Loading

En immersion avec les sauveteurs des airs en mer L’hélicoptère Caïman de la Marine nationale basé à Maupertus, près de Cherbourg, est le bras armé de la préfecture maritime pour la recherche et le sauvetage en mer. À bord, un équipage entraîné.

Reportage

« C’est une mission routinière, l’eau et les conditions sont bonnes. Mais si ça se déclenche, on se tient prêt. » Le briefing du pilote, le lieutenant de vaisseau Aurélien, est rapide. À 12 h 50, l’hélicoptère doit avoir décollé. L’équipage part se mettre en tenue. Un vol d’entraînement est organisé avec le bateau de la société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Barneville-Carteret. « On réalise deux interventions en moyenne par semaine et deux à trois vols d’entraînement. »

Le Caîman est basé à Maupertus, près de Cherbourg-en-Cotentin. Photo : Antoine Soubigou

Le Caïman, l’hélicoptère le plus performant de la Marine, est attendu sur zone à 13 h. Au programme : plusieurs treuillages du plongeur puis de la civière à bord du bateau. « En intervention, on peut aller jusqu’à 170 nautiques au large pour 3 h de vol maximum. C’est un des seuls hélicoptères qui peut faire cela. On rayonne du Mont Saint-Michel au cap d’Antifer. »

Le Caïman, basé à Maupertus, près de Cherbourg, est spécialisé dans la recherche et le sauvetage en mer. C’est ce qui compose 90 % de ses interventions. Il doit décoller en une heure de jour et deux heures de nuit et monte à 145 nœuds en vitesse de croisière. « Comme on est sur place, c’est plutôt vingt minutes de jour et quarante minutes de nuit. » À son bord, un équipage de quatre hommes expérimentés : un pilote, secondé par un coordinateur tactique qui recueille les informations de vol et d’intervention, un chef cargo et treuilliste et un plongeur. Deux équipes de dix, avec les techniciens, se relaient tous les quinze jours. « On part toujours en équipage constitué et on prévient le Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) Jobourg. La priorité est l’intervention. »

C’est le maître à bord du Caïman. Le lieutenant de Vaisseau Aurélien, dans la Marine depuis 2002 et breveté pilote en 2005, possède une très grande expérience. Mais pour lui, piloter, c’est avant tout « un rêve de gosse ». « Papa faisait déjà ça avant moi. » Ce Breton, qui a aussi grandi à La Rochelle, a déjà travaillé sur l’Alouette, le super-frelon, l’EC 225 et le Dauphin, des hélicoptères bien connus de la Marine. Il a été nommé le 25 juin à Cherbourg. « Je suis arrivé sur le Caïman il y a un an avec un stage de formation dans le sud. Il a fallu transformer ce qu’on avait appris sur les autres appareils car il y a pas mal de petites choses qui changent. Ici, c’est ma première qualification opérationnelle sur cet appareil. »

Après un tour de l’appareil pour les derniers contrôles, tout est prêt. L’appareil décolle. Le pilote se met en relation avec le Cross pour préciser le programme du jour. La concentration est montée d’un cran. Ça grésille dans le casque. En anglais ou en français, des plaisanciers échangent sur leur position avec le Cross. Rien qui ne nécessitera l’intervention de l’hélicoptère. Dix minutes plus tard, Carteret se dessine droit devant. Le lieu de l’entraînement n’est plus très loin. Mais les mines se crispent. « Il y a un mec en panne qui appelle la SNSM. Je temporise deux minutes […]. Il y a un truc qui vient de couler là… »« Non, c’est une bouée », répond le capitaine de corvette Dominique, assistant de vol. « Tu as eu un contact avec la SNSM Dom ? »« Non. »

Un semi-rigide de 6m de long a dû être secouru après une panne de moteur. Photo : Antoine Soubigou

L’exercice programmé semble compromis. Juste sur le lieu prévu, un semi-rigide de six mètres avec un adulte et trois enfants à bord a une panne moteur. La communication passe mal avec le Cross. L’hélicoptère sert de relais. « On avait prévu tous les cas de figure mais pas celui où c’est la SNSM qui serait appelée. On a essayé de reprogrammer l’entraînement plus tard mais avec la marée, ce n’était pas possible. » L’équipage décide tout de même de réaliser un treuillage.

La maître Frédéric est le plongeur à bord du Caïman. Il se qualifie comme le « couteau suisse ». Technicien d’aéronautique, plongeur hélico et chef cargo, c’est lui qui est treuillé à bord des bateaux à secourir. « Il faut avoir une certaine dose d’inconscience et du sang froid. » L’entraînement physique doit aussi être rigoureux « car le physique est mis à rude épreuve » et la pratique de l’anglais est indispensable. À Cherbourg depuis 2016, il a déjà opéré pendant cinq ans sur super-frelon et pendant six ans sur les hélicoptères Lynx. « Aucune mission ne se ressemble. Il faut toujours se réadapter. Il n’y a pas de routine. »

Le maître principal Guy, à l’aide de son joystick, descend le plongeur… jusqu’à deux mètres au-dessus de l’eau. « Maître principal, je vous trouve taquin aujourd’hui », sourit Maître Frédéric, le plongeur, une fois remonté. « Je ne t’ai pas mis à l’eau car tu avais ton nouveau beau casque, sinon, t’y avais le droit ! En plus, l’eau est à 20 °C. » Une ambiance détendue qui marque le retour vers la base à Maupertus. Les techniciens se précipitent sur la piste. Un rinçage est nécessaire pour enlever toutes les traces laissées par le milieu salin sur ce mastodonte de 25 m de long et 20 m de large. Il peut peser jusqu’à 11 tonnes et transporter 14 personnes « mais ne consomme que 600 kg par heure de vol. Pas énorme vu la taille ».

Ce dernier entraînement marque pour certains membre de l'équipage l'une des dernières sorties avant une pause bien méritée. Trois semaines loin des réveils en sursaut pour partir en intervention et loin de l’hélicoptère tout simplement. "Ici, on vit en vase clos, comme une famille, et chacun a ses tâches quotidiennes : courses, cuisine…", explique le capitaine de corvette Dominique, l’assistant de vol. Car cet appareil aussi impressionnant qu’efficace mobilise les équipes 365 jours par an. L’entente se doit donc d’être excellente. Et elle l’est. Il ne faut pas longtemps pour s’en apercevoir tant ces camarades des airs se plaisent à se chambrer et à rigoler ensemble. "C’est pour cela que l’équipe reste très stable, il y a peu de mouvement sauf si on voit que ça ne fonctionne pas où qu’il peut y avoir des tensions."

Le capitaine de corvette Dominique est le second du pilote, autrement dit « le coordinateur tactique ». Il est à la fois assistant de vol pour tout ce qui concerne la radio, le traitement des pannes, la durée de vol et gère la mission. Mais il n’est pas pilote de formation. Un rôle clé dans l’équipage qui nécessite aussi de l’expérience. Et il en a. Dans la Marine depuis 24 ans, le capitaine de corvette Dominique est « arrivé en 2008 sur le programme Caïman ». « Ce que j’aime, c’est qu’on ne sait jamais où on va aller et sur quoi on va tomber. C’est une mission d’utilité publique. 90 % de notre mission est du secours à la personne. On peut aussi nous demander de chasser un sous-marin. »

Essentiel car leur mission de recherche et de sauvetage en mer est loin d’être anodine. À toute heure du jour et de la nuit, en cas d’intervention, l’hélicoptère doit pouvoir être prêt à décoller rapidement. « Un treuillage de nuit, c’est très spécifique. Tous les pilotes ne sont pas entraînés pour cela. ». Le reste du temps, quand il n'y a pas d'intervention à mener, le travail d’entretien sur l’hélicoptère, l’administratif ou la réception de commandes comme le kerosène représentent une grande part du travail. « L’appareil est disponible 92 % des jours de l’année. On ne peut pas se permettre d’être indisponible plus de trois jours consécutifs. » Un hélicoptère, plus lointain, prend alors temporairement le relais.

L'équipage et les techniciens sont en alerte 24/24 h. Photos Antoine Soubigou

Cette année, l’intervention auprès du Britannica Hav, le cargo retourné au large de Cherbourg et ramené vers Le Havre, a été une grosse opération en termes de logistique.

Une intervention, début janvier, pour secourir un voilier de nuit et en pleine tempête a aussi été délicate.

L’hélicoptère NH 90, appelé Caïman, est arrivé à l’été 2016 à Maupertus. « C’est ce qui se fait de mieux actuellement », note le lieutenant de vaisseau Aurélien, le pilote. Avec son autonomie maximale de 3 h, il peut aller jusqu’à 170 nautiques au large et rayonne de la baie du Mont-Saint-Michel au cap d’Antifer. « Le petit inconvénient, c’est que tous les hôpitaux ne peuvent pas le recevoir. À Caen, on se pose à l’aéroport et à Cherbourg, c’est au port de commerce. » Qu’importe, avec cet hélicoptère, c’est toujours de nombreuses minutes, voire heures, de gagnées. Et parfois des vies.

« Il a un profil très particulier. C’est une légende de l’aéronef », sourient ses équipiers de vol. Personnel navigant depuis 1997, dans le sauvetage depuis 2001, le maître principal Guy a volé « sur tous les types d’hélico, de l’Alouette II au NH 90 ». Soit 4 100 heures de vol. Après 26 ans dans la Marine, il est chef cargo opérationnel et treuilliste à bord du Caïman. Il assure la liaison avec le pilote depuis l’arrière de l’appareil, est en charge de la sécurité à bord et notamment lors de la descente du plongeur. « Quand on nous a proposé de venir sur Caïman, il a fallu se remettre en question pour toute la manipulation. Je suis à Maupertus pour huit mois avant de repartir faire de l’instruction à la flottille 33F. Mais je suis censé revenir en 2019 ! »

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.