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Dans le Gard, le Club Petites Villes de demain explore la mobilité et la proximité Atelier in situ - 14-15 mars 2023

L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) a organisé le premier Atelier in situ, les 14 et 15 mars derniers, dans le Gard, en partenariat avec l’association des Petites Villes de France et Popsu-Territoires. Le programme Petites Villes de demain a convié 70 élus, chefs de projet et techniciens, venus de huit régions métropolitaines et ultramarines. En question, les enjeux de la proximité des services et de la qualité de vie en milieu périurbain ou rural. Les cas de deux communes – Saint-Hilaire-de-Brethmas et La Grand’Combe, situées dans la communauté d’Alès Agglomération – ont illustré ces thématiques. En ligne de mire : des solutions de terrain qui favorisent la « ville du ¼ d’heure » ou le « territoire de la ½ heure ». Reportage.

L’Atelier in situ, une rencontre nationale pour dialoguer entre pairs

14 et 15 mars 2023, dans le Gard. Sous un grand ciel bleu, les collines des Cévennes qui entourent Saint-Hilaire-de-Brethmas se détachent au loin. Cette commune de 4 800 habitants accueille un Atelier in situ dans le cadre du Club des Petites Villes de demain (PVD), le programme de l’ANCT qui accompagne les dynamiques de petites villes.

Venus du Grand Est, de Bretagne, d’Île-de-France, d’Occitanie…, ainsi que de Mayotte et de La Réunion, des élus – certains accompagnés de leurs chefs de projet ou de responsables de service – se pressent dans la salle des fêtes. Tous partagent un même questionnement pour les habitants de leurs petites villes : comment favoriser la proximité des services, des emplois, des loisirs, des activités sportives et culturelles sur leurs territoires de vie ? Quelles solutions déployer pour que les petites centralités, qui structurent le territoire national, (re)deviennent des villes où l’essentiel est accessible en un quart d’heure, voire une demi-heure, à pied ou à vélo, sans passer par la case « voiture » ? Telles sont les problématiques qu’entend explorer ce premier Atelier in situ que l’ANCT organise avec l’appui de Popsu-Territoires et de l’association des Petites Villes de France.

Ce premier Atelier in situ a été introduit par Jean Rampon, sous-préfet d’Alès, ainsi que Jean-Michel Perret, maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas, Carlos Moreno, urbaniste, et Emmanuelle Le Bris, directrice adjointe du programme Petites Villes de demain, à l’ANCT.

Petites Villes de demain en chiffres

  • 1 600 communes lauréates de Petites villes de demain
  • 904 postes de chefs de projet PVD subventionnés par l’État
  • 20,4 M€ engagés pour le soutien au commerce de proximité
  • 66 % des PVD disposent d’une France services
  • Et dans le Gard : 21 communes Petites Villes de demain
  • 225 communes dans la région Occitanie

Explorer, expérimenter et enrichir les projets de territoire

Pendant un jour et demi, les participants vont échanger leurs idées et expériences, s’imprégner des réalisations des deux communes d’accueil, Saint-Hilaire-de-Brethmas et La Grand’Combe, et partager leurs réflexions avec des chercheurs venus à leur rencontre.

Les élus sont mobilisés pour agir sur les questions de mobilité et de proximité. Cette motivation et, plus particulièrement, leur volonté d’améliorer la qualité de vie de leurs concitoyens les rassemblent. »

Une fresque de la mobilité pour se mettre dans la peau des habitants

Les participants se sont mis dans la peau d’habitants de petites villes et de territoires ruraux aux profils et besoins divers, lors d’une "fresque de la mobilité". Conçu par la chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation (Eti), Paris-Sorbonne, ce serious game permet de prioriser les actions à mener et d'évaluer si et comment répondre aux besoins exprimés.

« Ville du ¼ d’heure » et « territoire de la ½ heure » : de quoi parle-t-on ?

Ville du quart d’heure, quartier de vingt minutes ou, encore, territoire de la demi-heure : ces temporalités – ou « chrono-urbanisme » – promeuvent une qualité de vie locale, en réduisant les nuisances des déplacements en voiture (saturation du trafic, pollution, bruit, dépendance aux énergies fossiles). Avec ce modèle, chaque habitante et habitant pourrait ainsi, depuis son lieu de vie, pourvoir à ses principaux besoins sociaux dans une « hyperproximité ».

L’urbaniste Carlos Moreno est intervenu, en début d’atelier, pour présenter ce concept. Pour le directeur scientifique de la chaire Entrepreneuriat Territoire Innovation (Eti), à la Sorbonne, « il faut changer de vision sur la manière de concevoir l'habitabilité des territoires. Ce qui rend heureux, quand on habite quelque part, c’est d’accéder facilement à six fonctions sociales : habiter, apprendre, travailler, s’épanouir, être en forme et s’approvisionner ». Et ainsi, accéder – rapidement et grâce à une mobilité douce et active (marche, vélo…) – aux écoles, à l’épicerie ou la boulangerie, à la poste, à la maison de santé ou à la pharmacie, à son club de sport… En somme, aux besoins essentiels de la population.

La ville du quart d’heure ou le territoire de la demi-heure, ce n’est pas un décret ni une obligation. On ne l’atteint pas d’un coup de baguette magique. Mais, ça répond à une nouvelle manière de vivre.» Carlos Moreno, urbaniste et directeur scientifique de la chaire Eti (Sorbonne)

À savoir

Pour l’équipe de recherche de la chaire Eti, concevoir une organisation urbaine ou territoriale centrée sur les proximités favorise un « accès local » aux services et aux équipements essentiels. Cela nécessite des temps de déplacement courts (de quinze minutes, en ville, à trente minutes, en territoire peu dense) et par des mobilités douces. Six fonctions sociales organisent et rythment les activités quotidiennes des habitants, en ville comme à la campagne :

  • habiter - Activités domestiques, démarches personnelles courantes et mobilité quotidienne (parking, accès aux transports) ;
  • apprendre - Crèche, école, collège, lycée, enseignement supérieur, activités périscolaires, formations professionnelles ;
  • travailler - Lieux de travail, de conférences, services de recherches d’emploi, organisation de déplacements professionnels ;
  • s’épanouir - Temps libre et loisirs culturels, spirituels, activités associatives et festives, bars, vacances…
  • être en bonne santé - Accès au secteur médical et paramédical, pratique d’activités physiques et sportives.
  • s’approvisionner - Accès aux biens de consommations courantes, en équipement de la maison et de la personne.

Le cas de Saint-Hilaire-de-Brethmas

Située à 30 minutes de voiture de Nîmes et 15 minutes d’Alès, Saint-Hilaire-de-Brethmas est une commune périurbaine de 4 800 habitants (contre 1 500 dans les années 1950). Traversée par de grands axes routiers et ferroviaires, la ville comporte une Zone d’aménagement concerté (Zac) et des surfaces agricoles. Elle jouit d’une forte attractivité résidentielle, avec une certaine mixité sociale. Saint-Hilaire-de-Brethmas est étendue et éclatée en trois hameaux, dont un centre ancien où les commerces périclitent mais où la vacance des logements demeure faible : 3 % environ.

Cette Petite Ville de demain a un projet de territoire : devenir une future ville du quart d’heure. C’est-à-dire, une ville où toutes les fonctions sociales peuvent être accessibles à quinze minutes à vélo, au maximum. Et, pour ça elle ne manque pas d’ambition ! Création d’un centre régional de santé en cours, rénovation énergétique et extension d’une école, création d’habitats inclusifs et d’un écoquartier, pistes cyclables, équipements des habitants en éco-composteurs… Une cheffe de projet accompagne le maire et son équipe dans le cadre de Petites Villes de demain, programme de l’ANCT.

Jean-Michel Perret, maire de Saint-Hilaire-de-Brethmas, expose comment la proximité et la mobilité s’organisent sur sa commune. Il évoque lintérêt de laccompagnement de l’ANCT pour ses projets. Interview :

Pour que les participants de l’atelier se rendent compte de la configuration de la commune, de ses projets et de ses réalisations, Saint-Hilaire-de-Brethmas et Alès Agglo ont organisé une déambulation à vélos électriques. Mobilité douce oblige !
Visite du futur emplacement de l'écoquartier. Étendu sur 1,5 ha, il accueillera 32 logements avec une typologie d'habitats variée : social, seniors, participatif, maisons individuelles et locaux d'activité. Innovant, le projet repose aussi sur l'élaboration de prototypes de construction avec des matériaux durables et locaux, comme la paille de riz, la terre crue ou le bois. Il est mené en lien avec des bailleurs, les collectivités territoriales, l'École des mines d'Alès et un centre de formation des apprentis sur les métiers du bâtiment.
Dans l’esprit des marches exploratoires, les élus venus à l’Atelier in situ ont découvert les particularités de la commune en arpentant ces trois hameaux. Une déambulation qui a fait appel à leurs connaissances, suscité un rapport d’étonnement et des échanges, à l’issue de la première journée.

Le cas de La Grand’Combe

Au nord du département, La Grand'Combe compte 5 000 habitants. Cette commune, que serpente le Gardon, est un ancien bassin minier qui marque encore son identité (musées, puit de mine classé Monument historique…) Elle a dû se relever de la fermeture des mines et au déclin démographique que cette dernière a causé. Intégrée au programme Petites villes de demain, elle est aujourd’hui en pleine mutation.

À La Grand’Combe, Laurence Baldit, maire de la commune, et Patrick Malaveille, maire honoraire, ont reçu les visiteurs.

La Grand’Combe joue un rôle important de centralité pour les habitants des territoires alentour. On y trouve services publics et commerces, marché de plein air… Et, surtout, la maison de santé pluriprofessionnelle d’Alès Agglo. Les participants de l’Atelier in situ de l’ANCT ont découvert cette infrastructure, ouverte en juin 2018, alors que le dernier médecin généraliste s’apprêtait à fermer son cabinet. La maison de santé de La Grand’Combe est née de la volonté farouche d’une infirmière et du maire de l’époque, avec l’appui de la communauté d’agglomération, de maintenir une offre de santé dans la ville et de l’élargir. La première a su convaincre des praticiens de santé de l’intérêt d’exercer dans cette maison. Le second a su allier intérêt général et besoin des professionnels de santé, en mettant de « l’huile dans les rouages » administratifs pour faire naître le projet.

Ci-dessus, de droite à gauche : Laurence Baldit, maire de La Grand’Combe, Christophe Rivenq, président d’Alès Agglomération, Patrick Malavieille, maire honoraire, et Brigitte Bouzige, présidente de l’Association des professionnels de santé.
D’ici dix ans, 42 % des médecins de l’agglomération alésienne seront partis à la retraite. Il faut arrêter la concurrence entre communes. Si l’une propose d’offrir un cabinet, la commune voisine va surenchérir en proposant [aux médecins] des locaux supplémentaires, une voiture, etc. Cette surenchère pour attirer les professionnels [de santé] ne fonctionne pas : les médecins ne se fixent pas ; ils partent dès qu’ils ont une meilleure offre ailleurs. » Christophe Rivenq, président d’Alès Agglomération
Pour qu’une maison de santé fonctionne, il faut impérativement intégrer les professionnels de santé dès les premières étapes. Il est nécessaire de penser le projet avec eux et pour le territoire ». Patrick Malavieille, maire honoraire de La Grand'Combe

Aujourd’hui, une vingtaine de praticiens sont regroupés dans la maison de santé Simone-Veil : généralistes, infirmiers, psychologues, kinésithérapeute, sage-femme, orthophoniste… Certains y exercent à plein temps ; d’autres ont des consultations hebdomadaires et louent à un tarif très attractif leur cabine temporaire. Un laboratoire d’analyse médicale y est également adossé.

Cette structure pluriprofessionnelle s’inscrit dans une dynamique de reconquête du territoire. Elle permet de lutter contre le nomadisme médical en zone rurale et donne droit à une santé de proximité. » Laurence Baldit, maire de La Grand’Combe

Témoignages d’élus : des expériences et des enjeux en partage

L’Atelier in situ a été ponctué de temps d’échanges. Ces moments ont permis aux élus de croiser leurs projets et problématiques locales avec celles de leurs pairs, mais aussi des équipes de l’ANCT, de Popsu-Territoires et des chercheurs invités. Deux élus locaux témoignent de leur intérêt pour cette initiative et de leurs actions.

En débat : hypermobilité ou hyperproximité ?

Sur scène, de gauche à droite : Jean-Baptiste Marie, directeur général GIP Europe des projets architecturaux et urbains (Popsu-Territoires), Emmanuelle Le Bris, ANCT, Max Rousseau, géographe - Cirad, Vincent Dulong, délégué général de la Fédération des usagers de la bicyclette (Fub), et Louise Jammet, chercheuse pour le programme "Les Imaginaires de la ville post-carbone" - Arep.

Pour clore ce premier Atelier in situ, l’ANCT et Popsu-Territoires ont organisé deux tables rondes de réflexion sur les modèles d’urbanisation de demain. En effet, les plus de 1 600 communes du programme Petites Villes de demain ont une position centrale à l’échelle de leur bassin de vie et de leur territoire. Mais comment peuvent-elles parvenir à maintenir ou à développer des offres de services qui font l’attractivité des territoires ? Dans celles qui participent au maillage des équipements entre différents quartiers ou différentes localités, comment répondre au problème de l’accessibilité et à la nécessité d’une transition vers les nouvelles mobilités ?

Lors le la table ronde sont également intervenus Éric Suzanne, sous-préfet de Lodève (Hérault), Pascal Chevalier, université Paul-Valéry Montpellier 3, et Jean-Michel Morer, maire de Trilport (77).
Le Club des Petites Villes de demain s’inscrit dans l’offre de services destinée aux collectivités lauréates du programme Petites Villes de demain que l’ANCT pilote, au niveau national. Il s’adresse aux élus et chefs de projet. Son but : mettre en réseau, permettre le partage d’expériences et la montée en compétences des bénéficiaires du programme. Le Club permet aux équipes locales de nourrir leur réflexion et leur projet de territoire.

Prochain Atelier in situ les 13 et 14 juin 2023, à Jonzac (17). Le thème : comment accompagner la transition démographique de vos territoires ?

L’Agence nationale de la cohésion des territoires donne RDV aux acteurs des Petites Villes de demain, le 23 mai prochain, lors de son ANCTour, à Paris.

Created By
Nesma KHARBACHE
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Credits:

Crédits photos : Wilfrid Duval - Popsu/Territoires ; DR ANCT - N. Kharbache/communication - Vidéos : Wilfrid Duval - Popsu/Territoires - Montage : Nesma Kharbache/ANCT - Service communication avec Julie Ragot et Timothée Debrard du programme Petites Villes de demain - Agence nationale de la cohésion des territoires - Mars 2023