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La guerre de 1870 en questions

Quelles sont les causes de la guerre entre la France et l’Allemagne ? Qui est Bismarck ? Quelles sont les principales batailles ? Pourquoi Napoléon capitule à Sedan ? Comment expliquer une pareille déroute ? Combien de morts ? Comment est née la IIIe république ? Quelles sont les conséquences de la défaite ? Nous répondons à toutes les interrogations que vous vous posez sur ce conflit trop longtemps oublié mais pourtant essentiel à notre Histoire. 1914 n’est pas loin…

L’Allemagne avant 1870 : le rêve de Bismarck

Premier ministre de Guillaume 1er depuis 1862, le chancelier rêve d’unifier, sous l’égide de la Prusse, l’Allemagne qui n’est alors qu’une mosaïque d’États.

Guillaume 1er
Qui est Otto von Bismarck à l’origine de la guerre de 1870 ?

Bismarck naît en 1815, à Schönhausen, près de Magdebourg (Saxe), dans une famille de junkers, la classe des petits nobles prussiens, conservateurs, militaristes et dévoués à leur souverain. Conservateur sans état d’âme, il est élu en 1847 au parlement prussien où il se fait rapidement remarquer par la fermeté de ses convictions et son talent oratoire. Il n’a désormais qu’une passion, la Prusse, et agira constamment en vue d’étendre son emprise sur l’Allemagne. Il connaît la France pour y avoir été ambassadeur quelques mois en 1862. On lui avait alors prédit une piètre carrière parce qu’il dansait mal. Le « chancelier de fer », connaîtra la gloire suprême le 18 janvier 1871 lorsqu’il fera proclamer l’Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles.

A quoi ressemble l’Allemagne avant 1870 ?

Après la chute de Napoléon 1er, le congrès de Vienne a instauré un nouvel ordre européen. L’Allemagne comprend alors d’une part la Confédération germanique présidée par l’empereur d’Autriche (soit 39 États) et, d’autre part, le royaume de Prusse.

Quel est le plan du chancelier Bismarck ?

Le 23 septembre 1862, le roi Guillaume 1er qui a succédé à son frère quelques mois plus tôt, offre à Bismarck le poste de ministre-président. Celui-ci déclare alors : « Les grandes questions de notre temps ne se décideront pas par des discours et des votes à la majorité, mais par le fer et le sang. » Désormais, son action sera tout entière consacrée à la fondation d’un empire (Reich) allemand dirigé par la Prusse. Pour y parvenir, il encourage l’industrialisation de la Ruhr en s’appuyant sur des entrepreneurs comme Alfred Krupp (fabricant de matériel pour les chemins de fer et de canons). Parallèlement, il pousse habilement l’Autriche à la guerre pour l’exclure de la Confédération germanique. Vienne lui laisse les mains libres après avoir été défaite à Sadowa en 1866. L’année suivante est instituée la Confédération d’Allemagne du Nord qui rassemble les États allemands septentrionaux sous l’autorité d’un gouvernement fédéral dominé par la Prusse. Dans le même temps, Bismarck signe des traités secrets avec les États du Sud (Bavière, Wurtemberg, Bade, Hesse-Darmstadt), jusque-là méfiants vis-à-vis de l’hégémonie prussienne. En cas de nouveau conflit, ces États, obligés de respecter leur engagement, devraient alors se ranger sous la bannière du roi de Prusse.

Les origines de la guerre de 1870

Pour parachever l’unification de l’Allemagne, Bismarck a besoin d’une guerre. Dans cette optique, la France paraît un adversaire tout désigné. Il ne lui manque qu’un prétexte pour défier Paris et la cour impériale. Le chancelier va vite le trouver…

Pourquoi Bismarck veut une guerre contre la France ?

Pour convaincre les derniers États allemands réticents, ceux du sud, de la pertinence de l’unité, Bismarck va créer une nouvelle situation de guerre. Le contexte lui est favorable. En effet, depuis la fin des années 1860, un fort courant francophobe touche les Allemands. En 1867, le comte von Moltke appelle à un conflit préventif pour « exterminer l’ennemi héréditaire ». Napoléon III (ci-contre) va lui donner un premier vrai prétexte d’exacerber ce sentiment. L’Empereur français demande, en effet, une récompense pour son attitude neutre dans le conflit opposant la Prusse à l’Autriche. En l’occurrence l’annexion des villes allemandes de Landau, Sarrelouis et le Luxembourg. Ces demandes vont provoquer un tollé outre-Rhin. Napoléon III doit renoncer.

Comment Bismarck s’y prend-il pour provoquer la France ?

À l’origine directe de la guerre se trouve le délicat problème de la succession au trône d’Espagne survenu en 1868, quand la reine d'Espagne, Isabelle II, abdique. Le chancelier prussien von Bismarck propose aussitôt un Hohenzollern, la famille régnante en Prusse. Il sait que la France, prise en tenaille, refusera. C’est ce qui arrive. La nouvelle, rendue officielle le 2 juillet 1870, suscite, effectivement, à Paris une levée de boucliers. Faut-il déclarer la guerre ? Napoléon III estime l’armée française insuffisamment préparée. Il a en outre conscience de n’être soutenu que du bout des lèvres par ses deux alliés, l’Autrichien François-Joseph et l’Italien Victor-Emmanuel II, peu enclins à se lancer dans une pareille aventure militaire.

Le prince de Hohenzollern-Sigmaringen

Guillaume 1er, malgré l’insistance de Bismarck, semble décidé, lui aussi, à éviter un conflit. Il pousse son cousin, le prince de Hohenzollern-Sigmaringen, à retirer sa candidature. Pour la France, il s’agit d’une victoire diplomatique incontestable. Pourtant, le ministre des Affaires étrangères de Napoléon III, le duc de Gramont, souhaite que Guillaume 1er entérine en personne cette décision. Le comte Benedetti (ci-contre, à gauche), ambassadeur de France en Prusse, est chargé de le lui faire savoir. Il rencontre le roi de Prusse à Bad Ems, une cité thermale de Rhénanie. L’entretien est « courtois ». Le souverain prussien confirme le retrait de la candidature du prince. Mais dans un second temps, Gramont veut que Guillaume 1er s’engage à ne soutenir, à l’avenir, aucun autre prétendant allemand au trône d’Espagne. Cette exigence s’apparente à un ultimatum. Etait-ce bien utile ? Car cette fois, le roi de Prusse refuse de recevoir Benedetti. Il lui fait dire, par l’un de ses aides de camp, qu’il « n’a plus rien à [lui] dire d’autre ». Pour le roi de Prusse, l’incident est clos.

Pour quelle raison cette dépêche d’Ems est-elle devenue célèbre ?

Bismarck croit la partie perdue. C’est alors qu’il a l’idée de rédiger, à sa manière, un résumé du télégramme que lui a envoyé Guillaume. Tout y est, mais en des termes proprement humiliants pour la France comme pour l’opinion publique allemande. « Ce texte fera sur le taureau gaulois l’effet d’un chiffon rouge », avait prédit Bismarck. Il avait vu juste. Les Parisiens descendent dans la rue aux cris de « À Berlin ! À Berlin !», alors que la province, qui représente près de 80 % de la population, reste chez elle. Le 19 juillet 1870, Napoléon III, estimant néanmoins que « c’est la nation entière qui, dans son irrésistible élan, a dicté nos résolutions », déclare la guerre à la Prusse. Outre-Rhin, le tollé est également à son comble. « Comment ose-t-on traiter notre roi ! » Bismarck a su parfaitement jouer d’un côté sur les réflexes antinapoléoniens et les souvenirs de 1806 des Allemands, de l’autre sur le nationalisme exacerbé français. Les dés sont jetés.

Lecture de la dépêche de guerre française à la gare de Potsdam-Berlin

Les cinq raisons qui expliquent la défaite de la France

L’armée prussienne est plus nombreuse, plus entraînée et mieux équipée que celle française. Mais cela ne suffit pas à expliquer l’humiliante défaite de 1870-1871.

1-La France n’a pas d’Alliés

La France se retrouve seule face à l’Allemagne. Contrairement à ses espoirs, Napoléon III ne trouve aucun allié en Europe. L'Autriche ne lui pardonne pas sa « neutralité bienveillante » pour la Prusse dans le conflit austro-prussien de 1866 où elle a été vaincue. L'Italie est mécontente que des troupes françaises, stationnées à Rome, protègent les possessions du Pape et empêchent de ce fait la réalisation totale de l'unité italienne. Le Royaume-Uni, est scandalisé que Napoléon III souhaite annexer la Belgique ce que Bismarck a révélé à toute l'Europe.

En revanche, la Prusse a, comme prévu, obtenu le ralliement des quatre États allemands du Sud. « De franco-prussienne qu’elle était, la guerre devient franco-allemande, écrit François Roth. Ce n’est plus une guerre entre deux États, c’est une guerre entre deux nations » (La guerre de 70, Fayard, 1990).

Campement allemand aux alentours de Metz
2-L’armée française n’est pas préparée à faire la guerre

« Nous sommes prêts et archiprêts. La guerre dut-elle durer deux ans, il ne manquerait pas un bouton de guêtre à nos soldats ». Cette formule du maréchal Le Bœuf, ministre de la Guerre, reflète bien l’état d’esprit de nombre d’hommes politiques, de la presse et d’une opinion publique belliqueuse. L’armée française, fière de ses victoires en Algérie, Crimée et Italie, passe, au milieu du siècle, pour la meilleure d’Europe. En 1870, la réalité est bien différente. Il est clair qu’elle ne fait pas le poids face à l’armée prussienne. Sa faiblesse majeure est son impréparation.

Général interrogeant un garde mobile soutenant un officier blessé, décembre 1870 de Alphonse de Neuville - 1879

Le 28 juillet 1870, lorsque l’empereur arrive à la préfecture de Metz, il mesure vite l’état d’impréparation de l’armée. «Tout n’est que désordre, incohérence, retards, disputes et confusion», note-t-il.

Le système de recrutement est déficient (la loi Niel de 1868 a avorté) et les difficultés logistiques liées à la mobilisation ne permettront d’aligner que 255.000 soldats de métier (les Allemands alignent 800.000 hommes bien entraînés et équipés). Par la suite, l’arrivée tardive des anciens soldats, réservistes de l’active, et des premiers renforts ne feront que combler les pertes des premiers combats.

Son impréparation et son déficit de soldats ne sont pas les seuls défauts de l’armée française. Il y aussi la qualité de son matériel.

3-L’armement allemand est supérieur

Si ses troupes françaises peuvent compter sur la supériorité du fusil Chassepot et de la mitrailleuse de Reffye, en revanche le reste du matériel - les pistolets à un coup, les 1.000 vieux canons se chargeant par la gueule – est dépassé et l’intendance mal préparée. La Prusse, elle, possède 2.000 canons Krupp modernes qui se chargent par la culasse, avec une portée et une cadence de tir supérieures.

4-Napoléon III diminué par la maladie

Napoléon III décide, le 19 juillet 1870, de prendre en personne la tête de l’armée comme il l’a fait en 1859 durant la campagne d’Italie. Il confie la régence à l’impératrice Eugénie. C’est un homme âgé de 62 ans, diminué par la maladie. Le souverain est lucide. «Je suis bien vieux pour une pareille campagne et je ne suis pas valide du tout», confie-t-il au maréchal Randon. En outre, il n’est pas un fin stratège. Il estime pourtant que sa présence au front et celle du prince impérial sont indispensables alors que vont se jouer sur le Rhin l’avenir de la France et celui de la dynastie.

5-L’encadrement de l’armée française est médiocre

Napoléon III, en prenant le commandement de l’armée du Rhin, n’a pas nommé de chef d’état-major mais un major-général, le maréchal Le Bœuf, son ministre de la Guerre, aux attributions mal définies. Il confie aux maréchaux Mac Mahon, Bazaine et Canrobert, et aux généraux Frossard, Failly, Ladmirault et Douay, le commandement des sept corps d’armée français tandis que le général Bourbaki est placé à la tête de la garde impériale.

Tous sont des officiers qui se sont illustrés lors des campagnes de l’Empire en Algérie, en Crimée, en Italie, au Mexique ou en Asie. Mais ces opérations, qui ne menaçaient pas l’intégrité de la France, étaient sans commune mesure avec une guerre frontale contre la Prusse. Plusieurs de ces officiers généraux montreront ainsi leurs limites. À de rares exception, vieillis et jaloux les uns des autres, ils ne feront que réagir d’une manière désordonnée et inadaptée aux attaques ennemies, sans jamais prendre l’initiative, malgré l’héroïsme de certaines de leurs troupes. Cerise sur le gâteau prussien, les cartes manquent et souvent on ignore les positions exactes des Allemands.

En face, les principaux chefs d’armée allemands, Steinmetz, Mantenffel, Blumenthal et le prince royal Frédéric-Charles (ils sont placés sous le commandement du chef d’état-major Moltke), ont reçu une formation rigoureuse à l’Académie militaire de Prusse. Autre avantage : ils ont pour eux l’expérience de la récente guerre contre l’Autriche (Sadowa) qu’ils ont gagnée quatre ans plus tôt.

Bataille de Sadowa de Georg Bleibtreu - 1869

Six mois de guerre en six questions

Six mois, il faudra à peine six mois pour que les Allemands, grâce à leur armée extrêmement moderne et bien entraînée, balayent les Français.

Où ont lieu les premières batailles ?

La guerre commence en Lorraine et en Alsace. Wissembourg sera le théâtre de la première vraie bataille française (4 août). Les Français combattront comme des lions, mais en raison de nombreuses erreurs du commandement, la résistance sera vaine.

« À eux la première manche, à nous la deuxième ». Loin de se remettre en question, inconscient des lacunes et des problèmes de logistique de son armée, Mac Mahon rassemble, ensuite, ses troupes autour de Frœschwiller-Wœrth. Il veut à la fois surveiller la route de Strasbourg et se ménager une éventuelle retraite par les cols vosgiens. Il estime qu’il faudra au moins deux jours aux Allemands pour se déplacer et s’organiser. Le hasard en décidera autrement. Le 6 août, à l’aube, la bataille est déclenchée à la suite d’une escarmouche opposant une unité de reconnaissance du Ve corps prussien et des soldats français étant allés chercher de l’eau dans la rivière la Sauer. Le sacrifice des cuirassiers, qui seront décimés, n’inversera pas le cours de la bataille mais il permettra la retraite des troupes françaises. Le même jour, les Prussiens battent encore les Français lors de la bataille de Forbach-Spicheren.

Pourquoi dit-on : « Ça tombe comme à Gravelotte »
Comment Napoléon III s’est retrouvé piégé à Sedan ?

Mac Mahon est envoyé secourir Bazaine. Renseigné par la presse (!), le chef d’état-major prussien envoie sa IIIe armée à marche forcée au-devant des troupes françaises. Pour l’éviter, l’armée de secours remonte plus au nord, vers le département des Ardennes, avec l’idée ensuite de redescendre vers Metz, par Montmédy. C’était sous-estimer l'importance des forces allemandes, leur rapidité et leur tactique d'ensemble. Après la bataille perdue de Beaumont ((30 août), Mac Mahon décide de se réfugier à Sedan pour s’y ravitailler et réorganiser ses troupes. L’étau prussien se referme sur les Français. « Nous ne sortirons jamais d’ici », déclare Napoléon à ses proches. L’empereur, qui avait refusé de quitté ses soldats, avait décidé de suivre le maréchal. Les armées ennemies, qui ont opéré leur jonction, engagent la bataille (1er septembre). La ville est pilonnée. Mac Mahon est grièvement blessé par un éclat d’obus. Napoléon III passe la journée au milieu de ses hommes, s’exposant volontairement aux points les plus chauds du combat. Malgré la résistance héroïque de certains, symbolisée par l’épisode de la maison de la dernière cartouche à Bazeilles, la défaite est vite consommée. Une « effroyable catastrophe dont la France a failli mourir », écrira Emile Zola. Le bilan, pour l’armée française, est lourd : 3.000 tués, 14.000 blessés et quelque 100.000 prisonniers qui se retrouvent parqués, sur la presqu’île d’Iges, située dans une boucle de la Meuse. Le lendemain Napoléon III, dépose les armes. Il sera fait prisonnier.

Que se passe-t-il après la chute de l’Empire ?

Le dimanche 4 septembre, les députés français proclament la République. Tous les espoirs du gouvernement de Défense nationale reposent désormais sur l’Armée de la Loire. Cependant, les illusions nées de la victoire de Coulmiers se dissiperont vite. Et ses tentatives de marche vers Paris, n’aboutiront qu’à des échecs. Pire, la capitulation surprise de Bazaine (ci-dessous), à Metz (28 octobre), libère des troupes allemandes qui s’ajoutent aux forces ayant vaincu à Sedan.

De leur côté, affamés par un siège impitoyable de cinq mois, durant l'hiver 1870-1871, les Parisiens tentent dans un effort désespéré une « sortie torrentielle » à Buzenval, le 20 janvier 1871.

Quelle est l’importance de la bataille de la Lizaine en Franche-Comté ?

Une nouvelle armée est constituée que l’on confie au général Bourbaki pour secourir Belfort où le colonel Denfert-Rochereau résiste toujours à l’ennemi. Cependant, si les Français font, une fois de plus merveille à Villersexel, malgré le froid et la neige qui tombe à gros flocons, ce n’est qu’une victoire sans lendemain (9 janvier). Le coup de grâce est donné sur les bords de la Lizaine, six jours plus tard. Le général Bourbaki ordonne la retraite, scellant les espoirs de délivrance de Belfort. Son commandant, le colonel Denfert-Rochereau, à bout de forces, finira par capituler (février 1871). Quant à l’armée française, affamée, épuisée et décimée par le froid, elle n’est plus que l’ombre d'elle-même. Acculée, elle n’aura d’autre choix que de se réfugier en Suisse (convention des Verrières).

Pourquoi la défense de Belfort est-elle devenue symbolique ?

Belfort est une ville stratégique située sur la porte d’Alsace, une trouée entre le sud des Vosges et le Jura. Après la déroute de l’Armée du Rhin à Woerth puis la prise de Strasbourg, la cité constitue le dernier rempart avant une invasion du centre de la France par les armées prussiennes qui pourraient prendre en tenaille les forces françaises, alors basées en Lorraine et en Champagne. Le colonel Aristide Denfert-Rochereau, à peine nommé gouverneur de la place, dès l’annonce de la progression prussienne, entreprend l'édification de fortifications supplémentaires pour compléter efficacement les fortifications héritées de Vauban. Malgré les améliorations apportées par le général Haxo au début du XIXe siècle, leur organisation était devenue obsolète, mais elles avaient le grand mérite d'être très résistantes à l'impact des obus ennemis.

« Nous connaissons l’étendue de nos devoirs envers la France et envers la République et nous sommes décidés à les remplir ». Le 4 novembre, le colonel Aristide Denfert-Rochereau refuse la sommation de capitulation que lui propose l’ennemi. Il ne quittera la citadelle que le 18 février 1871. Cette résistance sauve l'honneur de la France humiliée par la défaite de Sedan et la reddition de Metz. Elle permet aussi à Thiers de conserver Belfort (faisant alors partie de l’Alsace) au sein de la France.

Carnet d'un chef d'escadron lorrain

Les conséquences de la guerre de 1870 ?

Au-delà du bilan humain très lourd, la défaite entraîne la perte pour la France de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine.

Quels départements sont nés de la défaite de 1870 ?

L’ancien département de la Meurthe voit ses frontières redessinées. Il s’appellera désormais la Meurthe-et-Moselle. La forme unique et étrange de ce département (en canard), créé par la loi du 7 septembre 1871, est donc une des conséquences de la guerre de 1870-1871.

Le territoire de Belfort deviendra, lui, un département qu’en 1922. Entre temps, ce territoire, doté d’un statut spécial, prend sur les documents administratifs le nom d’«arrondissement subsistant du Haut-Rhin ». À sa tête se trouve un administrateur faisant fonction de préfet.

Pourquoi une partie de la France est-elle occupée ?

La France doit également payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or. Les troupes allemandes occuperont une partie de la France, jusqu'à ce que le total du tribut soit versé en septembre 1873.

Pourquoi la guerre de 1870 a-t-elle accouché, à Paris, de la Commune ?

La déception face à la défaite, l’hostilité vis-à-vis de l’Assemblée récemment élue, à majorité monarchiste ainsi que certaines mesures prises par celle-ci ou par le gouvernement renforcèrent un climat d’agitation, à Paris, au sein de la Garde nationale et des milieux populaires. Une insurrection éclata à Montmartre, le 18 mars 1871, alors que des troupes régulières essayaient, sur ordre du gouvernement, de saisir des canons de la Garde nationale. Une autorité insurrectionnelle se mit en place : la Commune de Paris. Avec l'accord tacite des Prussiens, elle fut combattue puis écrasée lors de la « Semaine sanglante » (21-28 mai) par le gouvernement investi par l'Assemblée nationale, qui était replié à Versailles depuis le 18 mars.

Carte parue dans le hors-série "Il y a 150 ans, la guerre de 1870".

Pourquoi dit-on que la guerre de 14-18 est notamment une conséquence de celle de 1870 ?

L'avènement d'un régime républicain en France suscita la méfiance des monarchies européennes. Isolée en Europe, la France s'employa à constituer un vaste empire colonial, gage de sa puissance mais elle fut malgré tout en proie au sentiment douloureux d'une revanche, terreau d'un nationalisme qui perdura une vingtaine d'années. Toutefois, ce sentiment perdit progressivement de sa force et se réduisit ensuite à une nostalgie des « provinces perdues » jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Cependant, à partir de la crise boulangiste, un nationalisme revanchard se développa dans une partie de la presse et l'opinion française, renforcé par l'affaire Dreyfus. Il se diffusa pendant la belle Epoque et conduisit après l'assassinat de Jean Jaurès, partisan de la paix, le 31 juillet 1914, au ralliement des pacifistes à l'union sacrée et à la Grande Guerre.

Existe-t-il des traces de la guerre de 1870 ?

La défaite face à la Prusse traumatise les Français. S’ils préfèrent ne pas entretenir le cauchemar des souffrances subies, ils ne veulent pas non plus oublier. Après le conflit, des monuments aux morts sont élevés partout en France. Il s’agit d’honorer la mémoire des disparus mais aussi de transcender la défaite et d'entretenir l’espoir d’une revanche.

La visite des champs de bataille d’Alsace-Lorraine et de leurs monuments devient une véritable pratique touristique que l’on n’avait jamais connue jusqu’à présent. Artistes et écrivains s’emparent aussi du sujet, chacun avec sa sensibilité, son expérience de la guerre.

En 1887, un Alsacien crée le Souvenir français pour sauvegarder la mémoire des combattants morts pour la France.

Pourquoi le Lion de Belfort ne sera-t-il inauguré qu’en 2011 ?

La résistance héroïque de la cité est symbolisée par le Lion, œuvre monumentale de l’Alsacien Auguste Bartholdi à qui l’on doit la célèbre Statue de la Liberté à New York. Cependant, en raison d’un différend entre la ville de Belfort et Bartholdi sur l’utilisation du reliquat de la souscription lancée et les relations tendues entre la France et l’Allemagne à cette époque, il n'y aura pas de cérémonie officielle, mais une inauguration orchestrée par Bartholdi lui-même. L'artiste finance le 28 août 1880 une illumination de son œuvre par des feux de Bengale. Finalement, le Lion sera officiellement inauguré pour son centenaire, en 1981, puis surtout le 18 septembre 2011, après deux jours de fête et de reconstitutions devant 45 000 visiteurs, par le maire de Belfort de l’époque à l'occasion des journées du patrimoine de 2011, qui coïncident avec le 130e anniversaire de sa construction. Le Lion de Belfort a fait l’objet de deux répliques à échelles réduites : l’une se trouve place Denfert-Rochereau, à Paris, l’autre à Montréal.

Un hors-série pour comprendre

L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain et Vosges Matin publient, à l’occasion du 150e anniversaire de la guerre de 1870, un hors-série exceptionnel riche de plus de 400 photos, gravures, tableaux, cartes et documents souvent inédits.

Au sommaire notamment : la France à la veille de 1870, les causes de la guerre, les principales batailles, le bilan humain et matériel, les traités de paix, les lieux de mémoire et les musées, la guerre dans les arts et dans la littérature, le revanchisme.

Un accent particulier est, évidemment, mis sur nos régions qui se sont retrouvées au cœur de la guerre et subiront de plein fouet les conséquences de la défaite : alors que l’Alsace et la Moselle étaient annexées, deux départements nouveaux naîtront de ce conflit : la Meurthe-et-Moselle avec Nancy qui devient la capitale de l’Est, et le Territoire de Belfort qui va connaître un formidable essor.

« Il y a 150 ans, la guerre de 1870 », hors-série de L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, Vosges Matin, 19,90 €. En vente chez votre marchand de journaux et sur notre boutique en ligne.

Textes : Jérôme ESTRADA DE TOURNIEL

Photos : DR - L'Est Républicain - Le Républicain Lorrain

Montage : Service SUPPORT ERV