est après avoir dépassé l’équateur qu’il est arraisonné le 26 décembre 1916 au large du Brésil par un vapeur corsaire allemand le Möwe. L’équipage est fait prisonnier et le navire est coulé au moyen de bombes.
Le voilier français Asnières, ainsi que trois cargos anglais subissent le même sort. Les navires sont coulés et leurs équipages viennent augmenter le nombre de prisonniers. Le 12 janvier, les équipages du Nantes et de l’Asnières sont embarqués sur le vapeur japonais Hudson Maru, en route vers le Brésil et transférés sur un navire brésilien le 19 janvier. Ils sont ensuite rapatriés sur Bordeaux par le paquebot français Sequana.
Pierre-Emmanuel Le Gac est débarqué à Bordeaux le 13 février 1917 après une odyssée méconnue de sa famille jusqu’à une date récente… Il rejoint Riec par le train dès le lendemain.
La seule trace de cette aventure sur le Nantes apparaît dans son fascicule d’inscrit maritime : « Navire coulé le 26 décembre 1916 par un corsaire allemand. Rapatrié à Bordeaux le 13 février 1917 ».
La marine de commerce a subi beaucoup de pertes au cours de ce premier conflit mondial : 20 navires ont ainsi été coulés par des navires corsaires, plus de 600 ont été coulés par sous-marins et une quarantaine par mines. Tous les équipages n’ont pas eu la chance de s’en sortir comme celui du Nantes. Ainsi le voilier troismâts Ernest-Reyer fut torpillé par un sous-marin au large d’Ouessant en avril 1916; parmi les victimes, deux frères de Moëlan-sur-Mer.
Jean Mahé, un aviateur dans la guerre
Jean Mahé est né le 31 août 1892 à Riec. Il devient en 1912 matelot dans la marine marchande. Dès 1913 et durant le conflit il embarque sur le torpilleur Durandal chargé de soutenir les opérations des sous-marins dans la Manche. Le 12 avril 1917 Jean Mahé obtient son brevet de pilote.
La Première Guerre mondiale donne priorité au développement de l’aviation côtière dotée d’hydravions et d’amphibies. Dans cette optique, des Centres d’Aviation Maritime (CAM) sont créés sur le littoral afin de surveiller et d’escorter les navires passant dans le secteur. Jean Mahé commence sa carrière d’aviateur à Toulon. Le capitaine de Corvette Vaschalde parle ainsi de lui : « Excellent pilote d’hydravion, n’ayant cessé de faire preuve au cours de plus de 400 heures de patrouille en mer des plus belles qualités militaires. S’est particulièrement distingué le 20 octobre 1917 au soir en prolongeant au-delà de l’extrême limite de clarté la poursuite d’un Zeppelin en méditerranée ».
Pour contrecarrer l’action des sous-marins allemands au large de Lorient et des côtes du sud de la Bretagne, un centre d’aviation est créé le 10 mars 1917 sur la rive gauche du Scorff et rattaché aux Patrouilles de Bretagne. Jean Mahé rejoint ainsi le 27 juin 1918 le centre d’aviation de Lorient. Jean Mahé disparait en mer le 18 juin 1919 après la chute de son avion. Destin brisé à 27 ans, le 23 juin sa famille recoit ce télégramme : « Corps second maitre Mahé retrouvé, prière faire connaitre si famille désire assister obsèques et transporter corps à ses frais »
« C’était un gâs breton, simple, doux sympathique Parlant peu, mais sachant agir, et prêt à tout De l’Ecole de Chartres il fut à Salonique Bon Pilote faisant son Devoir jusqu’au bout
A Ros-Braz, à Riec plus d’une jeune fille Rêvait d’unir ses jours au brave aviateur… L’avion au ciel monte… ô detresse ; il vacille Tout s’abat, le Pilote est mort au Champ d’honneur »
Extrait du poème de Paul Lorans, poète Quimperlois, 1919)
En 1914, l’aviation est peu présente dans le conflit, elle est seulement un moyen supplémentaire mis à disposition des forces terrestres. Les aviateurs ont un rôle d’observation pour régler les tirs de l’artillerie ou déposer et récupérer des agents derrière les lignes ennemies. La bataille de Verdun en 1916 impose définitivement le fait aérien dans la conduite des opérations militaires.
Deux frères dans la guerre: Pierre et Yves Goaper
Comme 1 450 000 jeunes français, Pierre et Yves Goaper ne reviendront pas.
Pierre Goaper nait en 1891 à Riec. Ainé de la fratrie, il est cultivateur dans la ferme familiale de Keraval à Riec. Il est appelé sous les drapeaux en octobre 1912 au 6e régiment d’infanterie coloniale à Lyon. Le 2 août 1914 la guerre est déclarée ; Pierre est transféré au 2e régiment de Zouaves.
Blessé en juin 1915 dans l’Oise. Il retourne au combat, il est à nouveau blessé en décembre 1916 à Douaumont, tout à la fin de la bataille de Verdun.
Il va dès lors être soigné dans différents hôpitaux militaires, pour être finalement transféré à l’hôpital maritime de Brest ou Il décède des suites de ses blessures le 8 mars 1919. Il est inhumé au cimetière de Riec.
Yves Goaper nait en janvier 1895 à Riec, il est le 3e enfant de la fratrie, il est également cultivateur. En mai 1914 il s’engage pour 5 ans dans la Marine Nationale puis il est muté en décembre 1915 au Bataillon des fusiliers-marins comme mitrailleur. Yves se distingue et obtient deux citations pendant le conflit. Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze en octobre 1917.
Il est intoxiqué par gaz à Saint-Georges en Belgique en novembre 1917. Il est tué le 24 septembre 1918 au combat du Moulin de Laffaux dans l’Aisne. Il est inhumé au cimetière de Riec au côté de son frère Pierre.
Les pertes de la Première Guerre mondiale sont immenses.
Sur 60 millions de mobilisés, 9 millions ont été tués au combat.
Bilan pour la France : 1 450 000 morts, 3 à 4 millions de blessés, 600 000 veuves et 760 000 orphelins
Une équipe de foot dans la guerre
La photo date de 1913, l’équipe de foot de Riec pose avec fierté et insouciance, sans savoir qu’un an plus tard la guerre bouleversera les destins de onze jeunes Riécois.
Benjamin Cadoret né le 12 août 1893 à Riec
Il est le fils de Benjamin Cadoret et de Francine Le Bris. Déclaré à son incorporation : étudiant vétérinaire, Il rejoint le 11 août 1914 le 28e régiment d’artillerie de Vannes. Le 16 octobre 1915 il est grièvement blessé à Neuville-Saint- Vaast. Benjamin perd son œil gauche.
Il se marie le 7 janvier 1932 à Riec avec Marie Louise Le Bloa.
Yves ou Jean Le Goar où Le Gouar, deux frères : Yves né le 30 avril 1892 et Jean né le 2 août 1894 à Riec
Ils sont les fils de Jean-Louis Le Goar et Marie-Louise Branquet. Yves est incorporé le 10 octobre 1913 au 62e RI de Lorient. Il meurt le 5 octobre 1914 à Mesnil dans la Somme. Jean est incorporé le 9 mars 1915 à la 11e section d’infirmiers, Il meurt de maladie le 8 avril 1916 à Quimper.
Louis Huon né le 3 juin 1893 à Riec
Fils d’André Huon et de Marie-Anne Cognec. Il est incorporé au 116e RI de Vannes le 28 novembre 1913. Sergent en 1916, il est blessé 2 fois, en 1917 et 1918. Après le conflit il se retire à Riec à Moulin Helou. Il se marie le 29 août 1920 à Riec avec Marie Jeanne Philippon. Il est décédé à Quimperlé le 5 février 1985.
Louis Cadoret est né le 21 octobre 1895 à Riec
Il est le fils de Louis Cadoret et Marie Yvonne Berthou, Il part le 16 décembre 1914 au 4ème régiment de zouaves. Plusieurs fois blessé, avec citations, il est fait sergent le 1er juillet 1918. Il a participé aux batailles de Verdun et du Chemin des Dames. A son retour, Il a tenu le restaurant Ty-Ru avec sa femme Anna jusqu’à son décès le 25 décembre 1933 à Riec.
François Raoul né le 28 mars 1892 à Riec
Fils de François Raoul et Marie-Josèphe Quentel. Il s’engage le 12 juin 1913 pour 3 ans au 62e RI de Lorient. Il est fait prisonnier au Chemin des Dames le 27 mai 1917. Il est libéré le 28 novembre 1918, il tiendra un café sur la place de L’Église de Riec.
Jean Le Du est né le 10 juillet 1895 à Riec
Fils de Joseph Le Du et Magdeleine Herlédan. Il est incorporé le 20 février 1915 dans le 3e régiment d’artillerie. A la fin de la guerre, il est affecté dans les chemins de fer à Nantes. Il se marie le 16 septembre 1921 à Nantes avec Georgette Pécant. Il est décédé à Nantes le 26 avril 1983.
Jean-Marie Talgorn est né le 31 juillet 1892 à Riec
Fils de Alain Talgorn et Louise Kergoat, Il est exempté de service
Il se marie le 27 septembre 1916 à Riec avec Anna Magdeleine Scavinner Il a été menuisier-ébéniste à Riec.
Il est décédé le 21 janvier 1959 à Riec.
Joseph Rannou est né le 21 novembre 1894 à Kernével
Fils de Joseph Rannou et Marie-Françoise Guillou, sabotier de profession, Il est incorporé le 7 septembre 1914 au 116e RI de Vannes. Plusieurs fois blessé lors du conflit, il est libéré le 24 octobre 1919. Il décède à Riec le 20 septembre 1921.
Joseph Drenou est né le 12 octobre 1891 à Riec
Fils de Yves Drenou et Louise Berthou, Il est incorporé le 9 octobre 1912 à la 11e section des commis et ouvriers. En 1915, il passe au 62e RI en qualité de sergent et il est fait prisonnier le 17 avril 1916 à Verdun. Il est rapatrié le 17 décembre 1918 et libéré le 11 août 1919. Il tiendra une boucherie au bourg de Riec.
Jean Nahélou né le 2 juin 1893 à Riec
Fils de Jean Nahélou et Reine Bolou, Il est incorporé 10 octobre 1913 au 35e régiment d’artillerie de Vannes. Suite à un accident pendant son service il est réformé en décembre 1914. Après la guerre, il se marie en 1921 avec Anna Berthou. Il a tenu pendant plusieurs années une entreprise de menuiserie à Riec puis un bureau de tabacs/journaux dans l’Yonne. Il est décédé le 6 mars 1960
Charles Boulidor est né le 2 octobre 1894 à Bannalec
Fils de Louis Boulidor et Marie Guillou, Il est incorporé le 7 septembre 1914 au 19ème RI de Brest. Il est fait prisonnier le 17 avril 1916 à Verdun et rapatrié le 30 janvier 1919. Libéré le 9 septembre 1919, Il se marie le 12 juillet 1927 à Riec avec Marie Françoise Quentel. Il est décédé le 29 mars 1946 à Riec.
Riec pendant la guerre
Loin des zones de conflit, Riec-sur-Bélon voit une partie de sa population partir à la guerre. Entre l’absence des hommes et l’espoir d’un retour, la vie continue.
« Entre le tocsin de nos cloches, appelant les hommes valides à la mobilisation générale du 2 août 1914 et le clairon qui sonna l'armistice sur les champs de bataille, le 11 novembre 1918, Riec avait laissé cent quatre-vingt-deux de ses enfants dans le choc sanglant de la plus grande guerre de l'histoire. Si Riec connut, comme le reste de la France, l'angoisse permanente, les privations de toutes sortes, l'occupation étrangère lui fut épargnée. On vécut libre, entre soi...
(Marie-Françoise Bosser, Riec à travers les ages)
En 1916 les habitants de Riec-sur-Bélon se mobilisent pour demander le sursis d’appel du maitre sabotier Rannou : « Nos enfants n’ont plus de chaussures et ne peuvent fréquenter assidument les classes. En ces temps de labours nous avons besoin de sabots »
Pétition du 2 décembre 1916, (A.D Finistère, 1R34)
Un Riécois dans l’Infanterie Coloniale
En 1911, François Le Noach, dernier d’une fratrie de sept enfants, est apprenti menuisier à Riec. Installé à son compte, il fournit la commune en cercueils, qu’il fabrique dans son atelier. Une fois la guerre déclarée, le jeune menuisier de la classe 1915 est incorporé le 16 décembre 1914 dans le 2e Régiment d’Infanterie Coloniale.
Dans les tranchées
Envoyé un temps à la frontière italienne, il rejoint bientôt le front sur la Marne où il est rapidement confronté à la dureté des combats dans les tranchées. Il le relate dans une lettre :
« ...Nous sommes montés en ligne, au bois Sabot : c’était le premier contact : drôle d’impression ; le silence est de rigueur ; nous marchions à la file indienne quand deux balles à la fois me sifflent aux oreilles. Bientôt nous arrivons au boyau qui mène à la tranchée. […] L’artillerie entre en action ; la terre tremble, labourée par les obus ; et dans ce vacarme infernal que je comparais à une fête foraine, mais avec cette différence qu’elle était meurtrière, paisible à notre poste, on sommeillait à la manière du chat qui guette le rat. Ainsi j’ai fêté mes 20 ans... »
Front d’Orient, typhoïde et paludisme
Atteint par la typhoïde, François Le Noach est soigné à l’hôpital de Châlons-sur-Marne et trois mois plus tard il embarque sur un navire italien pour la Grèce. Il contracte ensuite le paludisme dont il réchappera, non sans difficultés :
« ...Hélas ! C’était trop tard : l’anémie paludéenne suivait son cours, et le 2 août, je m’affaissais, évanoui, pour ne sortir du coma que le 6 ou 7 août, avec 35 de température. Je vis un camarade s’éteindre à mes côtés. Le 20 août, pendant qu’un quartier de la ville de Salonique était en flammes, je me trouvais à l’hôpital N° 85, attendant d’être un jour rapatrié ».
A peine sorti de sa convalescence, il est renvoyé en Bretagne pour aussitôt remonter sur le front, dans la Meurthe-et-Moselle. C’est là qu’il apprend la fin des combats le 11 novembre 1918. Il fera partie des troupes d’occupation en Allemagne. La classe 1915 devenue libérable, il pourra enfin rentrer à Riec.
Bedeau en 1926, prisonnier en 1940
En 1926, il prend la charge de bedeau et devient serviteur de l’église en plus de son métier. Mobilisé à nouveau en 1940, fait prisonnier, il est envoyé dans un camp en Poméranie d’où il sera libéré en 1941. Décédé en 1963, François Le Noach dit François Jésus aura été le sacristain de Riec-sur-Bélon pendant plus de 37 ans.
Avant 1914, le rôle dévolu aux femmes est plutôt au foyer. La guerre va bouleverser durablement leur place dans la société.
En Bretagne, et plus particulièrement à Riec-sur-Bélon, l’économie locale est basée sur la pêche, l’ostréiculture et l’agriculture. La mobilisation générale de tous les hommes de 20 à 45 ans tombe en pleine moisson et oblige les femmes à assumer les travaux des champs dès l’été 1914, tout en assurant leur rôle de mère et de soutien de leur mari au front.
Si dans les campagnes, la pénurie des denrées de première nécessité se fait moins sentir que dans les villes, nourrir sa famille et envoyer des colis au front est une préoccupation quotidienne. En Bretagne, le sucre et le sel manquent. Le prix du beurre atteint 7 francs (lettre de Reine Nahélou de Riec à ses enfants).
Le 7 août 1914, le président du Conseil René Viviani lance un appel aux femmes françaises qui s’impliquent rapidement dans l’effort de guerre. La main-d’œuvre féminine va jouer un rôle déterminant dans le maintien de l’économie du pays en temps de guerre.
Mais la contribution des femmes ne s’arrête pas là. Certaines deviennent marraines de guerre. Elles écrivent et envoient des colis aux soldats du front, devenant un soutien psychologique important.
A la suite du conflit, plus de 600 000 femmes deviennent veuves de guerre. A Riec-sur-Bélon le couple Audren-Bisquay voit disparaître 3 garçons sur 5. Cécile Gilles, épouse de Fortuné Bisquay, devient meunière à Moulin Edouard, lors du décès de son mari et prend la responsabilité de l’entreprise avec un garçon meunier et 2 domestiques. Certaines femmes s’engagent comme « bonnes » et doivent émigrer vers la capitale ou d’autres régions pour subvenir aux besoins du foyer car les prix des denrées et des loyers ont augmenté.
L’Armistice met fin à 4 années de conflits meurtriers. Les femmes ont fait la preuve, pendant toute la guerre, de leur courage et de leur capacité à participer activement à l’économie du pays. Elles doivent à nouveau s’adapter à la société qui se reconstruit.
1914-1918 Pourquoi se souvenir ?
100 ans nous séparent de la fin de la Première Guerre mondiale. Les acteurs directs ne sont plus là pour témoigner. Plus que jamais le devoir de mémoire est une nécessité pour les futures générations afin de ne pas oublier ces évènements tragiques, les millions de victimes et les bouleversements qu’ils ont engendrés.
Du deuil national…
Le 11 novembre 1918, l’annonce de l’Armistice est un soulagement immense pour les Français qui vivent dans le souvenir des millions de morts et sont traumatisés par la présence des blessés et des invalides ainsi que par le nombre de veuves et d’orphelins.
Naît alors le désir de fixer dans la pierre le souvenir de tous ceux qui sont Morts pour la France en donnant leur vie pour sauver le pays. C’est dans un grand élan de mémoire que vont être édifiés des milliers de cénotaphes portant les noms des soldats disparus. En 1920, l’État crée dans chaque département une commission chargée de veiller à la bonne exécution des monuments.
Dès le 4 février 1919, sous le mandat de Joseph Berthou, la commune de Riec-surBélon décide la construction d’un monument, confié à un marbrier de Quimperlé Jean Le Joncour. Le financement, plus de 10 000 francs, est assuré par le budget communal et une souscription publique (6354,75 francs). Le monument, inauguré par François Cadoret le 6 juin 1920, représente un bateau baptisé Dixmude en référence à la bataille où s’illustrèrent les fusiliers marins bretons.
Il est surmonté d’un bandeau portant deux vers de Victor Hugo rappelant que ces soldats sont morts pour la patrie.
…à la mémoire collective
Aujourd’hui encore, romans, bandes dessinées, archives, films, témoignent de l’intérêt porté à la Grande Guerre et de la place exceptionnelle qu’elle occupe dans la mémoire collective de notre pays.
Les mémoires familiales locales s’enracinent dans une Histoire plus globale, qui tout en honorant la mémoire de tous les combattants, interroge sur l’impérieux devoir de construire et préserver la Paix.
« Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » Maréchal Foch
Comité de rédaction: Sébastien Miossec (Maire de Riec-sur-Bélon), Edith Jean (adjointe à la culture), Vincent Pruvost (adjoint Environnement et Patrimoine), Annie Formosa (1ere adjointe affaires sociales et jeunesse), Loïc Cariou, Patrice Vennegueus, Jean-Yves Kersulec, Guy Danigo, Jo Le Goc, Didier Pensec, Didier Guyvarc'h.
Remerciements: Didier Guyvarc'h, Louis Brinquin, Melissa Le Bourhis et toutes les familles qui ont participé à cette exposition en prêtant documents et objets.
Copyright: Médiathèque espace mélanie, Mairie de Riec-sur-Bélon
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