Reportage
« C’est une mission routinière, l’eau et les conditions sont bonnes. Mais si ça se déclenche, on se tient prêt. » Le briefing du pilote, le lieutenant de vaisseau Aurélien, est rapide. À 12 h 50, l’hélicoptère doit avoir décollé. L’équipage part se mettre en tenue. Un vol d’entraînement est organisé avec le bateau de la société nationale de sauvetage en mer (SNSM) de Barneville-Carteret. « On réalise deux interventions en moyenne par semaine et deux à trois vols d’entraînement. »
Le Caïman, l’hélicoptère le plus performant de la Marine, est attendu sur zone à 13 h. Au programme : plusieurs treuillages du plongeur puis de la civière à bord du bateau. « En intervention, on peut aller jusqu’à 170 nautiques au large pour 3 h de vol maximum. C’est un des seuls hélicoptères qui peut faire cela. On rayonne du Mont Saint-Michel au cap d’Antifer. »
Le Caïman, basé à Maupertus, près de Cherbourg, est spécialisé dans la recherche et le sauvetage en mer. C’est ce qui compose 90 % de ses interventions. Il doit décoller en une heure de jour et deux heures de nuit et monte à 145 nœuds en vitesse de croisière. « Comme on est sur place, c’est plutôt vingt minutes de jour et quarante minutes de nuit. » À son bord, un équipage de quatre hommes expérimentés : un pilote, secondé par un coordinateur tactique qui recueille les informations de vol et d’intervention, un chef cargo et treuilliste et un plongeur. Deux équipes de dix, avec les techniciens, se relaient tous les quinze jours. « On part toujours en équipage constitué et on prévient le Cross (centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage) Jobourg. La priorité est l’intervention. »
Après un tour de l’appareil pour les derniers contrôles, tout est prêt. L’appareil décolle. Le pilote se met en relation avec le Cross pour préciser le programme du jour. La concentration est montée d’un cran. Ça grésille dans le casque. En anglais ou en français, des plaisanciers échangent sur leur position avec le Cross. Rien qui ne nécessitera l’intervention de l’hélicoptère. Dix minutes plus tard, Carteret se dessine droit devant. Le lieu de l’entraînement n’est plus très loin. Mais les mines se crispent. « Il y a un mec en panne qui appelle la SNSM. Je temporise deux minutes […]. Il y a un truc qui vient de couler là… ». « Non, c’est une bouée », répond le capitaine de corvette Dominique, assistant de vol. « Tu as eu un contact avec la SNSM Dom ? ». « Non. »
L’exercice programmé semble compromis. Juste sur le lieu prévu, un semi-rigide de six mètres avec un adulte et trois enfants à bord a une panne moteur. La communication passe mal avec le Cross. L’hélicoptère sert de relais. « On avait prévu tous les cas de figure mais pas celui où c’est la SNSM qui serait appelée. On a essayé de reprogrammer l’entraînement plus tard mais avec la marée, ce n’était pas possible. » L’équipage décide tout de même de réaliser un treuillage.
Le maître principal Guy, à l’aide de son joystick, descend le plongeur… jusqu’à deux mètres au-dessus de l’eau. « Maître principal, je vous trouve taquin aujourd’hui », sourit Maître Frédéric, le plongeur, une fois remonté. « Je ne t’ai pas mis à l’eau car tu avais ton nouveau beau casque, sinon, t’y avais le droit ! En plus, l’eau est à 20 °C. » Une ambiance détendue qui marque le retour vers la base à Maupertus. Les techniciens se précipitent sur la piste. Un rinçage est nécessaire pour enlever toutes les traces laissées par le milieu salin sur ce mastodonte de 25 m de long et 20 m de large. Il peut peser jusqu’à 11 tonnes et transporter 14 personnes « mais ne consomme que 600 kg par heure de vol. Pas énorme vu la taille ».
Ce dernier entraînement marque pour certains membre de l'équipage l'une des dernières sorties avant une pause bien méritée. Trois semaines loin des réveils en sursaut pour partir en intervention et loin de l’hélicoptère tout simplement. "Ici, on vit en vase clos, comme une famille, et chacun a ses tâches quotidiennes : courses, cuisine…", explique le capitaine de corvette Dominique, l’assistant de vol. Car cet appareil aussi impressionnant qu’efficace mobilise les équipes 365 jours par an. L’entente se doit donc d’être excellente. Et elle l’est. Il ne faut pas longtemps pour s’en apercevoir tant ces camarades des airs se plaisent à se chambrer et à rigoler ensemble. "C’est pour cela que l’équipe reste très stable, il y a peu de mouvement sauf si on voit que ça ne fonctionne pas où qu’il peut y avoir des tensions."
Essentiel car leur mission de recherche et de sauvetage en mer est loin d’être anodine. À toute heure du jour et de la nuit, en cas d’intervention, l’hélicoptère doit pouvoir être prêt à décoller rapidement. « Un treuillage de nuit, c’est très spécifique. Tous les pilotes ne sont pas entraînés pour cela. ». Le reste du temps, quand il n'y a pas d'intervention à mener, le travail d’entretien sur l’hélicoptère, l’administratif ou la réception de commandes comme le kerosène représentent une grande part du travail. « L’appareil est disponible 92 % des jours de l’année. On ne peut pas se permettre d’être indisponible plus de trois jours consécutifs. » Un hélicoptère, plus lointain, prend alors temporairement le relais.
Cette année, l’intervention auprès du Britannica Hav, le cargo retourné au large de Cherbourg et ramené vers Le Havre, a été une grosse opération en termes de logistique.
Une intervention, début janvier, pour secourir un voilier de nuit et en pleine tempête a aussi été délicate.
L’hélicoptère NH 90, appelé Caïman, est arrivé à l’été 2016 à Maupertus. « C’est ce qui se fait de mieux actuellement », note le lieutenant de vaisseau Aurélien, le pilote. Avec son autonomie maximale de 3 h, il peut aller jusqu’à 170 nautiques au large et rayonne de la baie du Mont-Saint-Michel au cap d’Antifer. « Le petit inconvénient, c’est que tous les hôpitaux ne peuvent pas le recevoir. À Caen, on se pose à l’aéroport et à Cherbourg, c’est au port de commerce. » Qu’importe, avec cet hélicoptère, c’est toujours de nombreuses minutes, voire heures, de gagnées. Et parfois des vies.