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La botanique systématique: Notions de taxonomie végétale et Les origines de ‘កេសរកូល’ (kesorkol) par Mme. Dr. Sovanmoly HUL

Préambule

Je suis très honorée de vous présenter cet article original relatant une interview exclusive, où je réponds à des questions sur la botanique, et fournit des détails sur l'origine du mot cambodgien កេសរកូល (kesorkol = orchidée). Je rappelle ici quelques notions concernant les cours de systématique et de taxonomie végétale.

Le 12 juillet 2020, le ministère de l'Environnement du Cambodge a officiellement interdit le commerce des orchidées sauvages, dans une mesure qui contribue davantage aux efforts de conservation du Cambodge et à sa participation à l'accord CITES (depuis 1997). Cette nouvelle règle est une étape décisive dans la lutte administrative et internationale, pour la protection et l’étude des orchidées sauvages et souligne une valorisation positive de la flore du Cambodge par différents ministères. La loi fait référence aux orchidées en utilisant un mot cambodgien : កេសរកូល ; mais à ce jour, le mot le plus couramment utilisé au Cambodge est អរគីដេ, la transcription phonétique du mot français orchidée.

Mme. Dr. Sovanmoly HUL

Attachée honoraire du MNHN (Professeure associée retraitée)

Enseignant-chercheur honoraire au Muséum national d’histoire naturelle Département Origines & Évolution, Institut de Systématique, Evolution, Biodiversité, Herbier national, Paris (P)

Préface par Dr. Florian Jabbour, Professeur Associé, Muséum national d’histoire naturelle, Chargé de conservation des collections, Herbier de Paris (P):

L'herbier du Muséum national d'histoire naturelle est le plus grand au monde en nombre de spécimens (y compris les types nomenclaturaux), et les collections qui y sont conservées illustrent bien l'évolution de la biodiversité végétale à travers le temps et l'espace. De nombreux botanistes brillants ont travaillé à l'herbier de Paris, et Madame le Dr Sovanmoly Hul en fait partie. Elle a consacré sa carrière - et sa vie - à l'inventaire et à l'étude de la flore de l'Asie du Sud-Est. Par ses activités de recherche, de conservation, d'enseignement et de collecte, elle a démontré sa passion pour la botanique et son implication dans la gestion de l'Herbier de Paris. Elle a également saisi toutes les opportunités pour agir en faveur de la conservation de la biodiversité au Cambodge. Enfin, le travail de Mme Hul a toujours été motivé par la volonté de transmettre ses connaissances aux générations futures (en particulier aux étudiants cambodgiens).

Introduction

OrchidCambodia (OC) : D’où vient votre intérêt pour la Botanique du Cambodge ? Qui vous a donné l’envie de faire ce travail (Dy Phon, Vidal … ?)

Dr. Hul Sovanmoly (HS) : « Dès mon jeune âge, j'ai été passionnée par les plantes. Alors que j'avais 6-7 ans (en 1952-1953), je visitais la pépinière de Prasat Ta Kéo (un des Temples de la zone des ruines d'Angkor, à Siem Réap, au Cambodge, construit au début du XIe siècle, sous le Roi khmer Jayavarman V), tenue et supervisée par mon père, Monsieur Iem Rong, Chef des Eaux et Forêts, dépendant du ministère de l'Agriculture, à Phnom Penh. Il m'expliquait comment faire germer les graines des espèces vulnérables de la famille des Dipterocarpaceae. Par mon père, je connaissais le nom khmer de ces espèces (ដើមគគី Hopea odorata Roxb., ដើមត្រាច Dipterocarpus intricatus Dyer, ដើមពពេល Shorea roxburghii G. Don, ដើមត្បែង Dipterocarpus obtusifolia Teijsm,…).»

«Il me disait que ces espèces (endémiques) ne poussaient que dans la région de la Péninsule Indochinoise, que certaines de ces espèces sont de grands arbres, très robustes, qui produisaient de la résine, mais que ces arbres sont très vulnérables, souvent brûlés et dévastés par les feux de brousse pendant la période hors mousson, moment de grande chaleur et de sécheresse intense (généralement de janvier/février à mai/juin). Mes parents me disaient qu'on devrait absolument protéger ces forêts et, pour cela, produire de jeunes plants par germination (difficile et rigoureuse) des graines, puis replanter et reboiser.»

«J'avais grandi dans cette optique de faire des études de botanique. Mais après mon Baccalauréat (en 1966), mes parents et mes grands-parents m'avaient demandé de faire des études de Médecine. N'ayant pas vraiment le choix, je m'étais donc inscrite à la faculté de Médecine. J'étais bien malheureuse et je cherchais en silence la façon de contourner cette faculté de Médecine, et de plutôt satisfaire mon désir d'apprendre la botanique. Au bout d'une semaine, j'étais décidée à m'inscrire aussi à la faculté des Sciences, en SPCN (tronc commun avant de choisir la Botanique, la Physique, la Chimie, la Géologie ou les Mathématiques). Pendant un mois, à la faculté de Médecine, dans la classe de 1re année où mon nom était affiché, les étudiants répondaient "absente" aux professeurs qui faisaient l'appel en criant "Mlle Iem Sovanmoly". »

«Je continuais à suivre les cours de botanique à la faculté des Sciences, de l’Université royale de Phnom Penh (RUPP). J'abandonnais donc sans aucun regret les études de médecine. »

SH : « Je rends, ici, hommage à mes parents : Monsieur Iem Rong et Madame Ith Yin Thos ; à mes principaux professeurs de botanique : Madame Pauline Dy Phon, Messieurs Ho Tong Lip, Pierre Tixier, Raymond Schnell et Jules E. Vidal ; sans oublier Monsieur le Professeur Var Sim Samreth, Recteur de l’Université royale de Phnom Penh ; ainsi qu’à Madame Marie-Thérèse Cerceau-Larrival et Monsieur Michel Hideux qui m'ont enseigné la Palynologie. »

CONTEXTE

OC : "En quoi cela démontre-t-il qu’il est important de porter un intérêt pour la taxonomie ? Et dans ce sens, quel est votre message aux jeunes étudiants et aux nombreux orchidophiles du pays ?"

HS : « Depuis 1994, j'ai effectué plusieurs missions de recherche et d'enseignement en botanique, à la faculté des Sciences, de l'Université royale de Phnom Penh (RUPP), dans le cadre de la coopération scientifique entre le Muséum national d'histoire naturelle, Paris, et la faculté des Sciences de Phnom Penh, au Département de la Biologie végétale. J'enseignais la Systématique et la Taxonomie des plantes tropicales, donnant comme exemples des espèces végétales qui sont répertoriées au Cambodge. Je faisais beaucoup de missions de terrain, de prospections de botanique avec mes collègues enseignants de RUPP, accompagnés de quelques étudiants et toujours de Madame Séng Chandy, un membre de ma famille que j’ai retrouvée après l’époque des Khmers rouges ; Chandy nous servait de guide très précieux, car elle connaissait bien le nom de beaucoup de plantes dans des villages reculés et au fin fond de la forêt cambodgienne.

Au début, certains étudiants et enseignants d'autres disciplines se moquaient un peu de notre travail, en voyant que je faisais collecter les herbes qu'on "piétinaient" autour des bâtiments de la faculté (car on ne pouvait pas sortir loin de la ville de Phnom Penh, en 1994-1995), pour constituer des spécimens d'herbier. Mais petit à petit, avec patience et ténacité, j'arrivais à faire comprendre aux étudiants que les spécimens d'herbier sont indispensables pour prouver leur présence au Cambodge, ceci en rapport avec l'étude de la systématique et la taxonomie. »

Dr Sovanmoly Hul lors de collectes in-situ en 2009 - Plusieures missions de collection ont permis de faire de nouvelles decouvertes comme: Acampe hula Telepova (photo gauche ) et enrichir les collections de l'Herbarium (photo droite : un specimen de Acampe hulae Telepova)

« De 1994 à 2000, j'ai constitué un petit Herbier local d'environ 2 500 échantillons, en collaboration avec des collègues enseignants, principalement Madame Yok Lin (Responsable du Département de Biologie végétale et enseignante en Systématique) et Madame Lim Sidédine (Responsable des cours d’Anatomie florale) et les étudiants cambodgiens de la faculté des Sciences. »

SYSTEMATIQUE, TAXONOMIE ET ORIGINES DE KESORKOL

OC: "Vous étiez en grande partie à l’origine du nom Kesorkol qui est utilisé depuis plus de 10 ans et est maintenant inscrit dans la loi. Quelle est l’histoire de ce nom ? Pourriez-vous expliquer comment cela se compose – et pourquoi les orchidées portent-elles si bien ce nom ? "

SH : « En général, pour identifier les genres et espèces, les taxonomistes étudient la macromorphologie des fleurs : l'étude du calice (sépales), de la corolle (pétales), de l'organe reproducteur mâle, l’étamine, en langue khmère កេសរឈ្មោល (contenant les grains de pollen, pollinies : លំអងផ្កា lom âng pka) et de l'organe reproducteur femelle កេសរញី, (le pistil contenant les ovules បុបា្ផណ្ឌ bophan). Cette étude est complétée par celle des types d’inflorescence, puis celle des fruits et des organes végétatifs (feuilles, tiges et pseudobulbes). »

Famille des Orchidaceae :

SH : « Les Orchidaceae forment une très grande famille, la plus riche en termes de nombre d’espèces de toutes les Angiospermes monocotylédones : 28 000 espèces réparties dans plus de 800 genres. La famille des Orchidaceae est la seule famille de l’ordre des Orchidales. Cette famille est sans conteste l'une des plus belles et des plus foisonnantes réussites de l’évolution végétale récente. »

« Les orchidées sont des plantes herbacées vivaces, autotrophes ou mycotrophes (vivant en symbiose avec des champignons) ou encore très rarement saprophytes. Certaines sont lithophytes ou terrestres ou encore épiphytes. Les espèces terrestres poussent principalement dans les pays froids et tempérés. Les espèces épiphytes vivent surtout dans les forêts tropicales, rampant/grimpant sur les troncs d'arbres ou suspendues aux branches par leurs racines adventives aériennes. »

« Généralement, les orchidées nous fascinent par leurs fleurs plus ou moins resplendissantes, spectaculaires, souvent dotées d'une beauté incomparable, remarquables par leur irrégularité et leur forme parfois des plus bizarres. »

L’étymologie du mot khmer កេសរកូល Kesorkol:

SH : « À la demande des enseignants et étudiants, j'ai proposé le mot khmer le plus explicite pour nommer l'orchidée en cambodgien, le mot កេសរកូល (Kesorkol), dont l’étymologie est la suivante :

កេសរ (kesor), d’origine sanskrite et pālie = លំអងផ្កា pollen, pollinies

កូល (kol), dérivé de ត្រកូល (trâkol) qui signifie famille, tribu (Chuon Nath et al./Institut bouddhique, 1968 ; Pou Saveros, 1992, 2013).

Après discussion avec Monsieur Cedric Jancloes, Expert en multimedia et communication (fondateur du site), ce terme khmer ត្រកូល a été utilisé en ligne sur son site "orchidcambodia" (https ://www.orchidcambodia.com/orchid-types.html). »

« En rédigeant cet article (2020) j’ai découvert, dans plusieurs dictionnaires français-khmer, khmer-français et khmer-anglais, la traduction du mot français « orchidée » en khmer កេសរកូល (Kesorkol), sans aucune explication précise et correcte de la désinence កូល kol (Sam Thang, 1961 et 1966 ; Tep Yok et Thao Kun, 1964 et 1989 ; Ly Vouong, 1972 ; Robert K. Headley et al., 1977 ; Rondineau R., 2007 ; Michel Rethy Antelme & Hélène Suppya Bru-Nut, 2013).

De même, l’ouvrage intitulé « Guide franco-khmer, avec la transcription phonétique romanisée, des notions élémentaires de grammaire », publié en 1963 et 1979 (par J. F. Sonolet et Pa Pheng) ne donne aucune explication plausible de cette orthographe កូល.

Tout récemment, Monsieur Michel Rethy Antelme, Professeur des universités, de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO, Paris), m’a expliqué que កូល est très certainement la déformation du sanskrit et du pāli par allongement vocalique du mot ត្រកូល (trâkol), famille.

Autre information intéressante, la découverte du mot កេសរកូល (Kesorkol) à l’entrée de la collection vivante d’orchidées de Madame Pauline Dy Phon à Kirirom, Cambodge (en 1968) »

CONCLUSION

A screenshot from the movie: 'La joie de vivre' by the late King Sihanouk, revealing the entrance to Dr. Dy Phon's Orchid Greenhouse in 1968

SH : « On voit que, à travers plusieurs décades et de façon indépendante, la recherche d'une signification scientifique rejoint la linguistique.

Finalement, cette succession d’utilisation du mot កេសរកូល conforte définitivement le choix de ce terme khmer pour désigner la notion scientifique du mot orchidée(s).

Par ailleurs la transcription phonétique du mot orchidée en cambodgien អរគីដេ est un mot d'usage courant. »

REMERCIEMENTS

« J’exprime ici mes chaleureux remerciements à tous mes amis et collègues cambogiens de RUPP, en particulier Mesdames Yok Lin et Lim Sidedine, qui ont travaillé avec moi depuis 1994. Elles ont témoigné leur intérêt scientifique, ethnobotanique, social, littéraire et linguistique concernant la botanique classique et la taxonomie des plantes tropicales, et qui ont manifesté leur curiosité sur le choix du mot khmer កេសរកូល Kesorkol pour désigner le mot orchidée.

Depuis 2012, Madame Peou Youleang a été nommée Chargée de conservation de l’Herbier RUPP et a coordonné les missions de terrain, des prospections botaniques pour collecter les spécimens d’herbier. Je lui suis reconnaissante pour cette gestion infaillible.

Mes sincères remerciements vont à Monsieur Michel Rethy Antelme (INALCO), pour sa disponibilité dans l'échange intellectuel en khmérologie et pour m’avoir fourni une grande documentation littéraire et linguistique.

Je garde dans mon cœur la gentillesse, le dévouement familial et le partage de la connaissance des plantes du Cambodge de Madame Séng Chandy. Je lui dois ma grande gratitude.

Je suis particulièrement reconnaissante à Cedric Jancloes, qui est à l'origine de la publication de cet article, pour ses encouragements, à mes collègues botanistes-taxonomistes du MNHN-Paris, Anne-Elizabeth Wolf, Florian Jabbour et Germinal Rouhan, pour leurs précieux conseils et leurs relectures attentives, et enfin à Madame Marpha Telepova-Texier (spécialiste des Orchidées, MNHN-Paris et Russian Academy of Science-Saint Pétersbourg) pour ses précisions concernant la morphologie des orchidées. »

OC: “Alors, et maintenant ?”

HS: « Le moment est venu pour les chercheurs cambodgiens de continuer à s'appuyer sur cet héritage. Une collaboration scientifique concernant les expertises sur les orchidées du Cambodge est en cours. Un "Mémorandum d'accord entre le Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, France et le Ministère de l'Environnement du Gouvernement Royal du Cambodge sur la collaboration pour l'établissement et le fonctionnement de la conservation ex situ au Cambodge" a été signé le 10 février 2020, à Phnom Penh. Tout d'abord, notre collaboration consiste en des expertises scientifiques sur les orchidées cambodgiennes au "Sok An Phnom Kulen Center for Orchid Research and Conservation".

Ce programme comprend :

  • Etude et inventaire des espèces botaniques d'orchidées collectées et enregistrées du Cambodge, conservé au Centre Sok An Phnom Kulen.
  • Vérifier l'identification avec les noms scientifiques des orchidées.
  • Participer à la collecte sur le terrain d'orchidées.
  • Rédiger un guide de terrain des orchidées cambodgiennes.
  • Sessions de formation, cours et conférences.
  • Sensibiliser le public aux menaces de l'habitat et aux politiques de protection. »
OC: “ Merci pour votre interview et nous vous souhaitons beaucoup de succès pour vos projets en cours”

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • Antelme M. R. (2007). Inventaire provisoire des caractères et divers signes des écritures khmères prémodernes et modernes employés pour la notation du khmer, du siamois, des dialectes thaïs méridionaux, du sanscrit et du pâli. Projet "Corpus des inscriptions khmères" – CIK, Paris.
  • Antelme M. R. et Bru-Nut H.S. (2013). Dictionnaire français-khmer. Nouvelle édition revue et augmentée. L’Asiathèque, Maison des langues du monde, INALCO, Paris.
  • Chuon Nath et al. – Institut bouddhique. (1968). Dictionnaire cambodgien, 5e édition, Tomes I et II (1re édition en 1938). Édition de l’Institut Bouddhique, Phnom Penh.
  • Cronquist A. (1968, 1988). The Evolution and Classification of Flowering Plants. New York Botanical Garden, New York.
  • Cronquist A. & Takhtadzhi︠a︡n A. L. (1981). An Integrated System of Classification of Flowering Plants. Columbia University Press, New York.
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  • Hul S. & Yok Lin (2000). Orchid Genera of Thailand, Laos, Cambodia and Vietnam (by A. Schuiteman & E.F. de Vogel) Khmer translation, in Khmer-English edition. Nationaal Herbarium Nederland, Leiden.
  • Hul S. (2010). A Glossary of French, Khmer and English Botanical Terms. Sun Heang Printing Shop, Phnom Penh.
  • Jancloes C., Hul S., Telepova-Texier M., Yok Lin, Lim Sidedine, Ly Viboth & Peou Youleang (2010). Nouvelles récoltes au Cambodge, pour la famille des Orchidaceae (New collect for Orchidaceae family in Cambodia). Communication orale au 2ème symposium de la Flore du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Hanoï, 6-8 déc. 2010.
  • Léti M., Hul S., Fouché J.-G. Fouché, Chéng S.K. & David B. (2013). Flore photographique du Cambodge. Éditions Privat, Toulouse.
  • Ly Vouong. (1972). Dictionnaire moderne français-khmer. Librairie khmère Niyum, Phnom Penh.
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  • Pou S. (2013). Lexique Sanskrit-Khmer-Français (sanskrit utilisé au Cambodge). Translitération internationale. Éditions Angkor, Phnom Penh.
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  • Sam Thang. (1961). Lexique franco-khmer. Imprimerie Kim Ky, Phnom Penh.
  • Sonolet J. F. et Pa Pheng. (1963, 1979). Guide franco-khmer, avec transcription phonétique romanisée, des notions élémentaires de grammaire. Institut de l’Asie du Sud-est, Paris.
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  • Tep Yok & Thao Kun. (1989). Petit Dictionnaire français-khmer, 2e édition. Imprimerie Trin Phu, Ho Chi Minh Ville.
  • Telepova-Texier M. (2009). Acampe hulae Telepova (Orchidaceae), une nouvelle espèce du Cambodge et du Laos. ADANSONIA, sér. 3, 31 (2) : 267– 272. MNHN, Paris
  • Telepova-Texier M., Larpin D. & Kharchenko V. (2018). Flower arrangement in Southeast Asian orchids. Evolution trends and influence of environmental factors. Proceedings of the 18th European Orchid Council Conference and Exhibition – Scientific conference: What future for orchids ? Cahier de la Société française d’Orchidophilie n° 8. SFO, Paris.

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ANNEXE 1: NOTIONS DE SYSTEMATIQUE EN BOTANIQUE

La Systématique et la Taxonomie en Botanique

HS : « En botanique, la systématique est la science de classification des plantes : action de ranger par classes, par catégories des plantes présentant des critères en commun.

Dans le règne végétal, la taxonomie est la méthode utilisée par les scientifiques pour classifier toutes les plantes afin de mieux comprendre leurs liens en matière d’évolution. Elle comprend la description et l’identification des espèces. »

Nom scientifique des espèces végétales ou animales:

SH : « Le nom scientifique des espèces est un nom binominal en latin, reconnu internationalement. En effet, le nom latinisé des espèces végétales et animales avait été adopté depuis Carl von Linné, naturaliste suédois, qui a posé au XVIIIe siècle les bases du système moderne de la Nomenclature binominale.

Ainsi, au cours de mes conférences et séminaires ou stages de perfectionnement en taxonomie végétale, mon principal objectif était de motiver les jeunes étudiants à comprendre l'intérêt de l’étude taxonomique, pour pouvoir reconnaître les plantes, bien identifier les espèces, non seulement par leur nom vernaculaire khmer, mais aussi et surtout par leur nom scientifique, afin de pouvoir les classer dans le règne végétal. »

L’Étude micromorphologique

SH : « Chez les orchidées, la structure macromorphologique de l'appareil reproducteur est particulière, compliquée à observer et à étudier. Souvent l’étude macromorphologique nécessite l'apport de l’observation micro-morphologique (au microscope électronique à balayage par exemple) principalement des pollinies, mais aussi des stomates et des trichomes sur le labelle et l’anthère. »

Aerides odorata sous microscopie électronique par Marpha Telepova Texier, Paris

L’Herbier

SH : « L’étude en Systématique et Taxonomie des espèces végétales nécessite un support indispensable qui est l'Herbier = l’endroit où sont déposés des spécimens d’herbiers ; chaque spécimen est formé de plante récoltée/collectée (rameaux, feuilles, fleurs, fruits, …), séchée, collée sur un support en papier et étiquetée (au minimum avec la date de récolte et le nom du récolteur et le nom scientifique de l’espèce). »

L'ordre des Asparagales

SH : « La famille des Orchidaceae Juss. ("Orchideae", in Genera Plantarum, p. 64–65, en 1789) est l’une des quatre familles de l'ordre des Orchidales Raf. (A. Cronquist & A. L. Takhtadzhi︠a︡n, 1981). Mais depuis 1998, cette famille est incluse dans l’ordre des Asparagales Link par l’Angiosperm Phylogeny Group (APG), groupe de botanistes travaillant sur la phylogénétique des plantes à fleurs, en utilisant les techniques moléculaires et l'analyse cladistique (ce groupe a publié quatre classifications botaniques : APG I en 1998, APG II en 2003, APG III en 2009 et APG IV en 2016). »

Notions de famille, sous-famille, tribu, sous-tribu

SH : « Grâce aux études macro et micromorphologiques, puis à celle de l’ADN, cette grande famille des Orchidaceae est subdivisée en sous-familles, en tribus (à l’intérieure des sous-familles), puis encore en sous-tribus (à l’intérieur de certaines tribus), par groupement de genres et d’espèces affines. »

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Annexe 2: HERBIER CAMBODGIEN

SH : « L’Histoire des Herbiers du Cambodge débute dans les années1930 : en 1932 (alors que le Cambodge était encore sous Protectorat français), un petit herbier avait été constitué à Kampong Cham par l’Inspecteur français des Forêts, Marcel Béjaud, ainsi qu’un petit arboretum autour du Service forestier. Cet arboretum a progressivement disparu à la suite des constructions de bâtiments. En revanche, les récoltes de M. Béjaud sont, au moins en partie, au Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. Les déterminations ont été faites par les botanistes du Muséum. Plus tard, entre 1950 et 1953 un petit Herbier d’environ 1 500 espèces de plantes à fleurs des forêts cambodgiennes avait été constitué par Bernard Rollet, alors Inspecteur des Forêts d’Outre-Mer, avec la collaboration du Service forestier cambodgien. Cet Herbier a été déplacé, puis entreposé dans un hangar par les responsables de l’Inventaire forestier du Cambodge de l’USOM (Aide américaine) et laissé sans soin.

C’est vers 1955-1956 que cet Herbier a été placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture du Gouvernement cambodgien, devenant ainsi l’Herbier Forestier de Phnom Penh. Malheureusement, cet Herbier a brûlé pendant les événements de 1975-1979.

Depuis 1994, en tant que chercheur et rédacteur en chef de la "Flore du Cambodge, du Laos et du Viêtnam" (éditée au Muséum national d'histoire naturelle, Paris), j’ai entrepris de consolider l’enseignement de la botanique à l'aide de ce support qui est l’Herbier. De 1994 à 2000, j'ai constitué un petit Herbier local d'environ 2 500 échantillons, en collaboration avec des collègues enseignants de RUPP, principalement Madame Yok Lin (Responsable du Département de Biologie végétale et enseignante en Systématique) et Madame Lim Sidédine (Responsable des cours d’Anatomie florale) et les étudiants cambodgiens de la faculté des Sciences.

Avec l'accord du Recteur de l'Université royale de Phnom Penh, ces échantillons d'herbier ont été déposés dans la salle des travaux pratiques de Biologie végétale. Depuis lors, ce petit Herbier s'est agrandi et installé dans les conditions de conservation requise. Depuis 2008, cet Herbier cambodgien est reconnu internationalement par son acronyme "RUPP", accepté et listé dans l'Index Herbariorum, au New York Botanical Garden, NYBG (http://sweetgum.nybg.org/science/ih/herbarium-list/).

Aujourd'hui, Mme Peou Youleang est la principale conservatrice de cet Herbier cambodgien (RUPP). Depuis 2010, avec l’accord du Responsable scientifique de l’Herbier P, dans le cadre d’échange et de don des échantillons d’herbier entre l’Herbier P et les Herbiers étrangers, nous avons envoyé plusieurs spécimens doubles des ceux déposés à Paris et récoltés au Cambodge. De même, l’Herbier RUPP nous a donné les doubles de ses collections d’herbier pour pouvoir les étudier, les identifier et enrichir les collections de plantes répertoriées au Cambodge.

Par ailleurs, j'avais appris que l'Herbier forestier de Phnom Penh (créé officiellement en 1955-1956, cf. note ci-dessus), situé au Ministère de l'Agriculture, avait été complètement détruit pendant le régime des Khmers rouges (1975-1979). »

« Nous espérons donc que le nouvel Herbier cambodgien RUPP, actuellement localisé à la Faculté des Sciences de Phnom Penh, deviendra l’Herbier national du Cambodge.»

SH : « Il n'est pas question de comparer le petit herbier cambodgien RUPP, avec seulement environ 25 000 échantillons, à l'Herbier national français P d’environ. neuf millions (9 000 000) échantillons ; mais l'intérêt porté aux collections du Cambodge y est le même.

Je profite de ce document pour renouveler mes remerciements à mon collègue Germinal Rouhan, pour le soin qu'il prend de mes récoltes du Cambodge depuis plusieurs années. Spécialiste des Ptéridophytes (Fougères), rien ne l'oblige à prendre sur son temps pour informatiser les données de mes récoltes. Et pourtant il produit ainsi les étiquettes indispensables à leur intercalation dans l'Herbier national français (Herbier P) et à la mise en ligne des échantillons au bénéfice des botanistes du monde entier.

La consultation de cette base de données (Sonnerat database) est ouverte à tous : (https://science.mnhn.fr/institution/mnhn/collection/p/item/search). »